Feuilleton de l'été
Feuilleton de l'été
Ils et elles feront le monde d'après - Jérôme Dumond
Jérôme Dumond est un passionné. Lorsqu'il intègre l'Essec en 2003 après sa classe préparatoire, son premier souhait est de partir au Japon et le second est de travailler dans les médias et l'innovation. Les deux seront exaucés. Il obtient d'aller écrire son mémoire là-bas sur ce qui pour lui était une conviction : le rayonnement de l'industrie du divertissement japonaise - sa pop culture, ses mangas, sa littérature etc...
Son retour en France coïncide avec la création de la chaire média de l'Essec, il décide donc de s'y investir en parallèle de ses deux stages chez Lagardère puis Ubisoft. La formation allie cours et rencontres le soir avec des professionnels du secteur. Il en retire que l'industrie du cinéma lui correspond moins, "un projet de prototypage est long à financer, la courbe de rentabilité est également lente. Je préfère l'innovation continue". Il entre ensuite dans le Conseil chez Roland Berger. La quantité de travail ne l'effraie pas. Il se découvre une nette préférence pour les missions de recherche de relais de croissance qui visent à augmenter les revenus, plutôt que de minimisation des coûts.
Au bout de deux années, il quitte le conseil pour Orange où il intègre une entité créée six mois avant son arrivée, une forme de cabinet de conseil en interne. "J'arrive à un moment passionnant où Stéphane Richard prend la direction et change radicalement la stratégie du groupe". Tandis que l'opérateur de télécoms produisait jusque-là son propre contenu, le nouveau directeur souhaite que le groupe privilégie une stratégie de partenariat afin d'aller plus vite tout en ne perdant rien de la qualité du contenu proposé aux clients.
Pour se développer dans l'industrie de la musique, Orange établit donc une alliance avec l'acteur majeur du secteur, Deezer, qui absorbe Wormee, le service de streaming développé par l'opérateur en avance sur son temps. Le succès de cette première entreprise conforte Jérôme Dumond dans le bien-fondé de ce mode de croissance. Un peu plus tard, lors de l'établissement d'un partenariat avec Netflix, il apprendra du bon usage de la diplomatie pour conclure une affaire. En effet, Arnaud Montebourg qui était alors ministre de l'Économie et des Finances, était opposé à une alliance entre le premier opérateur français - dont l'État est actionnaire - et un acteur majeur américain. Ils ont donc dû mener toutes les négociations dans le secret. Après le streaming, son équipe se lance dans les services financiers. Orange en vient à créer Orange Bank. "Cela représentait une vraie diversification car dans un service radicalement diffèrent [de nos activités traditionnelles, N.D.L.R.]."
Pendant toutes ces années, il continue d'exercer le rôle de colleur en économie dans son ancienne prépa. S'il le faisait par goût de la transmission, cela lui a aussi été utile. "Cela m'a appris à expliquer des choses complexes simplement, à discourir longuement en gardant de l'énergie, à différencier ma manière de m'adresser à quelqu'un car tout le monde ne nécessite pas le même management" explique-t-il. Il donne également des cours à des universitaires sur l'industrie des médias.
Au bout de dix années au sein du groupe Orange, successivement au sein d'Orange corporate puis d'Orange France, il est débauché par Clear Chanel, concurrent de JCDecaux. Il quitte donc le monde des télécoms pour celui du "digital out of home" soit la publicité extérieure digitale. Ce mode de publicité en est alors à ses débuts et offre la possibilité de créer du contenu dynamique et personnalisé mais aussi contextualisé, c’est-à-dire variant en fonction de la météo par exemple. Jérôme Dumond s'appuie sur cette technologie pour réinventer le métier. Il offre aux villes d'établir un partenariat avec le média en ligne français Brut, afin de mieux communiquer. La nouvelle stratégie remporte un vif succès auprès des mairies.
Mais la pandémie change la donne. "En période de crise, les budgets publicitaires sont souvent parmi les premiers à être coupés". Les restrictions de mobilité de la population française participent aussi à la difficulté d'exercer ce métier. "Nous vivons une année rythmée aux annonces de Jean Castex sur les centres commerciaux" explique-t-il. Mais en tant que directeur stratégique et membre du Comex, il décide de rester. En janvier 2021, alors que la situation s'est régularisée, il est finalement chassé par Afiniti, une licorne de l'intelligence artificielle, "l'un de mes grands points de subjugation", qui lui propose de devenir directeur adjoint de la France.
Afiniti est la troisième success story du milliardaire Zia Chishti. La valeur ajoutée de l'entreprise repose sur l'invention d'un algorithme permettant d'optimiser la mise en relation par téléphone entre vendeurs et clients en associant les profils qui se correspondent le mieux. Son mode de rémunération - tout comme son offre - est inédit car conditionné aux revenus incrémentaux de ses clients. S'étant positionnés sur un créneau encore inexploité, l'enjeu pour l'entreprise est d'aller vite pour prendre 100 % des parts de marché. C'est là que Jérôme intervient étant donné sa proximité avec Orange et donc plus largement avec le monde des télécoms. Pour lui, ce métier est aussi une manière de continuer d'endosser un rôle qui lui plaît, celui de manager. Son équipe est constituée cette fois-ci principalement de millénials qu'il faut convaincre de l'intérêt de la mission, et ses responsabilités devraient aller en augmentant car les effectifs des bureaux parisiens sont appelés à doubler au cours de l'année.
Pour la suite, il envisage deux scénarios. Il souhaiterait aller travailler à l'étranger, en Asie ou en Amérique du Nord, seul prérequis concernant le choix de l'entreprise, qu'elle appartienne à un secteur innovant, proche de la tech. Le second scenario serait de rester en France mais à la tête d'une business unit de grande taille. Tout cela sera décidé d'un commun accord avec sa femme qui travaille chez Orange, et en tenant compte de ses deux enfants, dont le dernier a tout juste sept mois !
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