Sur les marchés
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La cotation de Believe devrait tourner court / Un prix de sortie (ou d'introduction) qui interroge
L’aventure boursière de Believe n’aura duré qu’un temps. Moins de trois ans après avoir fait son entrée à la Bourse de Paris et comme le laissaient présager des rumeurs de marché, le spécialiste des services numériques de distribution musicale Believe a annoncé, lundi, avoir reçu une offre de la part d’un consortium composé des fonds TCV et EQT, mais aussi du président-directeur général et fondateur du groupe Denis Ladegaillerie.
Dans le détail, celle-ci a été proposée au prix de 15 euros par action. Cela fait ressortir une prime de 21 % sur le dernier cours de Bourse de clôture avant l’annonce de l’offre et des primes respectives de près de 44 % et de 52,2 % par rapport à la moyenne de cours de Bourse pondérée par les volumes sur les 30 et 120 derniers jours.
Ce consortium, au travers d’un véhicule dédié, acquerrait près de 72 % du capital de Believe auprès de ses actionnaires historiques que sont TCV Luxco BD, XAnge et Ventech, mais aussi au travers de l’apport par Denis Ladegaillerie de sa participation ainsi que des engagements de d’autres actionnaires de la société. Objectif à la suite de l’opération : déposer une offre publique d’achat (OPA) visant les actions encore en circulation en vue de retirer Believe de la cote, si les niveaux de détention pour initier ce type de procédure le permettent. Cela pourrait advenir au cours du deuxième trimestre de 2023.
Un modèle qui marche
"Le Conseil d’Administration de Believe a accueilli favorablement et unanimement cette proposition sous réserve de l’avis qui sera rendu sur le caractère équitable de l’offre. Un comité ad-hoc a été constitué composé par les trois administrateurs indépendants du Conseil, et Ledouble a été nommé en qualité qu’expert indépendant", a précisé Believe à l’occasion de l’annonce.
Reste toutefois que le prix de l’opération soulève des questions. Le modèle économique de l’entreprise est solide : l’entreprise s’est spécialisée dans le développement et l’accompagnement d’artistes et de labels indépendants en leur offrant des services numériques et des solutions digitales. Fondée en 2005, elle est présente dans plus de 50 pays, n’a pas chômé en matière d’acquisitions ou sur le plan des partenariats stratégiques avec des géants des plateformes musicales ou d’autres grands acteurs du secteur.
En témoigne celui avec Spotify, lui permettant d’enrichir sa base de données ou encore celui noué avec PlayTwo, un label du groupe TF1 dont Believe détient environ 15 % du capital. Les succès commerciaux des artistes dans son giron sont d’ailleurs nombreux. Résultat, la croissance et la rentabilité sont au rendez-vous, avec un chiffre d’affaires de 415,4 millions d’euros à la fin du premier semestre de 2023, en hausse de 17,5 % à taux organique sur un an et une marge d’Ebitda qui a progressé de 250 points de base sur un an, à un peu moins de 6 %. Et Denis Ladegaillerie de rappeler, à l’occasion de l’annonce de l’annonce de cette OPA, que l’entreprise a atteint "avec deux ans d’avance, les objectifs fixés lors de la cotation" en juin 2021.
Valorisée plus d’un milliard
Un modèle et une activité qui auront permis à l’entreprise de financer son développement. De tours de table en tours de table, l’entreprise a fini par lever 300 millions d’euros à l’occasion de son introduction en Bourse (IPO) en juin 2021. Aujourd’hui, elle pèse encore 1,4 milliard d’euros à la Bourse de Paris.
C’est sur ce point qu’une interrogation apparaît, car le prix par action proposé pour cette offre ressort inférieur à celui de l’introduction en Bourse de Believe : 15 euros contre 19,5 euros lors de l’IPO. Les débuts en Bourse de Believe n’ont d’ailleurs pas été tonitruants. L’opération avait été réalisée dans le bas de la fourchette initialement annoncée, fixée entre 19,5 euros et 22,5 euros.
Un an plus tard, le prix par action avait touché un plus bas à 8 euros avant de se stabiliser, depuis, aux alentours de 10 euros, mais sans jamais retrouver le niveau atteint lors de sa mise en Bourse. "Donc soit le prix de l’introduction était bon et dans ce cas le prix de sortie est sous-évalué, et on lira avec intérêt le rapport de l’expert indépendant. Soit il n’était pas bon, et le prix de sortie est correct. Ce qui ne serait pas une surprise quand on sait qu’à fin 2022, sur les 139 entreprises qui se sont introduites sur la Bourse de Paris depuis 2014, et encore existantes, 77 % avaient un cours inférieur à leur prix d’introduction", remarquait d’ailleurs ce matin, dans un billet publié sur LinkedIn, le professeur de finance à HEC et co-auteur de La Lettre Vernimmen, Pascal Quiry.
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