Feuilleton de l'été
Feuilleton de l'été
Ils et elles feront le monde d'après - Guillaume Pfister
Guillaume Pfister a réalisé un parcours littéraire qui lui a valu d'appartenir à la première promotion d'Études théâtrales de L'École normale supérieure de lettres et sciences humaines (ENS) en 2008, une appartenance signifiant son intérêt pour la prise de parole, la mise en scène et le monde des arts qui conditionnera la suite de sa carrière.
Mais ce jeune homme à l'imagination fourmillante a toujours su que son intérêt premier était, selon ses mots, de "démocratiser les usages". Et cette vision de l'importance d'allier idéaux et capacité d'action explique son passage par HEC avant de se lancer. Au sortir de cette école en 2010, il fait ses premières armes au cabinet de Frédéric Mitterrand, en charge des enjeux de démocratisation culturelle. Au moment où il s'apprête à faire ses premiers pas rue de Valois, sa présence fortuite sur un plateau de télévision et une remarque bien sentie au moment où l'audience est invitée à participer lui vaut de devenir chroniqueur de TF1 dans l'émission littéraire Au Field de la Nuit présentée à ce moment-là par Michel Field, et ainsi de partager son temps entre deux activités aux antipodes l'une de l'autre et pourtant complémentaires.
Son désir constant de double regard l'amène à quitter au bout de deux ans le cabinet du ministre pour rejoindre en 2011 le groupe Artémis de François Pinault comme conseiller du Directeur général, une fonction qui n'existait pas avant lui. Il juge ce passage au sein du fonds familial très formateur car "le Groupe Artémis, au-delà de ses activités industrielles, couvre un éventail large et complet de la culture et des industries culturelles : cinéma, théâtre, art, vente aux enchères, et ces industries où s'exprime la création que sont par exemple la mode ou la gastronomie". Au-delà de son travail d'accompagnement du dirigeant et de ses activités, son rôle est aussi de "saisir l'air du temps", c'est-à-dire d'identifier les orientations des secteurs dans lesquels le groupe investit. En plus de son aisance avec les chiffres, sa connaissance de certains secteurs d'investissement privilégiés d'Artémis vient compléter le profil des autres collaborateurs du holding.
Il quitte finalement le holding familial au bout de deux années et devient directeur général adjoint du forum d'Avignon en 2013, un prestigieux Think Tank international qui traite notamment du lien entre économie, culture et média, présidé alors par Nicolas Seydoux. Au conseil d'administration figurent Axel Ganz, fondateur de l’éditeur français Prisma Presse, Patricia Barbizet, l'ancienne directrice générale d'Artémis, et Emmanuel Chain, producteur audiovisuel qui l'embauchera comme journaliste en parallèle de ses activités dans le think tank. Mais Guillaume Pfister en revient, “ce qui me plaisait dans le métier de chroniqueur, c’était la liberté de ton et de choix des sujets que cela me permettait d’avoir. Et je mesure à quel point cette liberté est un luxe". À cette période, il commence aussi à donner des cours à Science Po sur les enjeux de démocratisation de la culture et d'apparition de l'économie des plateformes, une première pour l’institut.
Toutes ces années lui valent d'établir des relations privilégiées avec la sphère publique. Au milieu des années 2010, il fait la rencontre de Pascal Josèphe dont il deviendra le bras droit dans la course à la présidence de France Télévisions qui verra Pascal Josèphe finaliste face à Delphine Ernotte, une mission stratégique car "la présidence de France Télévisions représente un enjeu crucial, tant au niveau médiatique, politique, qu'économique. Présider le plus grand groupe de média français est une responsabilité lourde dont beaucoup d'acteurs dépendent directement ou indirectement". Il endossera ce même rôle cinq années après, aux côtés d'un des candidats finalistes pour la procédure de nomination de 2020.
Il cherche alors à travailler chez un pure player, et choisit finalement l’industrie musicale en 2015. L’élan que Deezer a pris au cours des sept dernières années lui donne raison. Il est en charge de la direction marketing, c'est-à-dire de l’ensemble des activités BtoC, aux côtés du Directeur général, Alexis de Gemini. Il œuvre alors à l’élaboration de la participation de Deezer au "pass Culture" porté par le gouvernement. Face au gouffre, difficile à combler, qui sépare les sphères publiques et privées, il agit souvent en médiateur, expliquant aux uns comment s'adresser aux autres.
Guillaume Pfister suit maintenant - et ce depuis qu’il a quitté Deezer en 2019 - deux projets de création d'entreprise de front. Un premier, Goggo network, dans le champ des réseaux de mobilité autonome sur lequel il travaille avec le fondateur Martin Varsavsky, “un serial entrepreneur espagnol ayant déjà donné naissance à cinq licornes”, créateur notamment de Jazztel, le quatrième opérateur téléphonique du pays. Il s’agit ici de régler un enjeu de souveraineté européenne par un système de licences attribuées par l'État. Car “si l'on ne fait rien, la posture de Candide qui a trop longtemps été la nôtre en Europe nuirait à la défense de nos intérêts dans le champ des réseaux de mobilité autonome. Il est nécessaire de mettre en place un cadre réglementaire européen, profitable à tous les citoyens et tous les territoires. La souveraineté n'est ni un concept passé, ni un gros mot.” Le projet est en bonne voie. Le groupe vient de créer un SPAC de 278 millions de dollars et a trouvé écho auprès de membres du gouvernement, au premier rang desquels le ministre des transports Jean-Baptiste Djebbari qui a soutenu l'initiative.
Plus récemment, Guillaume Pfister a nourri l'ambition de créer avec Pascal Josèphe, ancien dirigeant de TF1 et France Télévisions, et Rachid Arhab, ex-animateur du JT de France 2 et membre du CSA, un projet baptisé “Plumm”, acronyme de Plateforme union média Méditerranée, média vidéo proposant également une activité de production et de conseil. “Plumm et Goggo Network sont deux projets qui m’animent beaucoup aujourd’hui”. Et si cela ne suffisait pas, le trentenaire continue par ailleurs de donner des cours à Sciences Po ou d'accompagner des dirigeants d'entreprises du secteur dans leur stratégie.
Considérant l’avenir, plusieurs pistes sont à envisager. Il pourrait décider de rejoindre un grand groupe du secteur des médias mais comme le montrent ces expériences passées, tout peut arriver. Seul prérequis, “être en situation de participer à la démocratisation des usages et des idées, et donc peut-être diriger une entreprise qui, faisant état du monde qui nous entoure, contribue à cet accès au plus grand nombre”.
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