Feuilleton de l'été / Pauline Duval / Pauline Boucon Duval
Feuilleton de l'été
Pauline Duval / Pauline Boucon Duval
Série d’été - ces jeunes talents qui construisent la France de demain /
Pauline Duval, directrice générale du Groupe Duval
La fibre immobilière serait-elle innée ? A moins qu’elle ne se transmette. Le sujet de la transmission parle à juste titre beaucoup à Pauline Duval, à la tête depuis 2016 du groupe éponyme. "C’est vraiment le fil rouge de mon parcours", confie à WanSquare celle qui a écrit un livre sur le sujet, publié en 2022, intitulé "Transmissions, l’entrepreneuriat nouvelle génération".
Bien que très tôt sensibilisée à la pierre, la jeune dirigeante de 35 ans n’a pas immédiatement choisi de suivre la voie tracée par son père, fondateur en 1994 de l’entreprise familiale. Parisienne, elle suit une scolarité à l’école nouvelle de La Source à Meudon, où l’apprentissage dès le plus jeune âge de l’anglais et de nombreux échanges scolaires, aux Etats-Unis et au Canada notamment, vont rapidement ouvrir ses horizons. "Une chance énorme", se souvient-elle.
A cette époque, celui qui deviendra plus tard son mentor pense davantage à l’avenir de sa fille qu’elle n’y songe elle-même. Tandis qu’il lui demande déjà si plus tard elle veut devenir "médecin, avocate ou travailler avec [lui]", elle n’en a pour sa part aucune idée, raconte la trentenaire.
New York
Une chose est sûre au moment d’aborder les études supérieures, elle ne souhaite pas se fermer de portes. C’est ainsi qu’elle va préparer un Master de gestion des entreprises à Panthéon Assas. Le sujet l’intéresse et c’est aussi une manière de suivre sa propre voie alors que la longueur de ses études semble peu importer aux yeux de son père. "L’esprit de contradiction", avoue-t-elle. Son master en poche, elle décide de traverser l’Atlantique, direction le Metropolitan College of New York, pour un MBA en General Management.
Propulsée entretemps, à seulement 20 ans, au conseil d’administration du groupe Duval à l’occasion d’une augmentation de capital ayant fait entrer des actionnaires belges au tour de table, l’étudiante d’alors voit dans ce MBA l’opportunité d’appréhender la dimension internationale de la gestion d’une entreprise. Sur place, le secteur de l’immobilier devient assez naturellement son terrain de jeu. Elle fait la rencontre d’entrepreneurs en train de créer un fonds pour investir à New York, qui lui mettent rapidement le pied à l’étrier. C’est elle qui trouvera leur tout premier immeuble
Pauline Duval apprend beaucoup de cette expérience avec un patron très soucieux de transmettre son savoir. Ce management horizontal, d’égal à égal, à l’américaine, lui correspond également tout à fait. Si poursuivre l’aventure dans la Grosse Pomme va bien sûr beaucoup la tenter, elle décide de rentrer en France alors que son père lui demande de le rejoindre et de l’aider à développer le groupe. Nous sommes en 2012, Pauline Duval a 25 ans lorsqu’elle intègre l’entreprise. "Je suis entrée dans un groupe où mon père me considérait comme un égal, prêt à apprendre de moi autant que moi de lui", raconte-t-elle.
Les transmissions
Le processus de transmission ne s’improvise pas tant celle-ci englobe des aspects différents. Pauline Duval aime parler de transmissions au pluriel : "la transmission de l’entreprise est aussi une transmission de valeurs, de conseils, de contacts, de compétences ", explique-t-elle. C’est un processus qui "demande de la part de celui qui transmet de prendre un recul et d’avoir une certaine humilité afin de passer la main. Mais il est ensuite de la responsabilité de celui qui reçoit de travailler dur pour pouvoir à son tour faire fructifier les atouts de ce qu’il a reçu. Et cela nécessite aussi de savoir oser quand il le faut, innover, apporter sa touche", poursuit la jeune dirigeante.
Depuis son entrée dans l’entreprise, elle s’attache ainsi à en renouveler la culture pour l’adapter aux défis de son époque. C’est pourquoi, en particulier, elle a pris à bras le corps la mise en place d’une stratégie RSE.
Sur le plan environnemental, le groupe Duval a ainsi déjà réalisé deux bilans carbone et défini une trajectoire de décarbonation. En termes de mixité, les femmes représentent plus de la moitié des effectifs de l’entreprise. "Elles sont depuis l’origine très présentes à des postes de grandes responsabilités du groupe ", souligne Pauline Duval. L’ancrage régional et territorial est une autre caractéristique de l’entreprise, implantée dans toutes les régions françaises et dans 21 pays, de même que l’éthique, le groupe ayant mis en place une charte spécifique à destination de ses fournisseurs, prestataires et sous-traitants.
Business angel
Autre sujet phare : l’innovation. Un aspect que la jeune dirigeante connaît bien alors que sa réputation de business angel n’est plus à faire. C’est elle qui a introduit au sein du groupe cette activité d’investissement en venture capital dans des start-ups il y a neuf ans. Son premier investissement est d’ailleurs une fintech devenue célèbre : l’application de paiement Lydia. Et l’on s’aperçoit que bon nombre de la trentaine d’entreprises accompagnées sont à impact social ou environnemental. Exemples : NeoFarm, qui permet la production de fruits et légumes bio sur des micro-exploitations robotisées, UV Boosting qui a développé une technologie alternative aux pesticides stimulant les défenses naturelles des plantes, ou encore le joailler Vever qui propose des bijoux éthiques produits exclusivement en France à partir de matériaux écoresponsables. Et tandis que le groupe Duval apporte un soutien en capital et en expertise, juridique ou autre, à ces entrepreneurs, la proximité avec ces jeunes pousses "nourrit cet esprit d’innovation au sein du groupe", souligne la jeune dirigeante.
On comprend dès lors pourquoi le Medef a pensé à elle pour intégrer le Comex 40, cet organe lancé en 2019 composé d’une nouvelle génération de 45 jeunes chefs d’entreprises, et qui a pour objectif de réfléchir, avec un œil neuf, aux grands enjeux sociétaux en anticipant leurs impacts sur les entreprises. Pauline-Duval est également co-présidente de la commission fiscale du Medef, un rôle que lui ont proposé Geoffroy Roux de Bézieux et Patrick Martin qui avaient "besoin de cette vision entrepreneuriale" impliquée dans l’innovation, davantage que de son expertise en matière de fiscalité, indique-t-elle.
Les vertus du temps long
Pour l’avenir, celle qui est également membre de la Young Presidents' Organization (YPO) a pour ambition de développer tous les métiers de l’entreprise, du premier, celui de la promotion immobilière, à celui de foncière, en passant par la gestion et l’exploitation de parcours de golfs avec la filiale Ugolf, numéro cinq mondial du secteur, et les résidences de tourisme, étudiantes ou séniors. L’entreprise développe aussi activement une activité de micro-finance et d’assurance sur le continent africain, où elle est présente de longue date. Le groupe y soutient d’ailleurs également des actions d’intérêt général dans les domaines du scolaire, de l’éducatif, et du social.
Derrière le chiffre d’affaires économique d’un milliard d’euros réalisé en 2022 par le groupe Duval, il y a en effet un modèle familial ayant "à cœur de transmettre quelque chose de meilleur aux futures générations", explique Pauline Duval. Rendre positive l’empreinte écologique et sociale de l’entreprise n’est pas une option. "Nous sommes très attachés à l’engagement ", poursuit-elle. "Mon père a construit son groupe en sachant qu’il allait le transmettre à ses enfants". De même, celle qui est l’heureuse maman d’un deuxième enfant depuis quelques mois "pren [d] chaque décision avec cette vision à long terme, et en voulant bien faire les choses, en étant ouvert sur le monde, aux autres, dans une démarche de solidarité".
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