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Forte de résultats records, la Caisse des Dépôts veut se servir de son rôle de leader dans la transformation écologique pour contribuer à l’indépendance énergétique
À quelques mois du renouvellement de son mandat, Éric Lombard n’a pas à rougir des comptes de la Caisse des Dépôts au titre de l’exercice 2021, qui se soldent par un résultat net agrégé de 4,57 milliards d’euros : les meilleurs depuis que la Maison de la Rue de Lille utilise les normes IFRS. Quant aux fonds propres ils ont augmenté de 10 milliards d’euros pour atteindre le montant agrégé de 62 milliards d’euros. "En l’espace de cinq ans, nous avons presque triplé la taille du bilan de la Caisse des Dépôts, notamment avec l’intégration de La Poste et de La Banque Postale" explique Éric Lombard depuis son bureau qui domine la Seine avant d’affirmer "Et cela s’est fait en renforçant nos missions d’intérêt général, avec la création de la Banque des Territoires et en pesant tous nos investissements au trébuchet de leur impact climatique".
Le fait est qu’à la différence de l’année 2020, toutes les entités qui composent le groupe Caisse des Dépôts ont été profitables l’an passé. Qu’il s’agisse de la gestion d’actifs, pilotée par Olivier Mareuse, et qui a dégagé un résultat agrégé de 1,9 milliard d’euros, dopé notamment par un effet "marchés" et également par le retour de l’inflation "compte tenu des emprunts d’État indexés sur l’inflation en portefeuille". À noter que le montant des actifs gérés a augmenté de près de 26 milliards d’euros pour atteindre 225,8 milliards d’euros. Et Éric Lombard d’indiquer "que les portefeuilles actions ont généré des revenus de plus de 1,6 milliard d’euros" notamment grâce au retour des dividendes qui avaient été amputés pendant la crise du covid. À cela se sont ajoutées des plus-values de cessions pour un montant de 1,6 milliard d’euros également.
Ce métier des gestions d’actifs a changé de doctrine en matière de gouvernance. Éric Lombard qui est très attaché à ce que l’on ne confonde pas la Caisse des Dépôts avec l’État a en effet obtenu que la Caisse des Dépôts ne soit plus représentée aux conseils de sociétés cotées. "Cela nous rend plus libres dans la gestion de nos participations, affirme le Directeur général, et nos interventions sont comme cela bien distinctes de celles de l’État actionnaire."
Le deuxième pilier de la Caisse des Dépôts, c’est désormais la Banque des Territoires que dirige Olivier Sichel. Il s’agit d’une création réalisée par la Caisse sous l’impulsion d’Éric Lombard. Cette entité qui fait rayonner la Caisse des Dépôts dans tout le pays, correspondant à sa mission de "finance utile" comme le souligne Éric Lombard dans son livre récemment publié, a engagé 12,7 milliards d’euros de nouveaux prêts principalement dans le domaine du logement social. À cela se sont ajoutés 2,2 milliards d’euros d’investissements en fonds propres dans plus de 300 projets, notamment ceux qui concernent la revivification des cœurs de villes moyennes.
Des participations stratégiques en mouvement
Le troisième pilier – historique – de la Caisse, c’est le pôle des politiques sociales avec la gestion des pensions de fonctionnaires et des comptes formation. Soit des flux financiers de 60 milliards d’euros par an. D’autant que l’an passé la Caisse des Dépôts a vu pas moins de 731 000 pensions être liquidées. En matière de retraite, Éric Lombard qui n’avait pas caché son scepticisme face à la première réforme des retraites présentée par le gouvernement d’Édouard Philippe, mais qui a été bousculée par la pandémie, est plus confortable avec le projet affiché par le Président candidat.
Enfin le quatrième pilier historique de la Caisse, c’est sa gestion des participations stratégiques, qui avait entraîné en 2020 une perte de plus de 100 millions d’euros et qui s’est traduite l’an passé par un résultat net de 416 millions d’euros. Avec une très bonne performance de la foncière Icade, de la SFIL (septième banque française) et qui prête de l’argent aux collectivités locales, d’Euronext, où la Caisse des Dépôts a réinjecté des fonds propres à l’occasion de la fusion avec Borsa Italiana. Ce pôle comprend également Transdev, RTE, GRT Gaz, dont la participation a été augmentée en cours d’année, et 20 % du nouveau Suez. Cette activité est gérée par Olivier Sichel et Antoine Saintoyant.
À ces quatre piliers historiques il faut ajouter bien sûr Bpifrance que dirige depuis maintenant dix ans avec talent Nicolas Dufourcq. La banque des sociétés en croissance et celle du financement de l’innovation a enregistré un résultat record de 1,8 milliard d’euros en part du groupe, dont 835 reviennent dans le giron de la Caisse des Dépôts. La reprise économique post-covid a entraîné une hausse de 7,1 milliards d’euros du portefeuille de Bpifrance. Par ailleurs la banque a accéléré la mise en place de prêts verts avec un montant octroyé de 1 milliard d’euros.
Une nouvelle mission stratégique pour la Caisse
Enfin le Groupe La Poste a dégagé un résultat net part du groupe de 2,1 milliards d’euros, dont 1,5 revient à la Caisse des Dépôts. Éric Lombard se satisfait du redressement spectaculaire de cette institution qui se transforme avec la forte montée en puissance de l’activité colis (+ 10,7 %). Il est par ailleurs très heureux de la transformation que Philippe Heim a menée à la tête de La Banque Postale en la dotant notamment d’une activité "corporate" dynamique et d’un élargissement de son offre à la clientèle privée.
Mais Éric Lombard insiste : "tous ces résultats ont été accomplis tout en diminuant de pair l’impact de chaque activité sur le climat". Une direction ad hoc contrôle désormais le respect des accords de Paris, par toutes les entités de la Caisse des Dépôts. Et désormais la Caisse des Dépôts a intégré complètement les paramètres de décarbonation ou de biodiversité dans les votes de sociétés cotées dont elle est actionnaire. Éric Lombard voit donc d’un bon œil se développer le "Say on climate" ou du moins le projet présidentiel d’aligner en partie les rémunérations des dirigeants sur les performances climatiques des entreprises.
Compte tenu de ces résultats historiques et de la transformation vécue par la Caisse des Dépôts au cours des quatre dernières années, Éric Lombard estime que la principale mission de l’institution qu’il dirige est de financer l’alimentation nationale en énergie de manière qu’elle soit totalement indépendante. Notamment au regard du critère écologique qui fait désormais partie de l’ADN de la Caisse et des bouleversements géopolitiques, comme on peut le voir avec notre dépendance à un gaz russe acheminé à travers l’Ukraine. Cette "mission" à laquelle Éric Lombard commence à sensibiliser les pouvoirs publics va mobiliser des investissements très importants. Mais elle répond à cette définition de "la finance utile" qui fait battre le cœur de la Caisse des Dépôts depuis deux siècles et à laquelle l’actuel Directeur général a redonné tout son lustre.
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