Chroniques / Jean-Baptiste Noé
Chroniques
Jean-Baptiste Noé
Chronique
Iran : échec d’une révolution
par Jean-Baptiste Noé
En dépit de manifestations importantes et d’une remise en cause des fondements du régime, le gouvernement des mollahs n’est pas tombé. Comme lors des précédentes manifestations, la théocratie iranienne a tenu, éteignant les espoirs de renouveau du peuple iranien.
Des milliers de manifestants, des femmes qui retirent leur voile, des soulèvements étudiants dans plusieurs villes du pays, des Iraniens qui bravent la répression et les forces de police, un espoir qui naît et puis rien. Les mollahs sont toujours là, les manifestations ont été réprimées, pour l’instant avec succès, le régime a tenu et a su affronter cette nouvelle vague de contestations. Les plus optimistes penseront que cela finira par payer et que rien n’est perdu des vies et des sacrifices donnés. D’autres, plus pessimistes ou plus réalistes, estimeront que, décidément, ce régime est très solidement ancré et bien difficile, si ce n’est impossible, à déraciner.
Impossible démocratie ?
L’échec des manifestations iraniennes nous rappelle qu’il est bien rare que les dictatures tombent sous le mouvement des manifestations populaires. Échec à Cuba, échec au Venezuela, échec en Iran. Rien n’a pu renverser ces régimes, la voie de l’exil apparaissant comme la seule possible pour ceux qui ne veulent plus vivre sous leur direction. Il est plus facile de renverser une démocratie qu’une dictature et l’exemple iranien nous en donne au moins trois raisons.
Le premier est que l’Iran n’est pas seulement une théocratie, mais aussi un régime policier. Armée et police sont acquises à la cause du régime, certains par idéologie d’autres par intérêts. Cette structure policière, présente dans chaque ville et quartier, tient la population. N’ayant aucun avenir dans une autre forme de régime, les membres des systèmes de sécurité ont tout intérêt à réprimer les manifestants afin de conserver leurs privilèges. Tant pis pour les morts et les blessés. Quand un régime est prêt à faire couler le sang de son peuple pour préserver ses postes, il est bien difficile aux révoltés de faire entendre leur voix. La force et la violence gagnent toujours tant que le régime est prêt à l’employer. C’est quand la main faiblit que le pouvoir politique se dissout et se débande.
La deuxième raison est que l’opposition n’a aucune alternative à proposer. Renverser les mollahs, pour quoi faire ? Qui mettre à la place et quoi mettre comme alternative à ce régime ? Sans solution politique de substitution, aucune révolution ne peut aboutir. Lors des "printemps arabes", les Frères musulmans avaient des structures sociales, une organisation territoriale et un projet politique, ce qui leur a permis d’arriver au pouvoir en Égypte. Les bolcheviks disposaient aussi d’un projet et d’une armée de personnes motivées pour le faire advenir. Agréger des personnes isolées unies seulement par la détestation d’un régime politique ne suffit pas. Il faut des chefs et une alternative. Or l’Iran n’en dispose pas, ni à l’intérieur ni à l’extérieur. Il y a certes l’héritier du Shah, mais exilé depuis trop longtemps, il ne parle pas à la nouvelle génération. Comme au Venezuela au temps des grandes manifestations, la masse populaire, aussi nombreuse soit-elle, ne donne rien si elle n’est pas guidée par un chef.
Aucune alternative
Troisième raison enfin, les mollahs n’ont pas d’autre solution. S’ils sont renversés, ils n’ont nulle part où aller, aucun endroit où se réfugier pour passer la fin de leur existence. La fin de leur régime signifie la fin de leur vie. Ils seront, ils le savent, fusillés, écharpés, pour certains jugés et condamnés. Il n’y a donc pas, pour eux, d’alternative : le pouvoir ou la mort. Cela n’encourage pas la négociation et le compromis. Ce qui renvoie à la première raison et ce qui justifie toutes les violences : la mort est là, soit pour les manifestants, soit pour les gouvernants qui seraient renversés. N’ayant aucune porte de sortie, il est logique qu’ils ne la prennent pas.
Alors, après plusieurs semaines de manifestations, ils ont fini par gagner, à l’usure et au découragement. Ces manifestations ont-elles néanmoins permis de forger une génération nouvelle, qui arrivera un jour à ses fins ? C’est ce qu’ils espèrent, afin que leur sacrifice ne soit pas vain.
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