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Entreprises / Actions / Ubisoft / Guillemot / AAA

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Ubisoft / Guillemot / AAA

La Bourse assassine Ubisoft / Plus que jamais, le groupe doit se concentrer sur ses plus grandes marques

Ubisoft a lancé un avertissement sur résultats dévastateur en Bourse, qui illustre la faible visibilité dont dispose le champion français des jeux vidéo sur un marché devenu plus difficile, l'obligeant à se focaliser davantage sur ses blockbusters. 
Ubisoft adapte sa stratégie face à un marché du jeu vidé plus difficile - Xavier POPY/REA
Ubisoft adapte sa stratégie face à un marché du jeu vidé plus difficile - Xavier POPY/REA

Des causes différentes peuvent produire les mêmes effets. La chute de 17% en Bourse d’Ubisoft le 7 septembre dernier était liée à l’entrée du Chinois Tencent au capital de la holding familiale Guillemot Brothers, qui a réduit à court terme les espoirs d’OPA (offre publique d’achat), en préservant (pour l’instant) l’indépendance de l’éditeur de jeux-vidéos. Le plongeon de 14% enregistré jeudi après-midi par l’action du géant français du secteur découle, lui, directement des difficultés opérationnelles de l’entreprise.

Le groupe a fortement réduit mercredi sa prévision de réservations nettes ("net bookings"), l'indicateur de revenus mis en avant par les éditeurs de jeux vidéo. Pour le troisième trimestre de son exercice à cheval sur 2022 et 2023, clos fin mars, il n’attend plus que 725 millions d’euros, au lieu de 830 millions d’euros précédemment, soit une baisse de plus de 10% par rapport à l’année précédente, et non plus une croissance de plus de 10% comme visé auparavant. Mais ce n’est pas tout. Au lieu d’un bénéfice de 400 millions d’euros, le résultat opérationnel est désormais attendu en perte de 500 millions d’euros.

 

Méga warning et méga marques

 

Pour justifier ce que les analystes d’Oddo BHF qualifient de "méga warning", Yves Guillemot, co-fondateur et président-directeur général du groupe invoque "des dynamiques de marché contrastées alors que l’industrie continue de s'orienter vers les méga-marques et les jeux Live persistants dans un contexte de dégradation des conditions macroéconomiques affectant les dépenses des consommateurs".

La valeur et la qualité des franchises  "AAA" ou "triple A" du groupe, ces séries de jeux vidéo à plus gros budget qui sont au monde du jeu vidéo ce que les superproductions sont pour l’industrie du cinéma, n’est pas en cause. La stratégie d’Ubisoft au cours des quatre dernières années a justement consisté à créer des jeux Live dits "persistants" et adapter ses franchises les plus fortes qui ont pour noms "Assassin's Creed", "Far Cry", ou "Tom Clancy's".

Le marché plus difficile qu’attendu auquel le groupe est confronté vient d’ailleurs conforter cette feuille de route. C’est comme cela qu’il faut comprendre la décision d’arrêter le développement de trois projets non-annoncés, en plus des quatre déjà annoncés en juillet 2022, le but étant de se concentrer "sur moins de titres", et donc les plus grosses franchises. Certes, la dépréciation de 500 millions d’euros que le groupe a décidé de passer pour tenir compte du contexte de ventes décevantes et de l’arrêt de ces nouveaux projets pèse lourd. Mais l’apurement partiel du bilan qu’elle entraîne "semble plus sain pour le futur ", estime le cabinet TP ICAP Midcap.

 

Un pipeline historique

 

A condition de regarder au-delà de l’exercice qui s’achève, l'avenir pourra s’appuyer sur "le pipeline le plus riche de l'histoire d’Ubisoft", a souligné Frédéric Duguet, le directeur financier. L’exercice 2023-2024 verra en particulier la sortie des blockbusters potentiels "Assassin's Creed Mirage" et "Avatar : Frontiers of Pandora", et du fameux jeu d'action-aventure "Skull and Bones" au cœur du monde pirate, dont le lancement vient d'être reporté pour la sixième fois depuis 2018, et qui est prévu désormais pour début 2023-2024. 

La société développe aussi deux titres pour PC (Heartland et Xdefiant) et trois pour mobiles (R6mobile, AC Jade et Division Resurgence). "Ces titres pourraient voir le jour au cours du prochain exercice, mais il est difficile de savoir quand ils sortiront, s'ils auront du succès et ce que ce succès pourrait signifier en termes financier", note JP Morgan. Alors que le groupe vise 400 millions d’euros de résultat opérationnel, la banque américaine est moins optimiste, tablant sur 343 millions d’euros "compte tenu des risques macroéconomiques et de la visibilité limitée sur le calendrier des lancements", ajoute-t-elle.

Les difficultés d’Ubisoft à tenir ses délais de lancements ne sont pas nouvelles. Mais l'entreprise, qui va par ailleurs s’employer à réduire ses coûts de plus de 200 millions d’euros, n'a plus beaucoup le droit à l’erreur si elle veut démontrer le caractère exceptionnel du trou d’air de l'exercice fiscal qui s’achève. Ce qui ne veut pas forcément dire qu’il soit malavisé de miser sur son succès. "Les avertissements du groupe sont historiquement des bons signaux d’achat", rappelle TP ICAP Midcap, sans compter que l’aspect spéculatif est "loin d’être enterré".

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