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Aramis veut capter la manne du marché de l'occasion automobile en ligne

La plate-forme électronique, contrôlée à 70% par Stellantis, veut lever 250 millions d'euros sur la Bourse de Paris. Bien moins que ses concurrents - mais Aramis estime qu'il sait optimiser ses besoins.
Aramis Auto usine Donzere
Aramis Auto usine Donzere

Le projet l'introduction en Bourse d'Aramis Group avait été annoncé en mars ; une nouvelle étape a été franchie ce matin, à travers l'annonce de l'approbation du document d'enregistrement de l'opération par l'Autorité des marchés financiers (AMF). La plate-forme de vente en ligne de véhicules d'occasion, dont le capital est contrôlé à 70% par le constructeur automobile Stellantis (issu de la fusion entre PSA et Fiat Chrysler), à 28% par ses fondateurs-dirigeants et à 2% par les dirigeants non fondateurs, entend lever "au moins" 250 millions d'euros en Bourse grâce à une augmentation de capital - ce à quoi devrait s'ajouter la vente d'actions détenues par les fondateurs, dans des proportions qui restent à déterminer mais qui devraient être modestes.

Comme on ne sait pas encore quelle sera la proportion du capital qui sera négociable en Bourse (une inconnue qui dépendra de la réponse des investisseurs et de la volonté des actionnaires actuels en termes de dilution), il est difficile d'estimer la valorisation d'Aramis espérée par ses actionnaires, qui n'ont pas souhaité répondre à cette question.

Aramis a réalisé 1,08 milliard d'euros de chiffre d'affaires pour son exercice annuel 2019-20 (clos le 30 septembre), avec une marge d'Ebtida à périmètre et change constants de 4,4% (ou 818 millions à 4,6% de marge en excluant l'acquisition du britannique MotorDepot en mars dernier). En 2016-17, au moment de l'entrée de Stellantis à son capital, la société réalisait un revenu de 436 millions. Il anticipe pour l'exercice en cours de dépasser 1,25 milliard d'euros de chiffre d'affaires organique pour une marge située entre 2,7 et 2,9% - un niveau de marge plus "normatif", souligne Nicolas Chartier, co-fondateur et PDG d'Aramis. La pandémie a en effet accéléré les ventes de véhicules en ligne et a permis à la plate-forme d'acquérir à bon prix les surstocks de concessionnaires, tandis que l'exercice 2020-21 sera marqué par des surcoûts liés à la reprise des investissements et des dépenses. Mais il entend dépasser les 3 milliards d'euros de revenus organiques en 2024-25, avec une marge supérieure à 3%, et atteindre 6 milliards en 2029-30, pour une marge comprise entre 8 et 9%.

Aramis croît fermement dans le potentiel de la vente en ligne de véhicules d'occasion aux particuliers : "La voiture d'occasion est le marché BtoC le plus vaste qui soit en Europe et le système de distribution traditionnel est davantage adapté aux besoins des constructeurs qu'à ceux des consommateurs", explique Guillaume Paoli, co-fondateur et directeur général adjoint d'Aramis, qui souligne également le fait que son groupe maîtrise l'ensemble de la chaîne de valeur - jusqu'au reconditionnement des véhicules qu'il effectue dans trois centres - et a numérisé l'ensemble du processus de la relation client, jusqu'à la livraison à domicile. Trois nouveaux centres de reconditionnement seront construits dans les 12 mois qui viennent (dont un en Belgique en septembre et à Nemours au premier semestre 2022). En 2025, Aramis prévoit de détenir 10 centres à périmètre constant. Il teste également en France un projet de "market place" entre particuliers.

Le marché de l'occasion est évalué à 410 milliards d'euros en Europe et il devrait connaître une croissance de près de 5% par an d'ici à 2025. Mais il reste très fragmenté : dans les principaux marchés du continent (Royaume-Uni, Allemagne, France, Italie et Espagne), les cinq premiers acteurs représentent entre 5 et 15% de pénétration. Aramis pèse par exemple 1,5% du marché hexagonal en 2020, avec 36.000 voitures vendues à des particuliers. Il y a donc des places à prendre, d'autant plus que le commerce en ligne ne représente encore que 4% des ventes en Europe, contre 10% aux États-Unis - taux que le Vieux continent pourrait atteindre en 2025, estiment les dirigeants d'Aramis.

Aussi les ambitions de la société sont-elles européennes - un développement géographique assuré depuis le début par des acquisitions : Clicars en Espagne en 2017, Cardoen en Belgique en 2018 et le britannique MotorDepot en mars dernier. Ces trois pays représentent 45% de son chiffre d'affaires. Aramis s'intéresse particulièrement à l'Allemagne, l'Italie et la Pologne, marchés les plus importants. "Mais nous avons prouvé avec la Belgique que nous faisons du très bon business et que nous apprenons des choses sur des marchés plus modestes", nuance Nicolas Chartier. Donc aucun pays n'est par principe exclu.

L'objectif de lever environ 250 millions d'euros peut paraître modeste au regard de l'ensemble de ces éléments. Ce d'autant plus que d'autres acteurs européens de l'occasion ont récemment réuni des montants sans commune mesure : l'allemand Auto1 a par exemple levé 1,8 milliard d'euros au cours de son introduction en Bourse en début d'année, dont 750 millions précisément destinés à son activité BtoC Autohero (qui reste plus petite qu'Aramis avec 10.000 véhicules vendus à des particuliers en 2020 contre 66.000 pour le groupe français), tandis que le britannique Constellation Automotive Group (propriétaire de Cinch) vient de lever le même montant en livres sterling et que son compatriote Cazoo a accepté de fusionner avec un Spac coté à New York pour la somme gigantesque de 7 milliards de dollars.

Aramis est-il promis à être avalé par plus gros que lui, une fois que Stellantis aura fait éprouver par la Bourse la valeur de son actif ? Les dirigeants d'Aramis se défendent d'être vulnérables. "C'est un signe très positif de voir des opérateurs s'intéresser au marché de l'occasion en ligne. Aujourd'hui, nos concurrents sont plutôt les concessionnaires et les particuliers eux-mêmes, qui représentent encore 60% du marché français. Il reste beaucoup de place pour croître", affirme Nicolas Chartier.

Qui ne craint pas non plus de manquer de moyen  pour les nécessités d'investissement face aux nouvelles évolutions. "Nous reconditionnons déjà des véhicules électriques. La croissance de ce segment ne nécessitera donc pas de lourds investissements, mais plutôt la formation de collaborateurs. Le seul investissement à consacrer à ce domaine, pas aujourd'hui dans la mesure où elles sont neuves, concerne le reconditionnement des batteries électriques. Nous réfléchissons à quelque chose à faire à moyen terme", précise-t-il.

Morgan Stanley et la Société Générale sont coordinateurs globaux et teneurs de livres et BNP Paribas, Citi et Crédit Agricole sont teneurs de livres du projet d'IPO. Rothschild est conseil financier d'Aramis et Natixis Partners de Stellantis.

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