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Le privé se penche enfin sur le capital-amorçage
Les efforts de la puissance publique pour faire émerger un écosystème autour de l’amorçage n’auront pas été vains, comme en témoigne le bilan des 10 ans de la création du Fonds national d’Amorçage (FNA).
En 2011, conscient du retard français en matière de création de jeunes entreprises technologiques et de la quasi-absence de dispositif pour les financer, l’Etat a décidé la création du premier FNA par le truchement du Programme d’investissements d’avenir (PIA). Dix ans plus tard, le mécanisme a permis de réunir 1,1 milliard d’euros.
Le FNA fonctionne comme un fonds de fonds. Il n’investit pas directement dans des startups, mais dans des fonds "d’amorçage", qui investiront dans des entreprises qui en sont à leurs balbutiements – souvent au stade de simple projet et n’ayant souvent pas encore de chiffre d’affaires. L’Etat ne souhaitait en effet pas investir directement de l’argent public dans de si jeunes pousses.
Or cette étape n’était pas, ou si peu, abordée par les fonds de capital-risque, dont le rôle démarre au tour de financement de "Série A", lorsque les startups ont déjà un business plan et réalisent un chiffre d’affaires. "Nous avons commencé par constituer une équipe de spécialistes du financement de l’amorçage, qui n’existaient quasiment pas en France. Dix ans plus tard, nous pouvons dire que nous disposons d’une infrastructure pour le financement de l’amorçage en France ", s’est réjoui hier Nicolas Dufourcq, le directeur général de Bpifrance, la banque publique de financement et d’investissement qui assure la gestion du FNA, à l’occasion d’une conférence de presse.
Le PIA a accordé une première enveloppe de 600 millions d’euros au FNA en 2011, puis une deuxième de 500 millions en 2018. En montrant qu’ils étaient prêts à soutenir des fonds d’amorçage, les pouvoirs publics ont créé des vocations. À partir de ces sommes, le FNA a souscrit à ce jour à 37 fonds nationaux ou régionaux gérés par 19 équipes de gestion, pour un montant total de 755 millions d’euros. Parmi les équipes spécialisées auxquelles le FNA a souscrit, on compte par exemple 360 Capital, Auriga, Elaia, InsermTransfert, Kreaxi, Supernova Invest, Seventure, Partech, etc. Six cents startups ont pour l'instant été financées par les fonds alimentés par le FNA.
Autre preuve du succès de la démarche du FNA, le secteur privé, longtemps très réticent à financer la partie la plus risquée du capital-investissement, paraît convaincu. La contribution du FNA aux fonds qu'il a soutenu n'a cessé de baisser au fil du temps par rapport au poids des autres types, d'investisseurs, en particulier privés. Ce "taux d'emprise" est passé de 48% pour la période 2011-15 à 38% entre 2016 et 2021, selon les calculs de Bpifrance. En cumulé, le FNA pèse 42%, les privés 36% (investisseurs institutionnels et des fonds d'investissements, entreprises comme Soitec, Safran, Orange, STMicroelectronics, Air Liquide, ou encore des family offices), le Fonds européen d'investissement 13% et les autres financeurs publics 9% (collectivités locales, instituts de recherche publics comme l'Inserm ou l'Université Paris-Saclay, etc.). "A l'origine, la part de l'Etat devait monter jusqu'à 50%, contre 20% pour les classes d'actifs traditionnelles dans lesquelles Bpifrance investit. Mais nous avons pu la réduire", constate avec satisfaction Nicolas Dufourcq.
Le poids pris par le privé est d'autant plus importante qu'il ne s'est pas fait au prix d'une réorientation du FNA dans une stratégie plus traditionnelle. "A la question de savoir si les investisseurs privés prennent suffisamment de risques, la réponse est oui : les deeptech[startups pariant sur des technologies de rupture, ndlr] représentent60% des sociétés que le FNA a contribué à soutenir et 70% des montants investis; 60% des startups ne dégageaient aucun chiffre d'affaires à l'entrée", détaille le directeur général de Bpifrance. Parmi ces startups, on peut citer Ynsect dans la foodtech (aliments à base d'insectes), ou encore Lactips (plastiques à base de protéine de lait) dans la biotech industrielle. Nicolas Dufourcq ajoute que sur les 110 sorties déjà réalisées depuis 2011, 40% correspondent à des liquidations et 60% ont réalisé un multiple inférieur à 1.
Signe toutefois de la professionnalisation des équipes des fonds d'amorçage en France, le multiple brut du portefeuille du premier FNA atteint 1,9 fois sa mise, alors que traditionnellement, souligne le patron de Bpifrance, "l'amorçage rend 0,9 à 1 fois maximum". Ce en particulier grâce aux quatre licornes françaises que Bpifrance s'enorgueillit d'avoir soutenu : Mirakl, Alan, Jellysmack et Shift Technology.
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