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Entreprises / Actions

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Carrefour : à la recherche du scénario impossible

Sans que l’on sache très bien lequel des deux camps a entamé les discussions, le rejet par la famille Mulliez, propriétaire d’Auchan, d’un accord capitalistique repousse la perspective d'un rebond de l’action Carrefour.

Ce n’est pas avec Auchan que Carrefour pourra rapidement embellir son equity story. La famille Mulliez, propriétaire d’Auchan, a publiquement rejeté ce week-end l’idée d’une vente à son concurrent coté, qui aurait créé le numéro un français avec 29% de parts de marché. De manière tonitruante par la voix de Gérard Mulliez, le fondateur du groupe, mais de manière plus mesurée par l’intermédiaire de Barthélemy Guislain, l’actuel président de l’Association familiale Mulliez (AFM), forte d’environ 800 membres.

Si les deux dirigeants confirment qu’ils ne vendront "jamais" Auchan, le second précise néanmoins qu’ils peuvent "discuter d’alliances ou de partenariats", comme ils l’ont "toujours fait". "Nous pensons que le futur se construit par les échanges, l'ouverture aux autres et potentiellement par des partenariats portés par nos entreprises autonomes", a-t-il ainsi nuancé. Outre Auchan, AFM possède de nombreuses enseignes phares, comme Decathlon ou Boulanger.

La porte reste donc entre-ouverte. Mais il n’est pas certain que ceci suffise aux actionnaires de Carrefour, ni, plus largement, aux investisseurs, qui se désespèrent de la triste performance de l’action – qui se traîne sous la barre des 18 euros depuis février 2018, alors qu’elle cotait plus de 40 euros au début des années 2000. Cette atonie prolongée est la raison pour laquelle Bernard Arnault, via son holding Agache, a vendu en septembre le reste de sa participation dans Carrefour : au cours de ses 14 années de présence au capital du groupe, l’action a fondu de plus de 60%... Le véto du gouvernement au projet d’acquisition de Carrefour proposé par le canadien Couche-Tard, en janvier 2021, a réduit encore le potentiel d’appréciation du titre, puisqu’il sous-entend (au moins jusqu’aux élections présidentielles 2022) qu’une offre d’achat ne pourra provenir que d’un acteur français.

Certes, d’aucuns concèdent qu’une concentration est nécessaire dans le secteur de la grande distribution en France pour assurer à chacun une rentabilité pérenne – Alexandre Bompard, le PDG de Carrefour, est le premier à l’appeler de ses vœux. Les deux groupes sont des poids lourds de l’hypermarché, segment qui souffre le plus dans le secteur de la distribution en France face aux nouveaux modes de consommation (proximité, bio, commerce en ligne, etc.). Carrefour redresse cette activité au prix d’un programme draconien de réduction des coûts, tandis qu’Auchan s’est en partie renfloué en vendant sa filiale chinoise SunArt en octobre 2020 à Alibaba, son partenaire dans l’Empire du Milieu, mais est encore loin d’avoir pérennisé son redressement.

Mais comme l’ont montré de multiples exemples passés, associer deux acteurs encore fragiles n’est pas une garantie de succès. D’autant qu’un rapprochement entre deux grands acteurs du marché français impliquera un risque de casse sociale en France. Ne restent plus que les fonds ? Ceux-ci n’ont jamais été aussi riches et le capital de Carrefour est particulièrement éclaté – depuis le départ de Bernard Arnault, le principal actionnaire est la famille Moulin (propriétaire des Galeries Lafayette), à hauteur d’une douzaine de pourcents. Mais la faisabilité de voir un ou plusieurs investisseurs financiers d’emparer d’une icône du paysage français, employant des dizaines de milliers de salariés, est sujette à caution. A moins d’un consortium composé en partie d’acteurs français, et encore.

Pour autant, l’action Carrefour se remet très bien des récentes déclarations des représentants de la famille Mulliez. Elle progressait de près de 2% cet après-midi, à 15,65 euros. Les investisseurs préfèrent probablement voir Carrefour en cible plutôt qu’en prédateur.

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