Feuilleton de l'été / Julien Einaudi / Groupe Ortec / Ortec
Feuilleton de l'été
Julien Einaudi / Groupe Ortec / Ortec
Ils et elles vont construire le monde d'après – Julien Einaudi
"Une aventure humaine et collective".
La trajectoire qui a conduit Julien Einaudi à devenir vice-président exécutif du groupe Ortec, grande entreprise française à l’esprit familial spécialisée dans l’intégration de solutions d'ingénierie et de travaux, s’est esquissée très tôt. Après une enfance passée dans les petits villages de Provence, le jeune homme entre au collège à Aix avec une idée déjà très claire de son futur métier. "Dès la sixième, je savais que je voulais être ingénieur, je ne me suis pas posé trente-six mille questions", confie le dirigeant à WanSquare.
Les "Barjots"
Tandis que la réflexion sur son avenir professionnel semble déjà réglée, le collégien débute le handball, sport collectif pour lequel il développe rapidement un goût prononcé. Il va y jouer sept ans, "de manière intense", en parallèle de l’école, le sport occupant alors une place importante dans sa vie. A tel point que ses efforts le rapprochent petit à petit de l’élite du handball français. L’année de terminale, "je jouais en championnat de France des moins de 18 ans dans l’équipe d’Aix entraînée par Eric Quintin", raconte-t-il. Sous la houlette de cet entraîneur de renom et "particulièrement exigeant", ex-membre de la célèbre équipe des "Barjots" championne du monde en 1995, Julien Einaudi se mesure à de futures stars telles que Nikola Karabatic et Mikael Guigou. "J’ai pu toucher de loin, mais tout de même un peu ce qu’était le sport engageant avec un énorme volume d’entraînement", se souvient-il.
Cette "aventure humaine" lui permet de vivre des moments uniques, "assez fous, parce que le sport collectif provoque et procure des moments d’adrénaline assez intense", se remémore celui qui voit toujours régulièrement ses coéquipiers de l’époque.
Décidant de mettre le sport de côté, le jeune étudiant, qui n’avait pas perdu de vue son idée première, entame un cursus en math sup et math spé, voie de choix pour intégrer l’école qui le conduira au métier d’ingénieur auquel il aspire depuis longtemps. Ce sera les Arts et Métiers.
Lors de sa troisième année, après six mois à Paris où se retrouvent alors toutes les promotions de France de l’école, il saisit une opportunité offerte par le groupe Veolia pour partir réaliser son projet de fin d’études à Shangaï, dans une Chine en plein boom économique. "Je voulais aller en Chine, le pays et sa culture m’intriguaient", se souvient le dirigeant. Il y passe six mois complètement immergé et obligé d’apprendre des notions rudimentaires de chinois dans un pays où personne ne parle anglais et en garde "un souvenir extraordinaire".
PeopleDoc
Puis, alors qu’il souhaite appréhender au mieux tous les aspects de l'entrepreneuriat, il voit sa demande acceptée pour intégrer le master HEC Entrepreneur, dont la promotion associe pour moitié des étudiants en troisième année d’HEC et des diplômés des meilleures écoles d’ingénieur. Un mélange détonnant. Pour celui qui avait toujours suivi des études scientifiques, l’arrivée sur le campus de Jouy-en-Josas constitue "une vraie bouffée d’oxygène" et lui "ouvre les chakras". Il y rencontre "des personnes avec des formations complètement différentes de la [sienne]", des entrepreneurs, des financiers. Le master lui donne aussi "l’occasion de conduire des missions très variées et concrètes de terrain", comme le redressement d’une entreprise en cabinet aux côtés d’un administrateur judiciaire. Il se souvient aussi d’une semaine pendant laquelle "toute la promotion était partie vendre du petit-électroménager chez Darty".
Point d’orgue du diplôme, la mission de création d’entreprise voit naître ce qui allait devenir PeopleDoc, aujourd’hui numéro un de la dématérialisation RH en Europe, dont l’idée de départ était à l’époque, en 2006, de créer le concurrent de La Poste. Ce qui n’était alors qu’un projet d’école élaboré avec trois camarades, Clément Buyse, Jonathan Benhamou et Maxime Cauchet, reçoit "un retour extrêmement positif" lors de sa présentation en amphi. Les jeunes entrepreneurs créent leur start-up, qui devient vite une entreprise. "Nous avons fait nos premières levées de fonds, créé et structuré la société à la sortie d’HEC", se rappelle-t-il. Puis rapidement, les jeunes dirigeants opèrent un virage stratégique. Ils délaissent l’idée de concurrencer La Poste pour se lancer dans une offre axée sur les RH via la digitalisation des bulletins de paye et des contrats de travail notamment, un projet d’innovation totalement disruptif à l’époque, traitant de la question de l’archivage légal et nécessitant un fort niveau technologique.
Après trois ans, Julien Einaudi quitte l’aventure PeopleDoc, laissant ses camarades développer l’entreprise, ce qu’ils réaliseront "de façon extraordinaire". Un départ prévu dès l’origine. "Dès la création de PeopleDoc, j’avais dit à mes associés que je ne m’inscrirais pas sur le long terme", précise-t-il.
Périple africain
Après ce parcours très éloigné de sa formation de base, le jeune entrepreneur éprouve le besoin de retrouver des sujets techniques de terrain. C’est ce qu’il fait en 2010 lorsqu’il rejoint le groupe Ortec "de but en blanc", mais pas totalement par hasard. Son père, André Einaudi, est l’un des cofondateurs de l’entreprise dont il est aussi PDG. Travailler chez Ortec n’est pourtant pas aussi évident que l’on pourrait le supposer. Cette idée germe progressivement dans son esprit. Alors qu’il est approché à plusieurs reprises par des administrateurs de l’entreprise, le jeune entrepreneur finit par s’y projeter : "Finalement, je me suis dit pourquoi pas", se remémore-t-il.
Mais avant de sauter le pas, Julien Einaudi décide d’acquérir des compétences supplémentaires. Il "retourne quelque temps sur les bancs de l’école" avec "l'ambition d'acquérir rapidement une solide culture des métiers du groupe". Il se rend alors à l’institut de soudure, pour apprendre la soudure, la cristallographie, ou encore la métallographie, puis à l’institut français du pétrole et des énergies nouvelles pour parfaire sa connaissance sur l’économie pétrolière.
Son aventure chez Ortec démarre en 2010, en tant qu’ingénieur projet terrain, en Angola. Il y passe un an à travailler sur la maintenance ou l’ajout de nouvelles unités pour les installations de grands groupes pétroliers et acquiert au passage ses qualifications sur certains procédés de soudage, "pour mieux comprendre le métier". Puis, Julien Einaudi poursuit son périple sur d’autres projets à l’international du groupe, en Afrique essentiellement, avant de rentrer en France.
Casques d’Or
Il travaille alors dans plusieurs secteurs d’activité, toujours sur les chantiers, dans la pétrochimie, le raffinage, ou encore le nucléaire et se souvient notamment d’ "une très importante opération de maintenance consistant à changer les générateurs vapeur" d’une centrale. Ces "années de terrain" lui permettent d'observer ces activités industrielles de l’intérieur et de comprendre le monde de l’énergie au sens large.
Le rachat en 2013 d’une entreprise dans le domaine des services à l’environnement lui "donne l’occasion de prendre la responsabilité du département environnement pour la France", dont les activités regroupent à la fois "l’assainissement des réseaux, la gestion des déchets dangereux, ou encore le nettoyage industriel". Tout ce qui assure le bon fonctionnement des procédés industriels des groupes miniers, des centrales nucléaires ou des raffineries, soit un ensemble de "métiers très fortement mécanisés, et très techniques", souligne-t-il.
Afin de mettre en avant ses métiers de terrain à très forte composante technique, le groupe Ortec avait d’ailleurs créé en 2008 le corps d’élite des Casques d’Or, constitué de "nos meilleurs référents sur le terrain, ceux qui détiennent les savoirs faire techniques, tout en portant les valeurs et l’état d’esprit de l'entreprise", poursuit Julien Einaudi.
En 2016, le groupe se constitue en quatre pôles principaux d’activité, l’ingénierie, le contracting pour la France, le contracting international et le Global Services, dont Julien Einaudi a aujourd’hui la charge, dans lequel "on retrouve ces métiers de l’environnement, y compris celui de la dépollution des sols, qui s’est fortement développé ces dernières années". Puis, l’entreprise réalise deux importantes opérations de croissance externe. Celle du groupe Brunet en 2017, spécialisé dans le génie électrique, et donc un acteur de la transition énergétique des bâtiments. Et, "plus récemment, nous avons fait l’acquisition des activités de Veolia au Canada sur les métiers du nettoyage industriel et des services à l’environnement", ajoute-t-il.
La casquette de l'innovation
Son parcours chez PeopleDoc confère aussi logiquement à Julien Einaudi "la casquette de l’innovation, qui est une composante importante de l’entreprise". Ortec a ainsi lancé très tôt, dès 2014, la digitalisation de ses opérations. Le groupe, qui est basé à Aix-en-Provence, a aussi créé il y a quelques années un centre technique d’innovation à Durtal, à côté d’Angers, une initiative qui a rapidement eu des retombées très concrètes. "Nous avons été les premiers en France à fabriquer nos propres camions 100% électriques pour nos métiers", souligne le dirigeant.
Ses différents métiers situent Ortec "au cœur des transformations actuelles sur les sujets de l’énergie, de la souveraineté, de la décarbonation de l’industrie", poursuit le jeune quadra. Les ingénieurs et équipes sur le terrain, "aident à la fois nos clients à concevoir leur propre transformation et à la mettre en œuvre. C’est une force incroyable", s’enthousiasme-t-il.
La société a d’ailleurs lancé son plan climat visant à la fois à réduire les émissions de gaz à effet de serre de ses activités et à accompagner ses clients dans leur décarbonation. Ainsi, observe Julien Einaudi, les métiers du groupe, dont on pourrait penser qu’ils sont un peu anciens "sont au contraire particulièrement actuels et porteurs d'avenir".
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