Feuilleton de l'été / Ardian / Portrait / Emmanuel Miquel / Elysée / présidence de la République / choose france
Feuilleton de l'été
Ardian / Portrait / Emmanuel Miquel / Elysée / présidence de la République / choose france
Série d’été - ces jeunes talents qui construisent la France de demain /
Emmanuel Miquel, managing director chez Ardian
Emmanuel Miquel aime le concret. "Je suis dans l’équipe des fonds directs. Nous investissons directement auprès des entrepreneurs. Je collabore aussi à l’équipe buy out qui investit auprès des ETI dont les valeurs sont situées entre 300 millions et 2,5 milliards d’euros (upper mid-cap)", explique le managing director d’Ardian dans un entretien accordé à WanSquare.
Ses équipes sont présentes aujourd’hui dans six géographies dans le monde (France, Allemagne, Espagne, Italie, Royaume-Uni, Etats-Unis) et son dernier fonds pèse 6,5 milliards d’euros. "On le déploie auprès d’entrepreneurs sur de beaux projets de croissance et d’internationalisation. Nos clients sont notamment de grands fonds institutionnels français ou étrangers, des fonds souverains mais aussi désormais des clients privés qui souhaitent aujourd’hui investir dans le private equity ", poursuit l’homme de 40 ans.
La compétence et le reste
Son dernier deal ? L’acquisition par AD Education des opérations européennes de SAE Institute, leader de l’enseignement supérieur dans le domaine de l’audiovisuel et des médias créatifs. "Nous avons accéléré la croissance du groupe et doublé la taille d’AD Education en deux ans, tout en étendant son empreinte européenne, qui compte désormais dix géographies contre quatre initialement ", précise-t-il.
Autre deal : le rachat de Cérélia, leader transatlantique dans la fabrication de pâtes ménagères (brisées et feuilletées) par Ardian. "Deux beaux projets qui illustrent bien ce que nous savons faire : accompagner des entrepreneurs dans leurs projets de développement et d’accélération de croissance de leurs entreprises", se félicite Emmanuel Miquel pour qui la performance repose aussi en partie sur un équilibre personnel. "J’essaie de faire le maximum de sport dès mon agenda le permet. Je fais notamment de la course à pied, du triathlon, des disciplines qui nécessitent une préparation exigeante pour être performant mais qui peut aussi s’inscrire dans une préparation plus collective et un travail d’équipe ", assure-t-il.
A côté de son travail, il investit dans des restaurants et adore le vin et le sport automobile. "C’est un métier exigeant, très prenant et passionnant, mais j’accorde beaucoup d’importance à tout le reste. Pour être un bon investisseur, il est important d’apporter une dimension humaine. et personnelle. Nous ne sommes pas que des investisseurs financiers", ajoute-t-il.
Du rugby au private equity
Et l’affect a d’ailleurs souvent conduit ses choix professionnels. "J’ai débuté ma carrière chez BNP Paribas puis j’ai rejoint JP Morgan Chase à Londres, recruté par l’actuel patron de JP Morgan France, Kyril Courboin", confie cet HEC.
Sa première expérience dans le private equity, il l’obtiendra en 2011 chez BC Partners. "Je connaissais bien l’un des associés, Cédric Dubourdieu, avec qui j’ai joué au rugby avec les anciens de l’école. Il m’a convaincu de venir le rejoindre ", relate-t-il. Chez BC Partners, il collaborera, entre autres, à la vente à CharterHouse du groupe Bureau Van Dijk.
Vient ensuite la première aventure Ardian, en 2014. "Après BC Partners, j’ai souhaité rejoindre Ardian, sur un segment du "upper mid-cap" où Ardian est l’un des fonds leaders et parmi les plus actifs en Europe notamment, au sein de l’équipe Buyout. Ardian est une très belle maison, fondée par une femme entrepreneure, Dominique Senequier, qui en a fait l’une des plus belles réussites mondiales dans l’investissement privé et la gestion d’actifs ", se remémore Emmanuel Miquel.
Très vite, il se retrouve impliqué dans de nombreux projets comme l’acquisition de Sciaci Saint Honoré aux côtés de Pierre Donnersberg et son équipe ou l’acquisition de Solina aux côtés de son fondateur Eric Terré.
Le chant des sirènes politiques
Mais c’était sans compter sur un certain… Emmanuel Macron. Entre 2017 et 2019, il fut en effet son conseiller économique à l’Elysée. Une relation entre les deux hommes qui remonte, elle aussi, de longue date. "J’ai rencontré Emmanuel Macron alors que j’étais à Sciences Po. Il était professeur de culture générale en prép’ENA. J’appréciais beaucoup ses cours car ils étaient très structurés et captivants. Je suis ensuite resté en contact avec lui lorsqu’il a rejoint la banque Rothschild et moi JP Morgan", explique-t-il.
Parmi l’entourage du président de la République, Emmanuel Miquel est un proche d’Ismaël Emelien ainsi que de Cédric O et de Stanislas Guerini, tous deux parrains de ses enfants. "Lorsqu’ Emmanuel Macron, alors ministre de l’Economie, a songé à lancer un mouvement, une petite équipe s’est constituée autour de lui l’accompagner dans cette aventure. Au lendemain de la victoire de 2017, le président de la République et Alexis Kholer et m’ont proposé de les rejoindre à l’Elysée en tant que conseiller économique pour travailler sur un périmètre pertinent au regard de mon expérience (entreprise, attractivité et export, ndlr) et où je pouvais avoir un réel impact ", indique Emmanuel Miquel.
A l’origine de Choose France
L’incroyable aventure commence alors. "Passionnante également parce que ma femme, Nathalie Baudon était dans le même temps la conseillère communication internationale du président de la République, ce qui a nécessité une certaine organisation d’un point de vue personnel pour gérer nos deux enfants à l’époque", s’amuse-t-il à raconter.
A l’Élysée, il sera à l’initiative de plusieurs projets devenus incontournables aujourd’hui tels que l’évènement Choose France. "L’idée est partie de l’ambition de promouvoir l’attractivité de la France. Nous avons alors imaginé un rendez-vous autour des dates du sommet de Davos. Nous savions que les grands dirigeants du monde s’y rendraient et nous avons donc décidé d’organiser un évènement la veille (à l’époque Choose France avait lieu en janvier, ndlr) en permettant à chacun d’entre eux de rencontrer l’ensemble du gouvernement, à l’instar d’un speed dating pour faire avancer et débloquer les dossiers très concrètement", détaille Emmanuel Miquel.
Durant deux ans, il sera aussi de tous les grands voyages présidentiels : Emirats arabes unis, Australie Chine, Inde, Djibouti, Kenya ou la Maison Blanche à Washington avec Donald Trump. "Des évènements marquants qui nous permettaient de conclure et concrétiser des partenariats pour nos entreprises françaises", ajoute-t-il.
Des call avec Elon Musk
Un besoin de concret qu’il place au service de l’intérêt général. "A l’Elysée, j’ai beaucoup poussé les sujets ETI auprès du président de la République. Pour moi, relancer en France une véritable politique industrielle des industries de santé – sujet qui s’avèrera crucial pendant la pandémie- était par exemple primordiale. Nous avons dans cette perspective redonner du poids au conseil stratégique des industries de santé (CSIS) pour accélérer la politique industrielle et les relocalisations du secteur en France", explique-t-il.
Un territoire national qu’il promeut jusqu’à l’extrême, allant même jusqu’à faire l’aller-retour dans la journée à Séoul, avec Agnès Pannier-Runacher, alors ministre déléguée à l’Industrie, et Xavier Bertrand, patron de la région Hauts-de-France, pour convaincre LG de localiser en France ses usines de batteries sur le port de Dunkerque. "J’ai aussi plusieurs échanges directement avec Elon Musk. Il cherchait à l’époque à implanter sa gigafactory Tesla en Europe. Au final, il a choisi de l’installer en Allemagne mais je suis convaincu qu’un jour il choisira la France ", assure l’ancien conseiller économique.
Servir l’intérêt général fut très structurant pour l’investisseur qu’il est devenu aujourd’hui. "Cela m’a permis de mieux appréhender, au cœur de la machine, certaines dimensions plus publiques et politiques de l’économie. L’expérience de l’Elysée a ainsi été très riche à bien des égards ", avoue Emmanuel Miquel.
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