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Eva Sadoun ; Lita.co ; Rift ; Mouvement Impact France ; Tech ; Finance ; Économie ; Transition écologique et sociale

Feuilleton de l'été / Eva Sadoun / Lita.co / Rift / Mouvement Impact France

Feuilleton de l'été
Eva Sadoun / Lita.co / Rift / Mouvement Impact France

exclusif Série d’été – ces jeunes talents qui construisent la France de demain / Eva Sadoun, fondatrice de la plateforme d’investissement responsable LITA.co

EXCLUSIF. Une plateforme de financement à impact, un éco-score de la finance, une alternative écologique et sociale au Medef… autant de combats - et plus encore - que mène Eva Sadoun pour changer la finance, l’économie et donc la société. Activiste et militante dans l’âme, la réussite de la jeune entrepreneure montre que de tels engagements peuvent être tenus.
Eva Sadoun (Jean-Yves Dogo/DR)
Eva Sadoun (Jean-Yves Dogo/DR)

Entrepreneure engagée en faveur d’une finance transparente et durable pour mieux accompagner la transition écologique et sociale, Eva Sadoun milite avec ardeur pour faire exister un "récit alternatif". La jeune femme de 32 ans – figure reconnue de la tech française pour avoir fondé la plateforme d’investissement responsable LITA.co – entend mettre la finance au service de l’économie réelle, pas l’inverse, persuadée que "l’individu peut insuffler un changement qui ne passera que par une transformation systémique et profonde de nos sociétés".

 

"La finance c’est la banque mais ce sont aussi les gens"

 

Fille de famille juive d’Afrique du Nord immigrée en France, Eva Sadoun grandit en région parisienne. Partagée entre l’école publique et l’étude du Talmud, la jeune femme se construit dans un milieu diversifié et multiculturel qui côtoie tous types d’horizons sociaux. "J’ai toujours été très engagée", confie-t-elle à WanSquare, ajoutant que "le fait d’avoir grandi en tant que femme dans un monde dominé par les hommes m’a poussée très jeune à vouloir faire entendre ma voix".

Assez bonne en maths, Eva Sadoun suit des études d’économie, en prépa puis à l’Emlyon en finance d’entreprise et entrepreneuriat social. À cette période, elle rencontre Julien Benayoun, son comparse de toujours, qui, comme elle, s’interroge sur leur rôle en tant qu’acteur économique. "Je me voyais plutôt devenir chercheuse à l’époque, même si j’ai fini par devenir entrepreneure", explique-t-elle.

Ensemble, ils partent au Togo fonder une ONG pour accompagner un programme de reconstruction d’écoles. "On se disait que ce serait intéressant de voir ce qu’il se passe dans les pays qui sont les principales victimes de notre système économique, mesurer la responsabilité des pays du Nord", se souvient-elle. Eva Sadoun multiplie aussi les aventures en solo à l’autre bout du monde, sans jamais se perdre de vue. En Inde, elle s’initie à la finance alternative et au crowdfunding, désormais certaine que la finance – "colonne vertébrale de l’économie" – joue un rôle fondamental dans son fonctionnement.

Une dernière expérience en banque forge définitivement sa conviction. "Des clients quittaient la banque tout simplement parce qu’ils découvraient que leur argent était investi dans des projets qui ne correspondaient pas du tout à leurs valeurs, souvent très destructeurs d’un point de vue environnemental", raconte-t-elle. Un constat émerge alors : "la finance c’est la banque mais ce sont aussi les gens".

 

Changer la finance

 

En 2014, à seulement 24 ans, Eva Sadoun co-fonde LITA.co avec Julien Benayoun. Cette plateforme, qui permet aux particuliers d’investir directement dans des projets à impact social et environnemental, finance la transition des entreprises. Toujours avec l’idée que "ce sont les épargnants qui peuvent faire changer les choses". Et dix ans plus tard, "le pari est en phase d’être remporté" : LITA.co c’est aujourd’hui près de 130 millions d’euros collectés et réinvestis dans plus de 60 000 projets différents. "La boîte se développe très bien, elle est en pleine phase d’européanisation et elle permet de lever des montants de plus en plus importants. On montre que c’est possible, que la finance peut et doit changer", résume-t-elle.

Forte de son succès, la plateforme lance Rift en 2020, le "Yuka de l’épargne". Les deux applications fonctionnent sur un principe similaire selon lequel "l’information permet de changer l’industrie". Sauf qu’au lieu d’évaluer la composition des produits alimentaires, Rift scanne l’impact sociétal et environnemental des produits d’épargne plus classiques (comptes courants, livrets A et assurances-vies). "Le but de Rift c’est de sensibiliser les particuliers pour qu’ils comprennent comment fonctionnent leurs produits d’épargne", explique Eva Sadoun.

Ses combats, Eva Sadoun les porte aussi en s’engageant au sein du Mouvement des entrepreneurs sociaux Impact France, qu’elle a co-présidé pendant trois ans jusqu’en mai dernier aux côtés de Jean Moreau, fondateur de Phénix. Une nécessité car "rien ne change si on ne va pas à la table des négociations", souligne la jeune femme.

Au départ, il y avait d’abord la volonté d’être pris plus au sérieux. "On en avait marre que notre industrie soit perçue comme une niche et nous, les entrepreneurs sociaux, un peu comme les héros d’un système dégueulasse", explique Eva Sadoun. Aujourd’hui, le mouvement se présente comme "une véritable alternative sociale et écologique au Medef" qui agit en faveur "d’une économie au service des salariés, de la société et du climat", résume-t-elle.

 

Engagement sur tous les fronts

 

L’engagement d’Eva Sadoun ne se limite pas seulement à l’économie et à la finance, il est aussi féministe, formant un tout au service d’un idéal de société plus égalitaire et respectueux. "C’est compliqué d’être une femme mais plus encore d’être socialisée comme une femme dans les secteurs financier et de la tech", dénonce la jeune femme qui regrette que l’essentiel des fonds – détenus par des hommes – ne finance que leurs semblables. "En tant que femme, on attend de nous qu’on se comporte comme un mec dans le monde économique pour réussir. L’objectif n’est donc pas de remplacer des hommes par des femmes qui se comportent comme des hommes mais de changer l’économie et de lutter contre une forme de virilisme qui nuit au changement", poursuit-elle.

La jeune entrepreneure prend d’ailleurs le temps de poser véritablement sa réflexion sur le monde et retourne en 2018 sur les bancs de la fac pour faire de la philosophie. "La philo c’est pour moi un espace de réflexion pour éduquer ma quête de justice, je pense que tout le monde devrait en faire", explique-t-elle.

Eva Sadoun publie également "Une économie à nous" en 2022, un essai pour récapituler le plus pédagogiquement possible toute sa connaissance des verrous du système économique actuel qui empêchent d’opérer la transition écologique et sociale. Un deuxième ouvrage est à l’étude, consacré à ce à quoi pourrait ressembler une économie post-croissance. "C’est sûr qu’il va y avoir une décroissance globale de notre système productif, c’est inévitable, il faut arrêter de se leurrer mais pour reconstruire quoi ?".

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