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Nanobiotix / Cellectis
Quand les biotechs françaises et leur valorisation au rabais font des cibles de choix / Après Nanobiotix, Cellectis tape à son tour dans l’œil d’une « big pharma »
Il se passe des choses dans la biotechnologie française cotée en Bourse en 2023. A un moment où les sociétés du secteur n’ont sans doute jamais été aussi vulnérables, du fait de l’aversion au risque des investisseurs et de leur désertion du segment des small caps, deux très bonnes nouvelles sont survenues à quelques mois d’intervalle cette année. Après l’annonce au printemps dernier par Nanobiotix, connue pour ses nanoparticules améliorant le traitement du cancer par la radiothérapie, d’un accord de licence avec le laboratoire pharmaceutique néerlandais Janssen, propriété de l'américain Johnson et Johnson, ce fut au tour il y a quelques jours de Cellectis de dévoiler une collaboration stratégique doublée d’un accord d’investissement avec le géant pharmaceutique britannique Astrazeneca.
Les deux deals ont fait s’envoler les cours de Bourse des deux valeurs dans des proportions spectaculaires. Celui de Nanobiotix a quintuplé durant l’été avant de céder progressivement la moitié du terrain gagné, tandis que Cellectis a vu le sien multiplié par près de quatre depuis le début de la semaine. Des envolées à relativiser cependant. A 200 millions d’euros et 150 millions respectivement, les capitalisations boursières de Nanobiotix et Cellectis restent à des années lumières des records qu’elles ont pu atteindre plusieurs années auparavant. On a peine à se souvenir que Cellectis a été l’une des biotechs parmi les mieux valorisées de la cote française avec une capitalisation qui a déjà dépassé le milliard d’euros, avant une longue traversée du désert.
D'ailleurs, si prometteuses qu’elles soient, les technologies des deux entreprises ne les ont pas mises à l’abri des difficultés de financement. Nanobiotix a signé son accord avec Janssen au deuxième trimestre le couteau sous la gorge, risquant de ne pas respecter un covenant de trésorerie dont la rupture l’aurait obligée à rembourser un prêt de la banque européenne d’investissement (BEI). Ce qui ne l’a sans doute pas aidé à négocier dans les meilleures conditions ce qui constitue pourtant l’accord de licence le plus important jamais signé par une société biotech française à ce jour. Potentiellement, celui-ci pourrait en effet entraîner le versement de plus de 2 milliards de dollars au total à Nanobiotix. "Mais la structure de l’accord, avec un ‘upfront’ de seulement 30 millions de dollars ne permettait pas à Nanobiotix de vraiment sortir de sa situation financière compliquée", observe un analyste contacté par WanSquare. C'est pourquoi la société vient d’ailleurs de lancer une augmentation de capital, afin d'étendre sa visibilité financière.
Astrazeneca va prendre 44% de Cellectis
L’accord conclu par Cellectis en revanche, s’il paraît moins impressionnant de prime abord (la société recevra jusqu'à 245 millions de dollars en numéraire), "est beaucoup plus aligné et cohérent avec les dépenses de la société et ses activités dans la mesure où elle ne mène pas à ce stade d’études cliniques réellement avancées contrairement à Nanobiotix", poursuit cet analyste. L’on pourrait penser que c’est une manière pour Astrazeneca de chercher à mettre la main à moindre coût sur de nouvelles molécules ou de nouvelles approches thérapeutiques, notamment dans le domaine de l'oncologie (cancérologie). Le raisonnement serait incomplet. Car non seulement Astrazeneca a mis une option sur une dizaine de candidats de thérapie cellulaire et génique de Cellectis, mais le groupe va entrer au capital de la société, à hauteur de 22 % dans un premier temps, puis jusqu'à 44 % dans un second. Il est ainsi possible d’imaginer qu’Astrazeneca n’hésiterait pas à acquérir la totalité du capital de Cellectis si l’un au moins de ces traitements expérimentaux venait à donner des résultats. Une façon de sécuriser les choses qui témoigne de l’intérêt stratégique que peuvent revêtir les technologies de Cellectis.
Spécialisée à l’origine dans la technologie des cellules dites "CAR-T" modifiées génétiquement pour exprimer à leur surface une protéine spécifique leur permettant de cibler les cellules cancéreuses, la société a plus récemment "mis un pied dans l’édition génomique. C’est-à-dire des technologies permettant de modifier l’ADN directement dans les cellules", souligne le même analyste. L’idée étant de pouvoir corriger tout à fait en amont des mutations génétiques à l’origine du cancer ou d’autres pathologies. Des technologies encore pionnières, potentiellement d’avenir et susceptible d’ouvrir un large champ des possibles, et qui pourraient donc bien passer sous le giron britannique.
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