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TotalEnergies : la rémunération passe moins que les objectifs carbone
Les tentatives des associations environnementalistes pour bloquer l'adoption de la stratégie climat de Total - désormais rebaptisé TotalEnergies - à l'occasion de l'assemblée générale de la compagnie pétrolière n'ont pas suffisamment convaincu les actionnaires : ceux-ci ont approuvé à 91,88% la résolution (purement consultative) fixant des objectifs climatiques que la direction du groupe avait - pour la première fois - soumis au vote en AG.
Ces objectifs comprennent une réduction des émissions directes et indirectes de gaz à effet de serre pour 2030 (par rapport à 2015), pour viser la neutralité carbone en 2050, ainsi que réduire la part des produits pétroliers dans le chiffre d'affaires de TotalEnergies de 55% en 2020 à 30% en 2030, au profit des énergies renouvelables et du GNL.
Pour certaines ONG de défense de l'environnement, il s'agit de green washing et appelaient à s'opposer à la résolution. Mais chose rare, ces ONG avaient été rejointes par plusieurs investisseurs institutionnels, qui réclamaient davantage et avaient annoncé qu'elles voteraient contre. Meeschaert AM demandait par exemple "l'arrêt de l'exploration de nouveaux gisements pétroliers et gaziers", conformément aux conclusions du rapport de l'Agence internationale de l'énergie publié deux semaines plus tôt, estimant que renoncer à tout nouveau projet d'exploration faisait partie des décisions nécessaires pour atteindre la neutralité carbone au niveau mondial en 2050 et limiter le réchauffement à 1,5 degré. CNP Assurances, l'Ircantec, OFI AM, le néerlandais MN et Sycomore faisaient également partie des contestataires.
La "baisse naturelle de la production est bien supérieure à la baisse de la demande qui est prévue à partir de 2030. Sans nouveaux projets, il est fort probable que le prix du pétrole atteindrait un nouveau sommet car l'offre ne couvrirait plus alors la demande", a contre-argumenté Patrick Pouyanné pendant l'AG. Mais au regard de la contestation beaucoup plus virulente à laquelle ont dû faire face les majors américaines lors de leurs AG la semaine dernière et de la condamnation de Shell par la justice néerlandaise à réduire de 45% ses émissions de CO2 avant fin 2030 (une première pour une entreprise), les partisans d'une politique plus engagée pouvaient espérer, sans remporter la majorité, marquer les esprits avec un score moins symbolique.
Malgré la large acceptation du plan climatique de TotalEnergies, les actionnaires n'ont pas pour autant donné un blanc-seing à Patrick Pouyanné. Le responsable a été reconduit pour trois ans dans ses fonctions de PDG, mais à 77,4% - ce n'est pas un plébiscite, en raison de l'opposition d'un nombre croissant d'investisseurs au cumul des fonctions de président et de directeur général. Surtout, sa rémunération a été plus encore contestée : elle n'a recueilli que 60,3% d'approbation. Le fixe, qui n'avait pas évolué depuis 2016, fera l'objet d'une augmentation de 10% en 2022 (à 1,55 million d'euros), tandis que, concernant sa rémunération à long terme, il s'est vu octroyer 28.000 actions TotalEnergies supplémentaires, portant le total à 100.000 titres (soit une augmentation de 40%).
Ces signes montrent que, malgré un certain soutien, TotalEnergies reste sous la surveillance des actionnaires, qui intègrent de plus en plus la problématique ESG dans leur analyse de risques.
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