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Airbus en passe de relever le défi de la chaîne d’approvisionnement / Tandis que le groupe engrange des commandes records
Jamais le transport aérien n’avait été aussi porteur, soutenu par des perspectives de triplement du trafic aérien à l’horizon 2050, et la forte demande des compagnies pour renouveler leur flotte avec les avions les plus modernes et les plus économes en carburant. Les 2 094 commandes nettes annoncées jeudi soir par Airbus pour l’ensemble de l’année 2023 signent la meilleure performance commerciale de l’histoire de l’avionneur européen, quelques jours après que son concurrent américain Boeing a dévoilé l’une de ses meilleures années de ventes de tous les temps avec 1 314 commandes nettes.
Mais pour le coup, l’écart entre les deux n’a jamais été aussi grand. Alors qu’il était repassé de justesse devant Boeing au nombre de commandes en 2022, l’avionneur européen a cette fois-ci littéralement écrasé son concurrent américain. Et la situation de ce dernier ne devrait pas s’arranger en 2024 étant donné le nouveau problème de taille rencontré par son avion phare, le 737-MAX, dont une porte s’est arrachée en plein vol début janvier, reposant la question de la fiabilité de l’appareil le plus vendu de l’entreprise après les crashs des vols des compagnies Lion Air et Ethiopian Airlines en 2018 et 2019 qui avaient fait 300 morts.
La supériorité d’Airbus sur Boeing s’est également exercée l’an dernier (comme depuis 2019) en matière de livraisons. L’entreprise dirigée par le Français Guillaume Faury a livré 735 avions, contre 528 pour Boeing. Surtout, Airbus a dépassé son propre objectif de 72O appareils, ce qui n’était absolument pas gagné d’avance, le suspense ayant duré jusqu’à la toute fin de l’année dernière. Entre les tensions géopolitiques, l’explosion du prix de l’énergie et des matières premières, le manque de composants électroniques, la pénurie de compétences et les perturbations logistiques, la montée en puissance de la production reste tributaire de tensions au sein d’une chaîne d’approvisionnement que le groupe avait qualité de "complexe" au troisième trimestre.
La trajectoire va toutefois en s’améliorant. En décembre, l’entreprise a livré 112 avions, soit 15 % de son total annuel, une performance impressionnante bien qu’il soit " trop tôt pour interpréter ce seul point de données comme une chaîne d’approvisionnement totalement rétablie", estiment les analystes de Berenberg. Sachant aussi que la visibilité est amoindrie par les questions relatives au problème des moteurs GTF de l’A320neo, fabriqués par Pratt & Whitney, victimes d’un défaut décelé l’été dernier, même si le motoriste américain a toujours confirmé à Airbus qu’il honorerait ses engagements contractuels.
Il n’empêche, la conférence de presse a apporté des éléments rassurants sur ce point et sur les perspectives. Selon Guillaume Faury, et le directeur commercial Christian Scherer, la situation de la chaîne d’approvisionnement continue de s’améliorer (ce qui pourrait indiquer que la crise de la mer Rouge n’affecte pas Airbus) et les problèmes liés au GTF n’auront pas d’impact sur les livraisons de 2024.
À court terme, les investisseurs vont en tout cas pouvoir attendre sereinement les résultats annuels programmés le 15 février. Le niveau record de prises de commandes "est de bon augure pour la génération de free cash-flow au second semestre grâce à des paiements anticipés plus élevés que prévu", souligne l’analyste Christophe Ménard de Deutsche Bank. Tant la génération de trésorerie que le résultat opérationnel devraient dépasser les prévisions du groupe (environ 3 milliards d’euros et 6 milliards d’euros respectivement) selon lui. En réaction à ces bonnes nouvelles, l’action Airbus prenait plus de 2 % à 147,2 euros vendredi après-midi.
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