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Feuilleton de l'été

Feuilleton de l'été

exclusif Ils et elles feront le monde d'après - Marie-Capucine Lemétais

EXCLUSIF. Marie-Capucine Lemétais a participé à la genèse du venture capital en France qui a depuis lors pris une place considérable. Monde qu'elle a quitté pour mieux le retrouver, maintenant partner d'un fonds d'investissement, un métier où les femmes sont encore peu représentées.
Marie-Capucine Lemétais
Marie-Capucine Lemétais

Marie-Capucine Lemétais a d'abord suivi un parcours classique pour une élève à qui tout réussi. C’est-à-dire deux années de classes préparatoires et l'intégration de la meilleure école de commerce française, HEC. Est venu le moment de s'orienter. Ses deux parents n'étant pas familiers du milieu des affaires - sa mère était médecin et son père travaillait dans l'art et l'immobilier urbain - elle se fie aux propositions de stages accessibles via l'intranet d'HEC et postule donc par hasard à une offre dans un fonds d'investissement, Alven, un choix inédit à cette époque. "Aujourd’hui les jeunes diplômés se battent pour aller en stage dans des fonds, ce n’était pas le cas il y a treize ans ; en 2008 le venture capital n'était pas aussi sexy et prisé".

Elle assiste ainsi une année les deux managing partners, Charles Letourneur et Guillaume Aubin, ainsi que Nicolas Celier, troisième employé du fonds qui la conseillera tout au long de sa carrière. Si le caractère solitaire de sa fonction lui convient moins, le cœur du métier lui plaît immédiatement. Le fonds finance l'émergence de nouveaux modèles de la tech comme la plateforme d'intermédiation eboutique.ch.

Au terme de ce stage, diplômée en 2009 au sortir de la crise, elle parvient malgré le peu d'offres à être embauchée par Weave, un cabinet entrepreneurial spécialisé dans le conseil aux banques de détail. Cette période correspond à l'émergence des banques en ligne comme Boursorame et Fortuneo. Elle en vient à développer une expertise en marketing digital via ses missions mais se lasse au bout de trois années et cherche à retourner dans un fonds d'investissement. Elle reprend donc son ancien carnet d'adresses.

C'est finalement le directeur général de Fortuneo qui, avisé de sa disponibilité par le fonds Isai, lui soumet une offre de manager en marketing. Si elle garde en tête son désir de retourner vers un fonds, elle est néanmoins séduite. "C'est une petite structure dans le grand groupe [Fortuneo appartenant à Crédit Mutuel Arkea, ndlr], en pleine croissance, aux fortes valeurs mutualistes. La culture d'entreprise y est excellente", sa première confrontation à l'opérationnel après le monde du conseil se déroule donc sans embûches.

Au bout d'un nouveau cycle de trois ans, c'est au tour de la directrice marketing de Saxo Bank pour l'Europe de l'ouest - femme d'un de ses anciens clients pour qui elle avait travaillé comme consultante - de la contacter, étant à la recherche de quelqu'un pour lui succéder. Il faudra deux entretiens à un mois d'écart pour que cela aboutisse, car lors du premier entretien "je m'attendais à ce que l'on m'explique pourquoi l'on m'avait chassé, et eux s'attendaient a ce que je leur montre ma motivation pour le job". Elle est finalement retenue et propulsée à un peu plus de trente ans à la tête d'une unité comprenant cinq bureaux en Europe de l'ouest de cette petite banque en ligne danoise. "Je suis soudainement très exposée à des sujets opérationnels et visibles, et j'apprends l'exigence et le stress liés à cela". La valeur ajoutée de Saxo Bank repose sur sa plateforme recensant et donnant accès à une panoplie de services financiers. Elle est donc largement familière du cœur de l'activité.

C'est aussi à cette période que la jeune femme, mariée depuis, a son premier enfant. Naissance qui coïncide avec une nouvelle proposition. Nicolas Celier lui apprend qu'il monte un fonds et qu'il recherche pour cela à diversifier les profils, donc à ne pas seulement s'entourer d'investisseurs mais aussi d'opérationnels, de personnes entreprenantes. Il lui demande ainsi de rejoindre le projet émergent.

La décision ne s'impose pas d'elle-même puisque si la perspective de collaborer avec Nicolas Celier la réjouit, elle craint de se trouver à nouveau dans un poste où elle serait seule tandis qu'elle a pris goût au travail d'équipe. Elle lui livre son appréhension, ainsi que celle de travailler tout en ayant un enfant, car c'est une première. Nicolas Celier la rassure sur ces deux points. Ring veut agréger des profils diversifiés qui travailleront en équipe pour que les choix d'investissement soient basés sur l'ensemble de leurs expertises et non pas sur des seuls critères financiers.

Il considère par ailleurs que son statut de mère est tout à fait conciliable avec son futur métier. Aujourd'hui Marie-Capucine partage son point de vue. "Je pense que le métier d'investisseur est un métier très compatible avec la vie de jeunes parents parce que c'est un métier où l'on est très autonome". "Il existe beaucoup moins de normes et de contraintes que dans une entreprise, il n'y a pas de management direct et l'on peut travailler d'où l'on veut." ajoute-t-elle. Nicolas achève donc de la convaincre.

"J'ai eu beaucoup de chance dans cette transition" remarque-t-elle. Car au même moment, la consultation par Saxo Bank d'un cabinet de conseil pour optimiser les dépenses de l'entreprise pousse la direction à davantage centraliser les activités de supports comme le marketing. Si bien que son poste perd de son intérêt et devient moins prenant. Elle dédie donc ce temps supplémentaire à préparer la première levée de fonds de Ring et part avec Nicolas Celier et son associé Geoffroy Bragadir à la rencontre de potentiels investisseurs. Ils manifestent leur satisfaction d'avoir affaire à une femme issue du monde opérationnel, ce qui contribue à valider le modèle de Ring. Le fonds est finalement levé au mois de décembre 2017 et Ring procède à ses premiers investissements en janvier 2018.

"Il s'agissait pour moi d'un tout nouveau métier car ce que j'avais appris en stage ne représentait presque rien au regard de ce dans quoi je m'engageais. La courbe d'apprentissage a été très forte lors des premiers deals". Elle est depuis le mois d'octobre 2020 devenue associée. "Cela avait été convenu dès le départ car selon la philosophie de Ring, tout employé au bout de trois années d'ancienneté peut accéder au capital de la société", une caractéristique du fonds en rupture avec le modèle habituel où seuls les managing partners y ont accès.

Depuis le début de cette année, un deuxième fonds est en train d'être levé, un fond d'impact, spécialisé dans les intérêts sociaux et environnementaux. Une réflexion est donc en cours sur l'évolution de la marque, qui la concerne au premier chef car en plus de son rôle de suivi des deals, elle est maintenant en charge du marketing et de la communication du fonds et donc il s'agit de penser comment Ring doit se définir face aux clients et investisseurs.

Pour la première fois de sa carrière, la mère de maintenant deux enfants n'éprouve pas le besoin au bout de trois années d'aller voir ailleurs. "Le métier est passionnant et la liberté d'entreprendre très forte conformément à la volonté des fondateurs". Elle porte aussi le désir de promouvoir la place des femmes dans la tech et songe à monter une initiative plus structurée à l'avenir autour de ce thème.

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