Entreprises / Actions
Entreprises / Actions
Les ETI confrontées au financement de leur transformation numérique / "Opexiser" les dépenses pour les rendre plus lisibles
Le constat est unanime : pour 94 % des dirigeants d’entreprises de taille intermédiaire (ETI), le budget accordé au numérique devrait augmenter sur les trois prochaines années, rapporte une étude menée par le cabinet KPMG et le Medef.
Une mutation dans les dépenses qui reste donc à appréhender pour les ETI, dont la taille intermédiaire fait logiquement grandir l’envergure des montants à engager. "Proportionnellement, en effet, les ETI ont des dépenses informatiques deux à trois fois plus importantes que les grands groupes", souligne ainsi Benjamin Hermer, senior manager advisory en finance, stratégie et performance chez KPMG.
Alors pour pouvoir gérer ces dépenses, les ETI s’attachent à les rendre plus lisibles. Et, ce, au travers d’un phénomène "d’opexisation" des dépenses. En clair : les Operational expenditures, ou Opex, désignent les dépenses d’exploitation d’une entreprise. Autrement dit, les Opex représentent les frais les plus quotidiens d’une entreprise. Si ce changement s’opère, explique Benjamin Harmer, c’est parce que le recours croissant aux solutions de cloud et de leasing augmente mécaniquement les dépenses courantes liées au numérique, qui deviennent donc de fait bien plus visibles dans le calcul des résultats opérationnels.
A l’inverse des Capital expenditures (Capex) qui sont relatives aux dépenses d’investissement et donc davantage reliées à la croissance à long terme d’une société, la rentabilité des Opex se mesure donc à fortiori rapidement. Et représente également un "impact non négligeable sur le calcul des marges", précise le rapport de KPMG et du Medef. "Ainsi, les ETI ont appris à gouverner de très près ces coûts en intégrant des logiques de retour sur investissement (ROI) de plus en plus précises. Elles permettent de tracer la part des coûts digitaux dans les coûts de fabrication d’un produit ou dans les prix de revient d’un service", poursuit-il.
Quelques moyens d’y parvenir
Ainsi, dans le but d’établir plus précisément un lien entre le budget dédié aux technologies de l’information et la création de valeur, les ETI engagent trois leviers complémentaires d’action. Le premier concerne la culture de l’entreprise : les directions financières des ETI sont formées afin de développer de nouvelles compétences de contrôle de gestion dédiées au digital. Le deuxième moyen concerne l’évolution des systèmes de gestion, avec pour objectif d’y intégrer une structure analytique plus fine. Enfin, les systèmes de reporting des coûts sont aussi concernés par certains changements, notamment en vue d’automatiser la production du reporting extra-comptable. Une manière de mieux piloter les coûts informatiques, explicite l’étude : "Par exemple, le coût d’une infrastructure cloud peut se répartir sur les coûts des trois applications que cette infrastructure supporte".
Il reste que ces différentes évolutions nécessitent d’être financées. Et la quasi-majorité des dirigeants d’ETI interrogés par KPMG et le Medef soulignent l’importance de la puissance publique dans l’accompagnement de cette nécessaire transformation numérique. En effet, 94 % des répondants indiquent que les dispositifs d’aides publiques constituent une incitation notable à la modernisation de leurs systèmes d’information. Avec en première position, le Crédit Impôt Recherche (CIR), qui, comme son nom l’indique, consiste en une réduction d’impôt calculée sur la base des dépenses de R & D engagées par une entreprise.
Mais l’obtention de ces aides n’est pas toujours évidente. En cause, le temps long sur lequel s’inscrivent les démarches administratives pour obtenir des subventions, dont la recherche et l’octroi restent "complexes et chronophages pour des entreprises de taille intermédiaire", relève l’étude. De ce fait, des moyens d’accompagnement alternatifs sont proposés par des acteurs privés pour faciliter leur accès. Entre autres, l’initiative Espace Subventions Entreprises mise en place par BNP Paribas, la start-up WeGrant et KPMG. Elle vise ainsi à faciliter l’accès des entreprises aux programmes d’aides publiques au travers d’une plateforme numérique, qui indique aux ETI les aides auxquelles elles sont éligibles. La solution permet également de proposer aux entreprises un prêt en complément.
Car les dispositifs publics ne sont pas immuables. Si le CIR est, par exemple, un outil précieux pour les entrepreneurs, il reste soumis presque chaque année lors de l’examen du projet de loi de finances, à différents débats autour de son application. "Notre conseil ? Dans le financement aussi, il faut savoir être innovants", pointe ainsi dans l’étude Jean-Dominique Thévenin, directeur de la stratégie, IT et systèmes et du développement chez Mecachrome, entreprise spécialisée dans la mécanique de haute précision.
Reproduction et diffusion interdites sans autorisation écrite

