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Affluent Medical démontre l'attrait d'Euronext Paris
Dans les technologies de la santé, la Bourse américaine offre des atouts difficilement contestables aux jeunes entreprises qui souhaitent accéder aux marchés financiers publics. Mais dans certains cas, elle se révèle moins adaptée. C'est ce qu'ont constaté les dirigeants d'Affluent Medical, qui a lancé ce matin son introduction en Bourse (IPO) sur Euronext Paris.
Cette medtech, qui développe actuellement trois prothèses dans deux classes thérapeutiques (urologie et cardiologie interventionnelle), entend lever en Bourse environ 33 millions d'euros, somme qui pourra être portée à 43,6 millions en cas d'exercice intégral d'une clause d'extension et d'une option de surallocation, si l'on prend le point médian de la fourchette de prix (fixée entre 7,40 et 9,80 euros). Ce qui conférera à Affluent Medical, en cas de succès, une capitalisation médiane de 164,2 millions d'euros et maximale de 175 millions. Les montants visés sont conséquents pour une medtech européenne et adaptés à la Bourse de Paris et au stade de développement d'Affluent, malgré l'attrait des marchés américains. "La valorisation post-money d'Affluent Medical ne sera pas suffisante pour attirer les investisseurs sur le Nasdaq, explique son PDG Michel Finance. Et d'après mon expérience, une société qui ne lancera sa première étude clinique aux Etats-Unis qu'à partir de 2022 éprouverait des difficultés à être suivie à Wall Street. Mais notre introduction sur Euronext même, et non sur Euronext Growth, nous permettra de solliciter une double cotation sur le Nasdaq le moment venu".
L'IPO a des chances importantes de succès, puisqu'elle bénéficie de 20 millions d'engagements de souscription, dont 14 millions par Truffle Capital, son actionnaire historique et principal. En cas de demande maximale de la part des investisseurs, la participation de ce fonds de capital-risque passera de 56,7% à 51,4%, tandis que le flottant atteindra 13,4%.
Affluent n'est pas encore bénéficiaire. Elle a affiché une perte nette de 14,3 millions d'euros en 2020, pour 13,4 millions de dépenses opérationnelles, contre une perte de 16,6 millions et des dépenses opérationnelles de 15,3 millions en 2019. Elle disposait au 31 décembre 2020 d'une trésorerie nette de 3,52 millions d'euros. Le produit de l'augmentation de capital sera consacré à 45% au plan de développement clinique dans l'Union européenne, à 25% dans la R&D, à 20% dans la commercialisation de ses produits et à 15% dans le remboursement de la dette.
Un "build-up" de start-ups
Affluent Medical illustre le modèle de Truffle Capital, qui agit à la fois comme fondateur (ou co-fondateur) et investisseur de ses participations - la plus connue d'entre elles étant probablement le fabricant de coeur artificiel Carmat. Sa stratégie consiste, comme l'explique à Wansquare son directeur Philippe Pouletty, à évaluer les besoins médicaux non remplis, passer en revue les nouvelles demandes de brevets dans les 50 meilleures universités mondiales et sélectionner une à deux innovations par an selon plusieurs critères : la rupture technologique qu'elles représentent, les besoins dans leur domaine, leurs avantages concurrentiels et la force potentielle de leurs brevets.
A ceci s'est ajouté, depuis quelques années, un virage stratégique de Truffle : faire émerger des start-ups qui s'appuient sur plusieurs produits. Il s'agit de corriger le défaut important dans l'approche des fonds de capital-risque à l'égard de la recherche médicale de soutenir des sociétés monoproduit, dont on retrouve un exemple chez Truffle avec Carmat. Philippe Pouletty estime que soutenir une medtech monoproduit freine son développement : il devient à la longue difficile de justifier le recrutement d'équipes importantes et prestigieuses, ainsi que les grandes levées de fonds. En outre, la start-up se trouve enfermée dans un avenir binaire : si son innovation échoue, elle disparaît.
Ainsi, Affluent Medical a été construit par ajouts. Sa création repose sur la connaissance acquise par les professionnels de Truffle en cardiologie avec Carmat, pour développer Epygon, une valve mitrale artificielle physiologique, qui mime directement le fonctionnement de la valve mitrale humaine - au contraire des produits actuels, qualifiés de projets d'ingénieurs partis d'une adaptation de la valve aortique. Affluent compte d'ailleurs plusieurs anciens de Carmat et non des moindres : Michel Finance (ex-directeur général de Carmat), son directeur des opérations pour l'Epygon Wenzel Hurtak (ex-directeur industriel) et l'un des membres de son conseil scientifique, le professeur Alain Carpentier (co-fondateur de Carmat).
Affluent a ensuite intégré deux sociétés : Artus, qui développe un dispositif électromécanique pour le traitement de l'incontinence urinaire sévère, et Kardiozis, pour le traitement de l'anévrisme aortique abdominal. L'intérêt de disposer de plusieurs produits en développement est que l'un d'eux puisse faire l'objet de partenariats ou d'une cession, qui pourrait apporter des moyens supplémentaires à Affluent pour accélérer dans ses autres dispositifs. La start-up attend une première mise sur le marché en 2023 (pour Kalios), en 2024 pour Artus et en 2025 pour Epygon.
Truffle a déjà expérimenté ce modèle de développement multi-produits avec Abivax, présent dans les traitements de maladies inflammatoires, virales et ontologiques, et dont l'IPO de 58 millions d'euros en 2015 avait constitué un record pour une biotech sur Euronext.
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