Private Equity
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Le capital-risque français, une méthode de casting bien rodée / Des critères de sélection différents mais qui ne rapportent pas plus pour autant
"La French Touch" ne s’apprécie pas qu’au niveau artistique, elle se fait également ressentir dans le secteur du capital-risque. La France n’accorde pas exactement en effet la même importance aux critères de sélection des start-ups que ses voisins européens. " Il est fascinant de voir en quoi les VCs (Venture-Capitalists, ndlr) français peuvent se distinguer du reste de l’Europe. Evidemment, […] une partie importante des pratiques est similaire aux autres pays, néanmoins, on peut probablement parler d’une certaine ‘French VC Touch’", explique Benjamin Le Pendeven, professeur associé à Audencia et chef d’un projet d’étude européenne sur le sujet aux côtés des principales écoles de commerce européennes.
Une attention particulière portée à l’équipe dirigeante
Une sélection bien particulière qui s’expliquerait notamment par le nombre considérable de dossiers sur lesquels les VCs français sont sollicités chaque année : 1353 propositions sont ainsi reçues en moyenne par an en France, contre 851 en Europe. Dans ce contexte, certaines qualités retiendront plus souvent leur attention. Ainsi, 98 % d’entre eux considèrent que le profil de l’équipe entrepreneuriale comme un facteur décisif dans la décision d’investissement contre 93 % en Europe. "Bien que les investisseurs en capital-risque accordent une grande importance à la technologie lorsqu’ils sélectionnent les entreprises, ils fondent principalement leurs décisions d’investissement sur l’équipe de direction. Cela confirme l’idée que les VC’s sélectionnent leur investissement en fonction du jockey plutôt que du cheval ", observe Benjamin Le Pendeven.
De même, quand d’autres vont regarder le business model de l’entreprise, c’est davantage l’offre qui intéresse les Français (67 % contre 62 %), tout comme le marché dans laquelle la société cible évolue (66 % contre 58 % au niveau européen).
Présence au conseil d’administration
Une fois la société jugée convaincante, 69 % des VCs français vont chercher à acquérir entre 10 et 20 % du capital de leur cible contre 63 % pour les Européens. A noter que l’anticipation de la sortie est également un facteur déterminant dans le choix d’investissement pour les acteurs hexagonaux (41 % sont 33 % pour leurs homologues étrangers).
Cela ne veut pas dire pour autant que les capital-risqueurs français ne soient pas moins impliqués dans la réussite de leurs investissements. Bien au contraire puisque 85 % d’entre eux participent par exemple activement aux décisions stratégiques de l’entreprise dans laquelle ils investissent (83 % en Europe) tandis que 82 % des Français ont un siège au conseil d’administration (contre seulement 75 % chez leurs voisins).
Pas plus rentable
Et si la France est la championne européenne des transactions réalisées avec 10 % des dossiers d’investissements reçus (6 % en moyenne en Europe), les VCs tricolores se distinguent aussi par leur tendance à recourir aux investissements syndiqués. En effet, 72 % d’entre eux procèdent sous cette forme contre seulement 64 % en Europe. Une méthode qui pour 85 % de cette catégorie permet de bénéficier davantage de l’expertise complémentaire de leurs partenaires plutôt que de partager le risque.
Toutefois, cet ensemble de précautions ne garantit pas que la stratégie des capital-risqueurs français soit plus fructueuse que celle de leurs voisins européens. Leur proportion de sorties aux rendements très élevés est même légèrement inférieure aux chiffres européens. Seuls 10 % des investissements français rapportent en effet une rentabilité multipliée par 5 à 10 contre 13 % en Europe tandis que seulement 7 % des Français réalisent un multiple supérieur à 10 ou plus à la sortie contre 9 % de leurs homologues européens.
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