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Europcar pourrait renouer avec Volkswagen
La chute de valeur boursière de nombreux actifs en raison de la pandémie permet à certains d'imaginer des opérations à bon compte. Volkswagen a ainsi confirmé jeudi avoir approché Europcar en vue d’acquérir une participation majoritaire à son capital. La veille, l’entreprise de location de véhicules avait indiqué avoir fait l’objet d’une "marque d’intérêt" – sans nommer le prétendant – au prix de 0,44 euro par action, soit 2,2 milliards d’euros pour l'ensemble du capital. Une offre qu’elle a écartée – l’action dépassait tout juste 0,38 euro avant la publication de l’information. Elle ne ferme toutefois pas la porte : "Des discussions pourraient se tenir, que la société n’a pas l’intention de commenter, sauf obligation légale", explique-t-elle. Le groupe allemand envisage l'opération dans le cadre d'un consortium d'investisseurs, composé également d'Attester Limited, déjà actionnaire d'Europcar, et de Pon Holdings, conglomérat spécialisé dans la mobilité.
C'est un voyage dans le temps que propose Volkswagen en jetant son dévolu sur Europcar. Car le constructeur automobile allemand le connaît en effet très bien : c'est lui qui l'avait vendu à la société d'investissement cotée Eurazeo en 2006, pour 3,3 milliards d'euros dette comprise. Et il reste l'un de ses principaux fournisseurs de véhicules. Il cherche à racheter son ancienne filiale pour développer une plate-forme de location qui soutiendrait sa "vision de la mobilité à long terme" et enrichirait son offre de produits et services, notamment la location pour des longs et courts trajets et l'offre de voitures électriques.
Des rumeurs de l'intérêt de Volkswagen circulaient déjà il y a un an. Il est clair la fin de la restructuration financière d’Europcar et la prise de contrôle des créanciers en novembre dernier, qui a permis au loueur de repartir sur des bases financières plus saines mais a rincé ses actionnaires précédents dont Eurazeo, n’a pu que renforcer l'intérêt du groupe allemand.
Même si elle peut étonner (Europcar s'est retrouvé en première ligne face aux restrictions de déplacement et son action a plongé de 82% en 2020), l'initiative est à replacer dans le contexte de mutation que vit la mobilité humaine et de ses conséquences fondamentales sur l'industrie automobile. Les constructeurs ne peuvent plus se contenter de leur rôle de fabricant et vendeur d'automobiles à des clients désireux d'en être propriétaires, face à l'évolution des usages de la voiture et de la concurrence d'un nombre croissant de modes de transport - tandis que la généralisation du télétravail qu'a provoquée la pandémie vient encore les déstabiliser.
Les constructeurs ont multiplié les initiatives de diversification, par exemple dans l'autopartage : Volkswagen a ainsi lancé WeShare, tandis que PSA (désormais marié avec Fiat Chrysler dans Stellantis) propose sa solution "Free2move" et les allemands Daimler et BMW ont créé ensemble FreeNow. Europcar lui-même a lancé son propre service, baptisé Ubeeqo. L'accès à une importante flotte de véhicule et à un réseau international (Europcar possède plus de 2.100 stations de location) peut servir la transition vers l'automobile comme valeur d'usage et non de propriété et permettre de déployer plus rapidement des technologies de voitures connectées.
Reste quand même à déterminer la valeur d'Europcar. Son action a bondi cette semaine, progressant de 9,5% mercredi et 13% jeudi avant de se stabiliser le lendemain autour de 0,48 euro : elle dépasse désormais l'offre informelle proposée par Volkswagen, les investisseurs pariant sur une réévaluation, voire la contre-offre d'un concurrent. Les analystes ont eux aussi sorti leurs calculettes : ainsi, justifiant de l'intérêt spéculatif de la valeur, Kepler Cheuvreux, dont la recommandation est passé de "conserver" à "acheter" vendredi, a augmenté son objectif de cours sur le titre de 0,45 à 0,60 euro.
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