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Les grands laboratoires vétérinaires français marquent le pas
Sale temps pour les leaders français de la santé animale côtés en Bourse. Après une année 2021 de tous les records, qui les a vu respectivement franchir les caps du milliard et du demi-milliard d'euros de chiffre d’affaires, il se confirme que 2022 s’avère plus compliqué pour Virbac et Vétoquinol. Ce dont les investisseurs ont pris brutalement conscience vendredi lors de la publication des comptes semestriels des sixième et neuvième laboratoires vétérinaires mondiaux. L’un a vu son action chuter de 10,3%, tandis que le cours de Bourse de l’autre a plongé de 18%.
Il ne s’agit pas à proprement parler d’une surprise : les deux subissent d’abord le ralentissement d’un marché en phase de normalisation au regard d’une base de comparaison élevée. "Le trimestre écoulé marque le pas des croissances à deux chiffres en Europe, du fait du ralentissement du marché tel qu’anticipé dans notre perspective annuelle", constate ainsi Virbac. Point commun aux deux acteurs, leurs ventes restent cependant soutenues par leur gammes pour les animaux de compagnie qui compensent le retrait des produits destinés aux animaux de production (d’élevage).
L'atout du petfood
Pour Virbac, l’entrée récente sur le marché de la nutrition pour animaux de compagnie aux Etats-Unis, premier marché au monde pour le petfood (estimé à environ 1,5 milliard de dollars en circuit vétérinaire uniquement), constitue d’ailleurs un atout. Un avantage qui aide le groupe à maintenir son objectif de croissance annuelle de son chiffre d’affaires à taux et périmètre constants dans une fourchette comprise entre 5% et 10%, quand Vétoquinol ne fournit aucune prévision.
Mais il ressort aussi et surtout de ces résultats semestriels que ni Virbac ni Vétoquinol ne sont immunisés contre l’inflation. Virbac a vu son résultat opérationnel courant (avant amortissements des actifs issus d’acquisition) progresser moins vite que son chiffre d’affaires tandis que celui de Vétoquinol a carrément diminué. Dans les deux cas, la marge s’effrite, passée de 19,7% au premier semestre de l’année dernière à 19% cette année pour Virbac, et de 22,3% à 19% pour Vétoquinol. Une dégradation de la marge en valeur relative directement liée aux impacts de l'inflation sur les coûts des matières premières et sur les dépenses opérationnelles telles que le transport et l’énergie. Phénomène auquel s’ajoute un rebond des dépenses commerciales (frais de déplacement, séminaires…), post période du Covid-19, ainsi qu’une hausse des dépenses de R&D.
Le risque inflationniste pèse aussi sur 2023
Tout cela n’est pas non plus sans conséquence sur l’endettement. L’augmentation du besoin en fonds de roulement (BFR) liée à la croissance de l'activité, à l’inflation, ainsi qu’à la décision du management de constituer des stocks de sécurité, a conduit Virbac à ajuster à la baisse ses prévisions de désendettement pour l’année 2022. Le groupe prévoit maintenant de se désendetter d'environ 30 millions d'euros cette année, au lieu d’ "autour de 60 millions" précédemment. Chez Vétoquinol, "la trésorerie nette à la fin du semestre ressort à 23,7 millions d’euros, en baisse par rapport aux 53,6 millions d’euros de fin 2021 et reflétant la hausse de plus de 53% du BFR", note le courtier TP ICAP Midcap.
Malheureusement, les vents contraires risquent de ne pas disparaître comme par magie l’année prochaine. "Au titre de 2023, supposant une inflation encore consistante", TP ICAP Midcap prévoit désormais pour Vétoquinol une marge opérationnelle à 15,3% en baisse de 100 points de base, contre 18,3% estimés auparavant. S’agissant de Virbac, le courtier ramène ainsi sa prévision de marge opérationnelle à 13,1%, contre 14,5% précédemment. Il estime que "l'inflation des salaires devrait être soutenue tant en Europe qu'aux Etats-Unis", et que "la hausse des matières premières, l'énergie et des transports pourrait persister".
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