Feuilleton de l'été
Feuilleton de l'été
Série d’été – ces jeunes talents qui construisent la France de demain /
Geoffrey Bouquot, directeur de la recherche-développement et de la stratégie de Valeo
"La physique ne trompe pas". Celui qui pilote la stratégie du deuxième équipementier automobile français fut très tôt un passionné des sciences physiques. "C’est une chose que j’ai apprise avec bonheur et qui m’est très utile dans les fonctions que j’occupe aujourd’hui. Quand les sujets deviennent complexes, il faut revenir aux bases et les bases ce sont les lois de la physique" explique Geoffrey Bouquot, le directeur de la recherche-développement et de la stratégie de Valeo, dans un entretien à WanSquare.
A ses yeux, la règle peut ainsi tout aussi bien s’appliquer à l’être humain qu’à un moteur électrique, à l’électronique ou à la connectivité, et, au-delà, aux enjeux qu’il peut y avoir derrière ces technologies. Ainsi, dans les débats souvent passionnés sur la transition écologique, "se rappeler le bon sens de la physique constitue un point de repère très important", souligne le jeune dirigeant de 38 ans.
Un mode de pensée appris à l’Ecole polytechnique, dont Geoffrey Bouquot est diplômé de la promotion X 2005, après être passé par le lycée Louis-Le-Grand et y avoir fait une classe préparatoire. Il se souvient de ces années comme d’une période fascinante, marquée par une bonne dose d’autogestion, des rencontres passionnantes aussi, aux côtés d’autres élèves ouverts et curieux "qui avaient l’envie de creuser". Un besoin que l’Ecole Polytechnique permettra justement de satisfaire. Le jeune étudiant y évolue comme un poisson dans l’eau, adorant tout à la fois la grande diversité des sujets et la possibilité de "creuser encore plus".
Il étudie alors beaucoup à l’époque la physique des lasers. Sans savoir que, bien des années plus tard, il travaillerait au sein d’un groupe en pointe sur le sujet, alors que la dernière génération du capteur LiDAR de Valeo pour voiture autonome voit ses commandes s’envoler.
La nécessité du questionnement
Au sortir de Polytechnique, Geoffrey Bouquot choisit le corps des mines, attiré par l’ingénierie et où il comprend "la nécessité du questionnement", sur le pourquoi des choses, leur fonctionnement, la façon dont elles interagissent les unes par rapport aux autres, "y compris lorsqu’il s’agit d’organisations comme l’Etat ou à l’intérieur de l’Etat", explique-t-il.
Sa première expérience professionnelle s’effectue en 2008 au sein de Latécoère, entreprise historique de l’industrie aéronautique française. Il y apprend auprès du directeur des achats les négociations de contrats et l’importance du rôle des sous-traitants. Puis il rejoint l’année suivante l’Office chérifien des phosphates, une ressource naturelle dont le Maroc est particulièrement riche, ce qui lui donne l’occasion de comprendre "comment une société aussi importante vis-à-vis du territoire est capable d’exploiter de façon durable sa ressource".
L’entrée en 2011 à l’Agence des participations de l’Etat va amener le jeune homme à s’intéresser de près aux enjeux régaliens de sécurité et de défense. Il y représente l’Etat dans les instances de gouvernance de groupe tels que Safran, Naval Group, mais aussi de sociétés plus petites telles que l’Adit, leader de l’intelligence économique – passé l’an dernier sous le contrôle de Sagard, la société d’investissement fondée par la famille canadienne Desmarais -, ou encore l’Imprimerie nationale en charge de la confection des documents officiels.
Ce passage à l’APE est marqué en particulier par la rencontre avec David Azéma, aujourd’hui associé de la banque d’affaires Perella Weinberg, qui dirigeait alors l’institution. Et ce, à un moment clé. Outre son rôle de chargé d’affaires, Geoffrey Bouquot va participer aux côtés de David Azema à la refonte du rôle de l’Etat actionnaire qui se joue lors de la création de Bpifrance. "Il fallait reclarifier la stratégie, les enjeux, permettre à ces entreprises publiques de se rapprocher des codes du privé, de se professionnaliser", se rappelle le trentenaire.
Courroie de transmission
"Contribuer à des enjeux de transformation a toujours été mon fil rouge", poursuit-il. Lors du remaniement du gouvernement Valls en 2014, l’homme rejoint le ministre de la Défense de l’époque, Jean-Yves Le Drian, qui a pour directeur de cabinet Cedric Lewandowski, devenu depuis directeur de l’exploitation du parc nucléaire français chez EDF. Une "équipe de choc" engagée à la cause de l’industrie de défense et plus largement de la protection de l’intérêt de la nation, au sein de laquelle, en tant que conseiller technique pour les affaires industrielles, il fait "la courroie de transmission entre le monde politique et celui l’industrie, particulièrement dans le domaine de l’armement". Ce qui l’amène notamment à s’occuper du rapprochement de Nexter et de Krauss-Maffei Wegmann (KMW) autour du projet de futur char franco-allemand. Ou encore à suivre de près la création d’Airbus Safran Launchers avec la fusion des actifs d’Airbus et de Safran dans les lanceurs spatiaux.
Ces sujets stratégiques imposent à la fois une vision long terme et la gestion rapide des dossiers. Un mélange qui impose de "tous les jours s’assurer que la préparation du temps long se fait tout en traitant des sujets qui peuvent aller très vite", se remémore Geoffrey Bouquot. Ce rôle de conseiller d’Etat consistant à tirer la substantifique moelle et une recommandation d’une situation donnée le prépare ainsi à son aventure chez Valeo.
Lorsqu’il arrive chez l’équipementier automobile, il y a près de huit ans, Geoffrey Bouquot rejoint une entreprise dont le contenu d’ingénierie résonne fortement en lui. D’abord auprès de Jacques Aschenbroich, et aujourd’hui sous la houlette de Christophe Perillat, dans un contexte de transformation de la mobilité, il s’attache à donner les orientations ayant le plus de sens, à faire les meilleurs choix d’allocation de ressources. "C’est là que les lois de la physique prennent tout leur sens", rappelle-t-il, alors que Valeo consacre plus de 10 % de son chiffre d’affaires à la R & D.
L’innovation utile
Ce n’est pas un hasard si Valeo est le groupe industriel français ayant déposé le plus de demandes de brevets l’an dernier. Le rôle du "CTO" ou responsable de la recherche et développement est de "pousser les équipes et de coordonner les énergies", poursuit Geoffrey Bouquot. Avec près de 15 000 ingénieurs et techniciens répartis dans 43 centres de développement et 22 centres de recherche dans le monde, la société développe des produits très variés, allant des capteurs aux technologies de refroidissement de batteries, en passant par l’électronique d’éclairage.
Là où l’erreur serait de dériver vers une "innovation pour l’innovation" qui serait "un peu stérile", l’organisation à la fois mondiale et locale de Valeo lui permet de rester très proche du terrain afin de comprendre le mieux possible des besoins qui peuvent varier fortement d’une zone géographique à l’autre. L’innovation doit être "la plus utile et la plus impactante, et servir une cause, en l’occurrence celle d’une mobilité plus durable", souligne Geoffrey Bouquot.
Pour les années qui viennent, celui qui s’épanouit chez Valeo se voit de toute façon continuer à évoluer "dans un environnement technologique qui permet d’avoir un impact" au milieu d’équipes passionnées par les mêmes enjeux. "C’est le plus important", souligne-t-il, évoquant aussi son rôle de mentor auprès d’élèves de l’Ecole polytechnique auxquels il souhaite apporter un "effet miroir", une autre forme d’engagement.
A côté de cela, le jeune dirigeant fait très attention à préserver l’équilibre entre sa vie professionnelle et sa vie privée. Son temps hors travail est ainsi presque exclusivement réservé à sa famille, sans négliger le sport. "Je cours beaucoup après mes enfants", raconte-t-il, amusé.
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