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Feuilleton de l'été

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Ils et elles feront le monde d'après - Matthieu Quyollet

Directeur général adjoint de l’entreprise ferroviaire internationale Thalys, à seulement 40 ans, Matthieu Quyollet est un homme passionné par l’univers de la mobilité, le contact direct avec le terrain et les enjeux liés à la transition écologique. Après avoir occupé plusieurs fonctions importantes au sein de la sphère publique, il a rejoint il y a près de cinq ans le monde de l’entreprise, avant d’être nommé numéro deux de Thalys en janvier 2019.
Matthieu Quyollet - Thalys
Matthieu Quyollet - Thalys

C’est au sein de la haute fonction publique que Matthieu Quyollet commence sa carrière professionnelle, après un parcours académique sans faute, qui le mène de Sciences Po Paris à HEC, qu’il quitte après sa réussite au concours d’entrée de l’ENA. De ces années de formation, il garde un souvenir tout particulier de sa troisième année de Sciences Po vécue à l’étranger, en Allemagne à Heidelberg, où il étudie la philosophie, ou encore ces nombreux mois passés sur le terrain en Préfecture et en Ambassade, dans le cadre de sa formation à l’École Nationale d’Administration.

À sa sortie de l’ENA, Matthieu Quyollet devient juge administratif, convaincu que l’une des plus grandes responsabilités de l’État réside dans son pouvoir normatif et de contrôle. Dans ce cadre, il se voit notamment affecté des dossiers de contentieux liés aux marchés publics, comme celui d’Autolib ou de la canopée des Halles. Son autre champ d’expertise porte alors sur le champ des libertés publiques et le droit des étrangers. "Une expérience professionnelle passionnante. Une école de rigueur et d’humilité, qui vous apprend à analyser un dossier en profondeur et à trancher. Mais aussi à convaincre les membres de la formation de jugement que votre proposition est la plus pertinente et conséquente dans sa mise en œuvre. Ce qui veut dire également écouter et accepter d’être parfois mis en minorité (…) C’est une expérience qui m’a appris à analyser, convaincre et décider ". En parallèle, l’actuel Directeur adjoint de Thalys, enseigne alors à Sciences Po en tant que maître de conférences et publie également dans la revue intellectuelle française Esprit. Un équilibre alliant théorie et pratique, pédagogie et responsabilité, dans lequel il s’épanouit pleinement.

C’est en 2012 que sa carrière pour la première fois bascule. Alors âgé de 31 ans on lui propose de rejoindre l’Assemblée nationale comme conseiller juridique du Président. Il découvre l’univers du Parlement, ses négociations complexes entre groupes politiques et les subtilités de la procédure législative. Il évolue vite, quitte progressivement ses missions strictement juridiques pour celles de pilotage de la transformation de l’Assemblée nationale elle-même. Au cours de ces quatre années, il est promu directeur de cabinet adjoint du Président avant de devenir en 2017 le plus jeune directeur de cabinet d’un Président de l’Assemblée nationale sous la Ve République, manageant une équipe de 17 personnes, en lien avec une administration de 1 400 fonctionnaires. "C’est une institution passionnante et une fonction dans laquelle j’ai énormément appris. Chaque décision de transformation de l’Assemblée nationale nécessite de trouver un accord consensuel entre partis opposés". Les réformes pourtant s’enchaînent : renforcement des mesures de transparence de la vie politique, réforme et digitalisation de la procédure parlementaire, ouverture des données de l’Assemblée nationale, réforme des indemnités de mandat des députés eux-mêmes… Dans ce cadre, il est notamment la cheville ouvrière d’une commission intitulée "Refaire la Démocratie", présidée par le Président de l’Assemblée nationale et le célèbre historien Michel Winock. Composée de membres de la société civile, du monde de l’entreprise et du salariat, de parlementaires et d’intellectuels, cette commission propose de moderniser en profondeur les Institutions de la Ve République. Avec une idée clef : renforcer le pluralisme et le collectif, abandonner la croyance qu’une seule personne peut tout connaître dans une société de plus en plus complexe, et transformer sans les autres. Une idée toujours chère à l’actuel DGA de Thalys qui marque son style de management.

Quatre ans plus tard, la carrière de Matthieu Quyollet bascule à nouveau : le président de la SNCF lui propose de rejoindre l’entreprise en tant que directeur de cabinet. Matthieu Quyollet répond immédiatement "oui, mais à condition de pouvoir partir en opérationnel d’ici un an". Marché conclu, il quitte le Palais Bourbon pour le monde des cheminots. Une fois encore, l’expérience se révèle passionnante, “deux années trépidantes et intenses”, marquée par la réforme du groupe SNCF, l’ouverture à la concurrence mais aussi la plus longue grève de l’histoire du groupe.

Avec l’univers du rail le coup de foudre est immédiat, et cela d’autant plus que s’il y a bien un domaine qui l’a toujours fait rêver, c’est celui du voyage, du train, et des TGV ces "monstres d’acier" comme il les appelle citant l’écrivain Pierre Michon.

En 2019, il est nommé numéro deux de Thalys, entreprise franco-belge détenue par la SNCF et la SNCB (les chemins de fer belges). Dans ce cadre, il exerce les fonctions de Chief Strategy and Business Development Officer et se voit confier en parallèle le pilotage de plusieurs départements corporate.

C’est selon lui grâce à beaucoup de travail, à la confiance de ses CEO successifs, mais aussi à une bonne dose de chance, qu’il estime devoir son parcours. Car s’il “faut énormément travailler, il faut aussi avoir de la chance dans les rencontres que l’on fait et les opportunités que l’on a, même si on ne le dit pas assez souvent”.

Passionné par ce nouvel environnement international – Thalys est composé d’équipes françaises, belges, néerlandaises et allemandes – et par ses convictions personnelles, il décide rapidement de mettre en place une équipe stratégique pluridisciplinaire, convaincu qu’il faut réunir les talents et les fortes compétences présentes dans l’entreprise, fédérer et impliquer pour créer une dynamique et préparer la riposte à la concurrence. Tout cela en s’appuyant sur la culture de l’entreprise et en faisant de sa raison d’être un levier : “Thalys a été créée pour abolir les frontières, rapprocher les gens et les cultures, c'est ça que l’on adore faire chez nous. C’est un puissant moteur qui conduit la boîte à se dépasser”.

Pour le reste, Matthieu Quyollet en est convaincu, après avoir été longtemps considéré comme "ringard", le train est désormais le moyen de transport de l’avenir pour répondre au défi climatique que la crise sanitaire a mis en exergue. Pour cela il ne faut pas, selon lui, hésiter à parler à ses concurrents et à construire le monde de demain avec l’ensemble des acteurs du secteur de la mobilité y compris l’aérien. Une partie du travail de ses équipes est d’ailleurs consacrée à imaginer et négocier des partenariats avec les compagnies aériennes permettant que les connexions aux hubs aériens pour les vols longue distance se fassent désormais par train et non par avion. Thalys est d’ailleurs actuellement en négociation avec la compagnie aérienne KLM.

Matthieu Quyollet en est convaincu : l’enjeu climatique est “l’enjeu de notre génération”. Et promouvoir le train c’est selon lui agir concrètement pour faire face à un double défi : celui du réchauffement climatique mais aussi celui de la pénurie d’approvisionnement en énergie fossile qui pourrait à terme limiter notre liberté de déplacement.

L’autre défi auquel l’entreprise doit aujourd’hui faire face c’est bien sûr celui de la crise sanitaire qui a durement affecté le secteur des transports internationaux. Le directeur adjoint ne fait pas de détour, Thalys en a fortement pâti avec une perte de 70 % du chiffre d’affaires et de 70 % de ses clients. Cette crise sans précédent a conduit l’entreprise franco-belge à mettre en place un plan d’économie à hauteur de 200 millions d’euros et a engagé une réorganisation. "Combien de temps le secteur des transports sera-t-il affecté ? Nul ne peut le dire avec certitude. Pour autant on le voit, nos clients sont impatients de revenir dans nos trains et nous de les retrouver" précise-t-il.

Lui aussi d’ailleurs a hâte de se remettre à voyager. Car Matthieu Quyollet qui avait l’habitude de faire la "navette" entre la Belgique et Paris plusieurs fois par semaine, a été soumis au télétravail, comme les autres membres de l’équipe. Si selon lui le télétravail a des avantages et perdura en partie car “les gens et les entreprises s’y sont habitués et que cela permet de limiter les déplacements dont l’intérêt est limité”, il ne croit pas pour autant au 100 % télétravail. “je ne crois pas à la disparition totale du voyage d’affaires, il faut rencontrer les clients, établir la confiance, se rendre dans des salons pour faire des rencontres, faire tout cela en virtuel, cela n’aura jamais le même impact".

De même, Matthieu Quyollet accorde beaucoup d'importance à la notion de travail d’équipe et n’imagine pas pouvoir maintenir une culture d’entreprise en ne voyant ses équipes qu’en visioconférence. Il insiste sur ce point “pour la créativité, l’esprit d’équipe, mais aussi former les nouvelles recrues, la présence physique est essentielle, on ne peut pas basculer dans un monde entièrement à distance. Ce serait perdre l’une des cordes de la transmission et de la communication”.

Une chose est sûre, l’année passée n’aura pas été de tout repos pour le directeur adjoint, qui a hérité d’une importante charge de travail et de stress. "Comme pour l’ensemble de l’entreprise insiste-t-il. Heureusement j’ai une équipe composée de jeunes talents, dont l’engagement et l’expertise ont été un atout décisif en cette période de crise ". Ses moments de repos, il les a consacrés essentiellement à la lecture, passion qui l’anime et le ressource depuis qu'il est tout jeune. Petite nouveauté néanmoins en cette période si particulière, il a décidé de suivre une formation d'œnologie, grâce à laquelle il a pu en apprendre davantage sur l’univers du vin et des terroirs.

Au total, ce qui a le plus manqué à Matthieu Quyollet depuis le mois de mars 2020, c’est confie-t-il, le contact humain et le fait de voyager. C’est d’ailleurs pour cette raison qu’il a hâte de partir en vacances, entouré de ses proches, dans une destination qu’il connaît par cœur et qu’il aime tant. “L’Italie, c’est un livre à ciel ouvert, l’occasion de contempler 2 000 ans d’histoire et de beauté simplement en parcourant les rues de Rome. Et puis on y mange tellement bien ! ”.

Pour le reste et malgré les difficultés que traverse son secteur, Matthieu Quyollet reste profondément optimiste : “nous agissons dans une époque passionnante, marquée par une révolution écologique, digitale, et maintenant du travail. Dans une époque comme celle-là, nous pouvons tous faire quelque chose qui pourrait changer la donne”.

Certes, se projeter dans l’avenir est un exercice complexe mais pour lui l’enjeu est clair : “Les dix prochaines années seront décisives si nous voulons que notre monde soit durable. C’est une responsabilité historique, le défi de notre génération” et précise “quelle que soit ma place, j’espère dans 10 ans pouvoir me dire que j’ai pris ma part au sein d’un collectif à faire bouger les choses”.

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