Feuilleton de l'été
Feuilleton de l'été
Ils et elles feront le monde d'après - Olivier Lombard
Elon Musk, le fantasque fondateur de Tesla, est un entrepreneur qui s'est lancé dans l'automobile. Olivier Lombard, lui, a fait le chemin inverse. Et d'aussi belle manière. Tombé dans la marmite du sport mécanique dès son enfance, il a fait doublement sensation en créant en novembre 2019, à l'âge de… 30 ans un constructeur automobile spécialisé dans les voitures de luxe à hydrogène, puis en l'introduisant en Bourse un an et un mois plus tard. Avec succès : introduite par cotation directe à 1 euro, l'action valait plus de 25 euros début juillet ; Hopium a présenté son premier prototype roulant, baptisé Alpha 0, pendant le salon VivaTechnology à Paris le 17 juin et ouvert son carnet de 1 000 précommandes.
L'aventure donne le vertige tant elle cumule, a priori, les handicaps. L'âge d'Olivier Lombard, bien sûr. Et quand les entrepreneurs-stars s'étaient au même âge plus volontiers lancés dans l'économie numérique, surfant sur les nouveaux usages des services, lui est directement passé à l'industrie pure et dure ! Certes, il est en plein dans la transition écologique ; mais l'hydrogène repose sur la technologie de la pile à combustible, qui n'est pas aussi mûre que le moteur électrique. Enfin, il fait le pari - gagnant pour l'instant - de la Bourse un an après son lancement, à l'inverse de nombreuses licornes, qui préfèrent grandir à l'abri des fluctuations de marché et des appétits des concurrents et des activistes.
Bien sûr, Olivier Lombard, peu connu du grand public, a bâti son aventure sur une forte crédibilité dans le milieu et technique. Pour parler du produit, le jeune talent n'a fait pas les choses à moitié : positionnée dans la catégorie "mid-luxury", la future berline, baptisée Machina, affiche une puissance de 500 ch, une vitesse de pointe à 230 km/h, 1 000 km d'autonomie et… 3 minutes de temps de recharge. Sans parler d'un design digne des plus belles Audi, Porsche, Jaguar ou Aston Martin. Le prix sera à l'avenant : il devrait tourner autour de 120 000 euros.
On pense évidemment à l'influence de Tesla et de son excentrique fondateur Elon Musk, qui le premier a totalement renouvelé le regard sur les voitures électriques avec des modèles (très) haut de gamme et des performances dignes des marques de sport, sans parler d'une autonomie inégalée. Olivier Lombard revendique le fait de ne jamais avoir eu d'idole ni de modèle qui l'auraient particulièrement inspiré, mais il se reconnaît dans le parcours du patron américain. Si Elon Musk, qui n'est pas issu du milieu de l'automobile, a pu construire un projet comme Tesla, cela démontrait la faisabilité du projet.
Une tradition familiale
Les autres éléments étaient déjà bien présents. Olivier Lombard a de qui tenir : son père, mécanicien automobile, est devenu pilote avant de diriger une écurie et de participer trois fois aux 24 heures du Mans dans les années 1980. À dix ans, il lui offre un kart. La progression ne s'arrêtera pas : il monte en monoplace, puis passe à l'endurance, jusqu'à la victoire au Mans en 2011. C'est à cette période qu'il conduit la Citroën Survolt, un concept car de course à hydrogène, lors d'un Challenge Bibendum et qu'il fait la rencontre de l'équipe à l'origine du programme : il est embauché en 2013 comme pilote d'essai par GreenGT SA, laboratoire d'ingénierie suisse spécialisé dans les technologies "propres" appliquées à la compétition automobile et aux concept-cars de constructeurs - dont celui de Citroën. Une expérience fondatrice, à cheval entre le sport automobile et l'entreprise, qui lui a donné des idées.
"Plusieurs ingrédients ont été à l’origine d’Hopium : mon parcours de pilote et mes connaissances techniques sur un créneau où personne n’était encore allé, et la vision d'un néo-constructeur tourné vers l’humain et l'environnement", explique Olivier Lombard. Fort de sa crédibilité en tant que pilote, le jeune patron, qui n'a pour bagage académique que son baccalauréat, sait également s'entourer. En premier lieu d'un designer, poste vital si l'on se lance de l'automobile de luxe et qui va permettre de s'adresser aux interlocuteurs, notamment les investisseurs. Il ne trouve pas n'importe qui : Félix Godard, major de sa promo de l'école de design Strate, déjà repéré par Porsche à l'époque et recruté par Tesla en 2016. Il a très vite été emballé par le projet. Si cela peut expliquer cet enthousiasme par la jeunesse, Olivier Lombard a également su convaincre des professionnels chevronnés à la carrière toute tracée, comme son directeur des programmes, venu du pôle Pile à combustible du géant aéronautique Safran, ou encore son directeur financier Ivan Tortet, ex-DAF de Seloger.com et de Deezer. "Les mots-clés pour convaincre un collaborateur de rejoindre Hopium sont challenge et aventure", souligne Olivier Lombard.
Puiser dans ses qualités et savoir écouter
Pour les investisseurs, qui doivent financer un projet forcément consommateur de capitaux, cela ne suffit évidemment pas. L'entrepreneur s'appuie sur des études de marché commandées au cabinet Roland Berger et un business plan solide. À l'occasion d'une augmentation de capital de novembre 2020, il convainc des entrepreneurs chevronnés (comme Rachid Bakhtaoui, fondateur d'Easy Bourse, et Pascal Chevalier, fondateur de Reworld Media) et des dirigeants de grands groupes qui lui apportent leur expérience, comme Sylvain Laurent, exécutive VP de Dassault Systèmes, et Javier Gimeno, directeur général Asie-Pacifique de Saint-Gobain, ou des professionnels de l'investissement comme Benoist Grossmann, directeur général d'Eurazeo Investment Manager. Il n'a aucun complexe à parler aux gens qu'on lui présente ou qu'il rencontre au gré de ses fréquentations. "Je suis assez autodidacte. J'ai eu un travail d'adaptation à faire, mais l’important est avant tout de bien s’entourer. Lorsque l'on n'est pas spécialiste d'une discipline, il faut savoir dialoguer avec les gens qui ont les compétences", indique-t-il posément.
La Bourse était aussi un sacré pari, pour les raisons exposées plus haut. "L'introduction en Bourse était la meilleure voie nous donner les moyens de nos ambitions et faire connaître la marque. Nous savions que l’intérêt autour de l'hydrogène était grandissant, mais nous ne nous attendions pas à un tel succès", reconnaît Olivier Lombard.
Pour aller au terme de son ambition, il aura autant besoin de qualités humaines que de compétences techniques. "La compétition automobile m'a permis de développer des capacités d'analyse, de rigueur et m'a appris à gérer la pression. C'est un gros avantage quand on est entrepreneur", explique l'ancien champion, dont le hobby est tout aussi exigeant : l'aviation (il possède une licence de pilote) lui "apporte beaucoup de rigueur, de la réactivité et de l'agilité".
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