Fusions, Acquisitions
Fusions, Acquisitions
La Caisse des Dépôts va garantir le redressement financier et éthique d’Orpea /
A la fin, c’est toujours la raison qui l’emporte !
Comme tout bon feuilleton, celui de la restructuration financière d’Orpea s’est conclu par une "happy end" et plus rapidement que ce que l’on pouvait imaginer. Après que certains créanciers, cherchant uniquement à limiter leurs pertes - ou à maximiser des gains spéculatifs à court terme - ont poussé la Caisse des Dépôts à bout, sans être freinés dans leurs revendications exorbitantes par l’incontournable Hélène Bourbouloux, les discussions se sont poursuivies quelques jours mais sans mener à grand-chose, dans la mesure où le seul acteur susceptible d’apporter un montant important de "new money" s’était mis en retrait du dossier. Au risque de mettre la société dans une situation très périlleuse.
En fin de semaine dernière, Laurent Guillot, le directeur général d’Orpea a donc fait en sorte que le conseil d’administration du groupe qu’il est chargé de redresser mandate Antoine Gosset-Grainville comme médiateur indépendant chargé de faire revenir la Caisse des Dépôts à la table des discussions. Le fondateur du cabinet d’avocats BDGS, qui est aussi Président du Conseil d’administration d’Axa était incontestablement "the right man at the right place". Il connaît bien la Caisse des Dépôts pour en avoir été le numéro deux en charge notamment de la direction financière et des participations. Il est inspecteur des finances et connaît bien les rouages de ce type de restructurations qui impliquent un pool de banques, des actionnaires existants, des créanciers sans garantie et une société dont les missions sont d’intérêt général. Enfin il dispose du tact et de la diplomatie nécessaires pour faire converger des points de vue, sans pour autant exiger une rétribution personnelle aberrante comme cela a été le cas avec Gérard Mestrallet dans l’épilogue de l’affaire Veolia-Suez.
Selon nos informations, alors que l’intéressé s’était donné tout le week-end passé pour trouver un accord entre les parties prenantes, il a pu faire sortir "une fumée blanche" dès samedi matin. Restait ensuite à faire valider les termes de cette restructuration définitive par la gouvernance de la Caisse des Dépôts, c’est-à-dire, sa Commission de surveillance qui s’est réunie hier longuement, par le conseil d’administration d’Orpea et par Hélène Bourbouloux.
Éric Lombard débute son second mandat sur un beau succès
Si Antoine Gosset-Grainville a pu trouver un accord qui convienne à tous, dans des délais aussi réduits, et en dépit de "vaisselle fracassée" au cours des journées précédentes, c’est parce qu’il a eu la bonne idée de faire rentrer dans le jeu les six grandes banques d’affaires – notamment BNP Paribas et le Crédit Agricole – qui ont apporté au printemps dernier 3,8 milliards d’euros de financements garantis. En leur expliquant que la Caisse des Dépôts et ses alliés allaient devenir les garants d’Orpea il a pu diminuer par deux la charge financière future d’Orpea et donc donner sa chance à un nouveau modèle économique basé sur un taux d’encadrement des patients plus élevés, tout en garantissant l’intérêt des apporteurs de capitaux frais. Et cela, sans que les banques n’aient à subir de "write-off" ou une conversion de leurs créances.
Une fois cela posé, il restait à résoudre les deux termes de l’équation financière propre aux créanciers non garantis (Anchorage, Boussard et Gavaudan, Carmignac, Schelcher Prince Gestion, Eiffel et deux petits nouveaux attirés par l’odeur du sang : Sparta Capital (dirigé par un ancien d’Elliott) et Fortress). S’agissant de la valeur de conversion de leurs créances, Antoine Gosset-Grainville a fait faire un pas à chacune des parties en plaçant le curseur du taux de conversion à 30 % alors que la Caisse ne voulait pas aller au-delà de 26 %. En revanche il a imposé une valeur actuelle d’Orpea (pre new-money) de 1,16 milliard, tout près de ce que réclamait la Caisse des dépôts.
Dans ces conditions La Caisse des Dépôts et ses alliés se sont engagés à apporter 1,35 milliard d’euros (contre 1,265 il y a deux semaines). Ce qui donnera à ce concert 50,2 % du capital du futur d’Orpea et donc la majorité des sièges au sein d’un conseil de surveillance qui restera présidé par Guillaume Pépy. La Caisse apportera elle-même 600 millions d’euros, la CNP, sa filiale via la Banque Postale, 150 millions d’euros, et deux importantes mutuelles contribueront à cette recapitalisation dans une finalité de "bien commun" : la MAIF à hauteur de 400 millions d’euros et la MACSF pour 200 millions. Quant aux créanciers non sécurisés ils pourront apporter 195 millions d’euros par le biais d’une augmentation de capital. Si bien que la situation financière d’Orpea sera assainie avec 1,55 milliard d’euros d’argent frais, et une créance bancaire de 3,8 milliards dont la charge d’intérêt est divisée par deux.
La raison a donc fini par l’emporter dans ce dossier. Les actionnaires anciens – qui n’ont pas joué leur rôle en laissant dériver l’ancien management et en optimisant les profits sur le rôle social et humain d’Orpea – passent de 100 à 0,4 % dans le nouveau capital de la société. Les apporteurs de capitaux – qui prennent tous les risques – auront aussi la maîtrise de la gouvernance et du cahier des charges au regard de la bonne prise en charge des patients. Quant aux créanciers non sécurisés et arbitragistes, ils ont chacun une situation différente. Mais leurs agiotages "discutables" leur ont sûrement été profitables sans quoi on les entendrait déjà crier à l’étranglement. Et comme toujours le plus dur reste à faire. C’est-à-dire, faire valider ce plan par la justice dans le cadre d’une sauvegarde accélérée. Et l’implémenter sur le plan financier avec une deadline fixée autour de fin juin. Quelques semaines après sa reconduction à la tête de la Caisse des Dépôts, Éric Lombard, n’a pas à rougir de la conclusion de ce feuilleton dans lequel la Maison qu’il dirige a tenu tout son rôle sans pour autant rien céder de ses exigences financières et morales.
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