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Luc Rémont qualifie d’historique l’accord européen sur l’énergie / Des contrats de long terme pour privilégier la visibilité et financer le nucléaire
On le disait, il y a peu, sur le point de démissionner. Un an après son arrivée à la tête d’EDF, Luc Rémont, invité à s’exprimer ce mercredi devant les membres de la Commission des affaires économiques du Sénat, présidée par Dominique Estrosi-Sassone, n’a en tout cas rien laissé paraître de ses divergences avec le gouvernement.
A la croisée des chemins
"Nous sommes à un moment charnière de l’histoire du groupe EDF et de notre pays puisqu’après 20 ans pendant lesquels nous avons bénéficié d’un parc nucléaire installé qui répondait aux besoins de la France sur le plan électrique, nous entrons maintenant dans deux décennies aux cours desquelles nous allons non seulement devoir pérenniser ce parc, mais également faire face à une demande d’électricité croissante tout en étant capables à terme de remplacer le parc nucléaire lorsqu’il aura atteint son obsolescence, ce qui finira fatalement par arriver un jour", a-t-il déclaré devant les sénateurs, expliquant que le programme des 6 EPR 2, annoncé par le président de la République, en février 2022, était en "phase de définition sur les différents sites sélectionnés". Tandis que parallèlement, un travail industriel destiné à finaliser la définition des EPR 2 "avec l’idée d’être les meilleurs sur la construction en série était en train d’être mené". Un travail qui est lui en "phase d’optimisation", laquelle devrait se poursuivre jusqu’à l’été 2024 avant d’engager ensuite la phase de construction.
Enfin de la stabilité à long terme
Mais alors que le groupe est endetté à hauteur de 65 milliards d’euros, la question du financement du "nouveau nucléaire" et du grand carénage, dont les coûts sont estimés à 50 milliards d’euros et 65 milliards d’euros, était sur toutes les lèvres des sénateurs. "Nous sommes aussi à la croisée des chemins sur le modèle économique de notre industrie", a reconnu le patron d’EDF n’hésitant pas à qualifier "d’historique", l’accord européen sur le marché de l’électricité adopté le 17 octobre dernier, qui prévoit notamment que la France puisse financer la rénovation de son parc nucléaire existant grâce à "des contrats pour différence" (CFD) permettant à l’État, via un système de prix plancher, de soutenir les producteurs d’énergie quand les prix du marché sont trop bas ou de capter une partie de leurs bénéfices lorsque les prix sont très supérieurs. "C’est la première fois depuis que ce marché de l’électricité existe qu’il y a un accord clair de l’ensemble des États membres sur le fait que notre marché doit permettre la formation de prix à long terme", s’est félicité Luc Rémont, ajoutant qu’ "il constituait la meilleure façon pour tout marché d’obtenir une stabilité et une visibilité des prix à long terme à la fois pour le consommateur, mais aussi pour les industriels qui investissent dans la capacité de production, ce qui manquait principalement à notre marché depuis sa création ".
Réinventer un modèle
Un accord fondateur d’une nouvelle approche européenne qui doit, selon l’ancien dirigeant de Schneider Electric, permettre à la France de réinventer son modèle économique nucléaire alors que le mécanisme de l’accès régulé à l’électricité nucléaire historique (Arenh) doit prendre fin en 2025. "Cela implique donc désormais d’être capable de trouver des outils pour financer les infrastructures avec le plus de visibilité économique possible", a-t-il défendu.
Pour cela, l’énergéticien souhaite développer, comme il l’avait annoncé lors de la REF du Medef à la fin du mois d’août, des contrats de long terme. "Il nous faut être capable de tirer l’ensemble du marché électrique vers le long terme. C’est pour cela qu’EDF a pris l’initiative d’aller vers la création d’un produit coté sur le long terme et donc susceptible d’être moins affecté par la volatilité en permettant de donner des prix pour 2027-2028, soit autour de 77 euros le mégawattheure pour 2028 et environ 83- 85 euros le mégawattheure en 2027 ", a-t-il indiqué. Pour rappel, en septembre dernier, EDF a en effet lancé un système expérimental d’enchères avec la mise sur le marché de gros de l’électricité de volumes, appelé "rubans", à livrer en 2027 et 2028. Une méthode qui lui permet aujourd’hui de discuter avec ses clients sans être limité à la vente de l’électricité pour l’année prochaine ou l’année suivante. "Aucune stratégie de financement n’est possible sans visibilité sur le modèle économique à la fois pour les clients et les producteurs ", a rappelé Luc Rémont devant les sénateurs.
Un après-Arenh qui doit satisfaire toutes les parties prenantes
Un exemple d’outil qui doit, selon lui, être complété par des instruments permettant aux pouvoirs publics de garder le contrôle du marché électrique. D’autant que "nous n’avons pas encore de certitude sur les modèles de financement qui seront appelés pour le nouveau nucléaire mais à ce stade, nous savons qu’EDF n’aura pas la capacité à financer seul. Il nous faudra une forme de garantie, de soutien public destinée à compenser l’absence de profondeur financière sur un projet d’une telle ampleur", a confié Luc Rémont.
Invité "à se lâcher", sur l’Arenh, par le sénateur communiste Fabien Gay, ce dernier estimant qu’"il fallait en finir avec un système qui avait sucé le sang d’EDF sans permettre la concurrence promise ", le président-directeur général d’EDF a reconnu qu’ "il était clair qu’un système dans lequel l’opérateur industriel EDF a l’obligation de vendre les deux-tiers de sa production nucléaire en dessous de ses coûts n’avait pas d’avenir ". "Tout le travail en cours avec le gouvernement est destiné à lui trouver un remplaçant qui fasse la satisfaction de l’ensemble des parties prenantes", a assuré Luc Rémont.
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