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L’Europe n’est plus aussi indispensable pour Saint-Gobain / Un repositionnement stratégique ô combien judicieux

Si le groupe français de matériaux de construction a réussi l’exploit de dépasser le cap des 50 milliards d’euros de chiffre d’affaires l’année dernière, cette performance exceptionnelle est le fruit d’un rééquilibrage géographique de ses activités. Désormais l’Amérique du Nord, l’Asie et les pays émergents comptent pour 62 % dans les résultats du groupe.
Benoit Bazin, directeur général de Saint-Gobain (©Bruno LEVY/CHALLENGES-REA)
Benoit Bazin, directeur général de Saint-Gobain (©Bruno LEVY/CHALLENGES-REA)

Benoit Bazin est un dirigeant trop modeste. Pour la première de son histoire, Saint-Gobain a passé le cap, en 2022, des 50 milliards d’euros de chiffre d’affaires (51,2 milliards d’euros), représentant une croissance organique de 13,3 % en un an. Une performance sans doute enviée par plus d’une entreprise et que le directeur général a simplement qualifiée de "remarquable", lors d’une conférence téléphonique organisée à l’occasion de la présentation des résultats annuels de son groupe.

D’autres seuils symboliques ont été franchis l’année dernière : la barre des 7 milliards d’euros d’excédent brut d’exploitation (7,1 milliards d’euros, en hausse de 14,9 %), celle des 5 milliards d’euros pour le résultat d’exploitation (5,3 milliards d’euros), en hausse de plus de 18,4 % sur un an, et celle des 3 milliards (3,3 milliards d’euros) s’agissant du résultat net courant, à comparer aux 2,8 milliards euros enregistrés en 2021, soit une augmentation de 18,5 %.

Les exploits ne s’arrêtent toutefois pas encore là puisque la marge a progressé, elle aussi, à un niveau record de 10,4 % du chiffre d’affaires (contre 10,2 % en 2021). Même le retour aux actionnaires pourrait faire des jaloux : "2022 aura été une année exceptionnelle. Le dividende par action sera de 2 euros, soit une progression de 23 % pour la deuxième année consécutive ", a déclaré le directeur général.

 

Equilibre des forces

 

La recette de ce succès est pourtant simple. Depuis 2018, le groupe s’est profondément transformé et a choisi de rééquilibrer son empreinte géographique au profit de l’Amérique du Nord et des pays émergents, qui représentent désormais 62 % des résultats de Saint-Gobain. "La présence géographique de Saint-Gobain a fortement évolué avec un équilibre désormais beaucoup plus attractif et des résultats mieux répartis. Le nouveau Saint-Gobain, c’est en effet 30 % de nos résultats en Amérique du Nord, 32 % en Asie et pays émergents et 38 % en Europe de l’Ouest ", a expliqué le directeur général. Un changement de profil de croissance radicale lorsque l’on sait, qu’il y a encore quatre ans, l’Europe de l’Ouest pesait, à elle seule, pour 60 % dans les résultats du groupe.

 

Leader aux Etats-Unis

 

Les performances rapides de ce rééquilibrage ne doivent cependant rien à la chance. Saint-Gobain y est allé à grands coups d’acquisitions. Près de 8 milliards d’euros ont été investis depuis 2018 et 70 % de ses Capex (capacités de croissance externes) ont été consacrés à l’Amérique du Nord et les pays émergents. L’année dernière, le groupe a cédé pour 3,8 milliards d’euros d’activités en Europe, et plus principalement en Pologne et au Royaume-Uni pour à l’inverse racheter d’autres entreprises pour un montant total de 2 milliards d’euros. Outre Atlantique, Saint-Gobain s’est, en effet, offert, en juillet dernier, Kaycan, entreprise de distribution et de construction de matériaux de construction d’extérieur au Canada et aux Etats-Unis et a clôturé en octobre de l’américain GCP Applied Technologies, leader mondial de la chimie et de la construction. "Une acquisition complémentaire à celle de Chryso, spécialiste de la chimie et de la construction en 2021 et qui a réalisé 20 % de croissance organique en 2022 ", a précisé Benoit Bazin. Par ailleurs, d’autres petites opérations ont également été réalisées, notamment au Mexique, au Brésil, en Egypte…

 

Poids lourd de l’investissement

 

Mais ce n’est pas tout, Saint-Gobain a encore montré, l’année dernière, sa capacité à investir aussi massivement dans son industrie. En 2022, ce sont 18 usines et lignes de production qui ont vu le jour en Asie, en Inde, aux Philippines, au Vietnam, en Afrique… Ainsi, depuis 2018, le groupe compte depuis 2018 79 nouvelles usines et lignes de fabrication de plus, soit l’ouverture "d’une toutes les trois semaines", s’est félicité le directeur général.

Résultat : "En quatre ans, nous avons franchi différents paliers : le chiffre d’affaires a augmenté de 23 %, le résultat d’exploitation a crû de 66 %, soit 14 % par an en moyenne, tandis que la génération de cash-flow a triplé ", a rappelé Benoit Bazin. Aujourd’hui, les Etats-Unis représentent le premier pays du groupe en termes de rentabilité, viennent ensuite la France et l’Inde.

Dans ce contexte, il semble que Saint-Gobain n’ait rien à craindre pour 2023 malgré un contexte inflationniste et un marché de la construction neuve qui tourne un peu au ralenti en raison des taux d’intérêt. Le groupe se dit d’ailleurs très confiant sur ses perspectives à moyen et à long terme. Il vise une marge d’exploitation entre 9 % et 11 % cette année.

Et, une fois n’est pas coutume, l’Europe sera au cœur de ses ambitions, avec deux nouvelles réalisations : celle d’une usine de plaque de plâtre en Norvège, la première au monde zéro carbone en scope 1 et 2 et le démarrage d’essais à grande échelle d’un four verrier alimenté à plus de 50 % à l’électricité en République Tchèque. Preuve que l’Europe de l’Ouest compte encore beaucoup pour Saint-Gobain.

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