Feuilleton de l'été / Maryse Lokossou / BOAD
Feuilleton de l'été
Maryse Lokossou / BOAD
Ils et elles feront le monde d'après - Maryse Lokossou
Au commencement était le silence. Quelle ne fut pas sa surprise lorsque Maryse Lokossou, après avoir passé les premières années de son existence en Côte d’Ivoire puis au Bénin, partit vivre en Haute-Savoie à la fin des années 90 pour poursuivre ses études. "En Afrique, il y a un esprit communautaire très puissant, la vie fourmille sans cesse. Quand je suis arrivée à Annemasse, ce n’était pas tant le climat qui m’a affectée que l’absence totale de bruit", se souvient-elle. Ayant obtenu son baccalauréat scientifique, elle intègre l’Institut Universitaire de Technologie de Grenoble pour étudier la finance et la comptabilité en vue d’évoluer dans le secteur bancaire. "J’étais convaincue que cette industrie est l’une des rares permettant de réaliser plusieurs vies professionnelles en une", souligne-t-elle.
Ensuite, après l'obtention de son master en Banque Finance Assurance à l’Institut Universitaire de Professionnalisation de l’IAE de Nantes, Maryse Lokossou parachève son parcours au sein de la Faculté des Affaires Internationales de l’université du Havre, dispensant un master II en finance internationale. Son diplôme en poche, la banque Fortis la recrute en tant que chargée d’affaires au sein de son centre d’affaires de Paris la Défense. "C’était une première expérience passionnante durant laquelle j’ai appris le métier de banquière au sein d’une équipe de grande qualité. J’y ai côtoyé le monde de l’entreprise, j’ai conseillé et accompagné des clients dans leur développement. J’en ai retenu la responsabilité du banquier dans la connaissance profonde de son client et de son activité, ainsi que l’importance de la relation de confiance qu’il doit bâtir avec ce dernier", se souvient Maryse Lokossou.
Durant son parcours au sein de l’établissement belge, elle découvre le métier de maîtrise d’ouvrage dans le cadre d’un projet de migration informatique. Son expertise bancaire intéresse alors le groupe Atos Origin qui la débauche. Pour autant, elle ne s’éloigne pas de la finance puisqu’elle intervient exclusivement sur des missions ayant pour objet des applications informatiques purement bancaires. Après une expérience de trois années au sein des groupes Atos et Sopra, elle décide de retrouver le secteur bancaire en tant qu’interne et "faire à nouveau corps avec la culture d’entreprise de la banque". La Société Générale lui ouvre alors ses portes début 2011. Elle y restera près de sept années et pilotera entre autres une application de production de reportings réglementaires du groupe. Puis, une aspiration se fait sentir chez Maryse Lokossou et son mari, franco-béninois comme elle : "Nous désirions mettre nos compétences au service du Bénin, et faire découvrir à nos deux fils leur pays d’origine. De plus, à l’époque, j’étais dans une quête de sens de plus en plus prégnante, je ressentais le besoin de mesurer l’impact concret et direct de mes responsabilités professionnelles sur mon environnement", explique-t-elle.
Ainsi, elle parvient à rencontrer Romuald Wadagni, ministre de l’Économie et des Finances du Bénin, qui lui propose de prendre la responsabilité de la notation souveraine du pays. Il s’agissait de positionner le Bénin en bonne place sur les marchés financiers internationaux afin de lui permettre d’accéder à des financements à des conditions compétitives. Les enjeux macroéconomiques, à l’échelle d’un État, auxquels elle se trouve confrontée constituent un défi inédit à cette étape de sa carrière. Elle travaillera avec détermination. Se posant en "chef de projet transversal", Maryse Lokossou coordonne l’ensemble du processus, depuis la collecte et la consolidation des données sollicitées au sein de plusieurs ministères, à la relation avec les agences de notation et la préparation de leurs visites au Bénin. Cette expérience lui permet de collaborer avec les plus hautes autorités du pays. Elle s'emploie avec ardeur, guidée par l’objectif constant des résultats et de la performance, sous le leadership du ministre. Ses efforts paient : les agences de notation internationales S&P et Fitch délivrent les notes respectives de B+ et B au Bénin, soit une signature parmi les meilleures de la zone que le pays conserve depuis lors et s’efforce même d’améliorer.
Conforté par les efforts qu’elle a déployés et les résultats obtenus, le ministre la promeut conseillère technique. Il lui confie, en plus du rating souverain, la responsabilité de piloter la mobilisation de ressources financières auprès d’investisseurs internationaux. Maryse Lokossou a alors fort à faire pour relever les nouveaux défis qui sont désormais les siens. D’une part, elle pilote avec brio le projet d’émission inaugurale du premier Eurobond de l’histoire du Bénin (500 millions d’euros), "une expérience extrêmement exigeante mais résolument palpitante et passionnante !". D’autre part, elle est impliquée dans le financement de plusieurs projets phares du plan d’action du gouvernement, entre autres, la construction d’un centre hospitalier universitaire de référence au niveau régional ou encore de travaux d’asphaltage à l’échelle nationale. Et c’est sans compter le reprofilage de la dette publique béninoise auquel elle contribue, un travail d’équipe là aussi inédit, mené en coopération avec la Banque mondiale, qui va générer des gains substantiels pour les finances publiques. Ces "deals innovants" lui permettent d’être en relation avec les investisseurs et les grandes banques internationales qui s’intéressent désormais à ce "petit pays d’Afrique de l’Ouest" : "Nous avons gagné de la crédibilité vis-à-vis de ces partenaires, suscité leur intérêt et positionné le Bénin dans leurs portefeuilles d’investissements", déclare-t-elle avec fierté.
"Voir sortir de terre une infrastructure hospitalière de référence, assurant aux populations des soins de qualité, offrir aux plus vulnérables le bénéfice inédit d’une couverture maladie et d’une prise en charge gratuite ou encore assister à l’amélioration substantielle du cadre de vie de ces populations, est quelque chose d'incroyablement gratifiant. La finance retrouve ses lettres de noblesse avec de telles réalisations", témoigne avec satisfaction Maryse Lokossou.
Femme de défis, elle décide d’ajouter une corde à son arc et est alors admise au sein du prestigieux parcours Exécutive MBA d’HEC Paris : "Mon parcours professionnel ces dernières années, m’a permis de me découvrir une détermination, une culture de l’exigence et de la réussite. Quelques années auparavant, je n’aurais jamais osé pousser les portes de cette école prestigieuse, dont l'Executive MBA est classé numéro un mondial. Désormais, j’ai la preuve que tout est possible, avec de l’exigence de la volonté et une grande capacité de travail".
C’est cette vision d’excellence qui gouverne la suite de son parcours et lui fait accepter, en novembre 2020, la proposition de Serge Ekué - ancien dirigeant de Natixis au Royaume-Uni - fraîchement nommé à la tête de la Banque ouest-africaine de développement (BOAD). "Servir mon pays, le Bénin, et son peuple constituait déjà pour moi un grand motif de fierté et un honneur. Aujourd’hui, avec la BOAD, qui totalise depuis sa création en 1976 un engagement net cumulé de 6266 Milliards de FCFA (9,6 milliards d’euros), je suis au cœur du développement de nos huit pays de l’UEMOA [au sein de l'Union économique et monétaire ouest-africaine on retrouve la Côte d'Ivoire, le Bénin, le Burkina Faso, la Guinée-Bissau, le Mali, le Niger, le Sénégal et le Togo, ndlr]. C’est un nouveau défi que je suis déterminée à relever auprès du leader inspirant qu’est le président Ekué", confie-t-elle. En effet, au sein de cette institution communautaire de financement régionale, qui œuvre au développement équilibré des pays de l’UEMOA, Maryse Lokossou sert, en tant que directrice de cabinet du président Ekué, les huit Etats membres en prise avec des projets de développement dans les secteurs stratégiques des infrastructures, l’énergie, l’agriculture, l’éducation, la santé, le tourisme ou encore l’habitat social.
Et sa quête de sens de se voir accomplie… "J’ai la conviction d’avoir trouvé ma voie en contribuant au développement de mon continent et à l’amélioration du niveau de vie des populations", conclut Maryse Lokossou, qui vient d’être nommée parmi les 100 Young Leaders de la promotion 2021 par la French African Foundation, sous le haut parrainage des Présidents Emmanuel Macron et Macky Sall.
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