Feuilleton de l'été
Feuilleton de l'été
Série d’été - ces jeunes talents qui construisent la France de demain /
Elise Lavielle, directrice-adjointe du cabinet du Préfet de police de Paris
Élise Lavielle parle et lit l’indonésien. Elle l’a appris lors de ses études avec la volonté de passer les concours du Quai d’Orsay, parlant déjà couramment l’anglais et l’allemand. Mais c’est finalement l’École Normale Supérieure (Ulm) qu’elle a choisi d’intégrer grâce à son excellente pratique de la langue de Goethe. Et diplômée de cette école, qu’Emmanuel Macron a tant regretté de ne pouvoir intégrer, elle a réussi le concours d’entrée à l’ENA (promotion Marie Curie). École du secteur public par excellence dont elle est sortie dans le premier tiers en choisissant d’intégrer le corps préfectoral à la différence de condisciples comme Morgane Weill (inspection des finances) ou Angélique Delorme (Conseil d’État). La raison de ce choix : un stage à Carcassonne, la préfecture de l’Aude, où elle a eu le sentiment que c’est là que l’on pouvait agir de la manière la plus concrète et la plus efficace pour améliorer la vie de tous. Élise Lavielle n’hésite pas à dire qu’elle a touché du doigt au plus près la notion "d’utilité publique".
Son premier poste est au ministère de l’Intérieur qu’elle rejoint en 2013 en tant que conseillère technique pour la délinquance et la prévention de la radicalisation au bureau du préfet de police. Une mission passionnante, explique-t-elle, à un moment où le terrorisme islamiste commence à préparer ses attaques horribles en France. Elle instaure le numéro vert du Centre national d’assistance et de prévention de la radicalisation (CNAPR) destiné aux personnes qui sont confrontées, dans leur entourage personnel ou professionnel, au changement de comportement d’un proche. Avec au bout de la ligne une équipe consacrée à recueillir les signalements, écouter et apporter un soutien psychologique, maintenir le lien et conseiller sur les changements de comportements à surveiller plus particulièrement et relayer avec les services territoriaux compétents et à même d’apporter une aide. Elle quitte ce poste à la fin de l’année 2014 quelques jours avant l’attentat de Charlie Hebdo, le 7 janvier 2015.
Élise Lavielle part alors à Metz comme sous-préfète, et cheffe de cabinet du préfet de la Région Lorraine. À ce poste elle est notamment responsable des questions d’ordre public mais aussi de toutes les manifestations aussi bien festives que revendicatives, sans compter les problèmes transfrontaliers. Tout cela à un moment où ce territoire est agité par les fermetures de sites au sein des aciéries d’ArcelorMittal, par les visées de certains antinucléaires sur la Centrale de Cattenom et surtout par la réforme territoriale qui voit la région Lorraine disparaître au profit de la région Grand Est. Là encore sur le terrain, elle retrouve ce sentiment d’utilité publique qui lui est si cher.
Retour ensuite à Paris, Place Beauvau à la direction des libertés publiques et des affaires judiciaires en tant qu’adjointe au sous-directeur de la police administrative. Un poste qu’elle occupe d’août 2016 à la fin de l’année 2017. Il s’agit là d’une fonction essentiellement normative où elle rédige des instructions concernant le fonctionnement des polices municipales, des décrets ou bien des mises à jour du Code de la Sécurité intérieure. À la fin de cette mission l’heure est venue pour elle d’effectuer sa mobilité en tant que directrice adjointe des stages à l’École Nationale d’Administration (ENA) dont elle est sortie seulement six ans auparavant. Un travail qui consiste à sillonner les préfectures, les ambassades ou les entreprises afin d’aller superviser le travail des jeunes futurs énarques, leur prodiguer des conseils mais aussi les évaluer.
De fait, elle retourne ensuite au ministère de l’Intérieur où l’on apprécie son sens des relations humaines. Pendant deux ans, la voilà de nouveau en poste à l’administration centrale responsable, non plus des jeunes énarques, mais des préfets et des sous-préfets. Une véritable direction du personnel où il faut manier doigté et rigueur avec comme correspondants les piliers de l’État dans les départements. Et tout cela à un moment où intervient la réforme du corps préfectoral. Un poste qu’elle occupe de 2020 à juin 2022 avant d’être nommée cheffe de cabinet adjointe du préfet de Police de Paris. Une fonction alors occupée par Didier Lallement qui laisse la place fin juillet 2022 à Laurent Nunez, jusque-là Coordonnateur national du renseignement et de la lutte contre le terrorisme. C’est un cabinet largement féminin qui entoure le nouveau préfet de Police avec comme directrice, la préfète Magali Charbonneau, comme directrice adjointe la sous-préfète Élise Lavielle, et comme cheffe de cabinet, la sous-préfète Audrey Graffault.
À ce poste, Élise Lavielle a comme rôle principal d’assurer la suppléance de la directrice de cabinet. Mais plus spécifiquement elle a la gestion des manifestations – avec notamment ces dernières semaines les émeutes urbaines – et la lutte contre le trafic de drogue et notamment la consommation de crack. C’est aussi elle qui représente l’État au Conseil de Paris et qui assure la fluidité des relations avec l’équipe municipale. Notamment sur le sujet des travaux, des manifestations festives et surtout de la préparation des Jeux Olympiques de 2024. Élise Lavielle ne cache pas qu’elle attend beaucoup de cette session des Young Leaders où elle espère pouvoir échanger sur ce sujet avec des Américains en charge de la préparation des Jeux Olympiques de 2028 qui se dérouleront à Los Angeles.
Elle entend bien profiter de ses congés d’été cette année car l’an prochain, elle sera sur le front de toutes les questions de sécurité des Jeux Olympiques. Avec notamment la cérémonie d’ouverture qui se déroulera sur la Seine. Tout cela depuis la Tour de contrôle de la Préfecture de Police de Paris. Là elle y dispose d’un logement dû aux nécessités de service et notamment à toutes les astreintes liées à sa fonction. Résider là où elle travaille lui permet de retrouver facilement ses trois jeunes enfants de six, quatre et deux ans et son mari Thomas Lavielle, chef de cabinet d’Élisabeth Borne, également sous-préfet. Lors des émeutes urbaines du début de l’été, avant de passer la nuit en cellule de crise, aux côtés de Laurent Nunez, elle trouvait tout de même le temps de retrouver sa famille. En revanche pas question pour l’heure de retourner en Indonésie et de pratiquer l’indonésien. Les journées d’Élise Lavielle n’ont que 24 heures…
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