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Mégafusion bancaire aux Etats-Unis, Capital One veut racheter Discover Financial / Il faudra surmonter l'obstacle antitrust

La banque américaine Capital One va lancer une offre d’achat de 35 milliards de dollars sur la société de cartes de crédit Discover. Une opération génératrice d’importantes synergies, qui la propulsera au premier rang des encours de prêts sur cartes de crédit aux Etats-Unis, tout en renforçant un rival de Visa et Mastercard. A condition de franchir les autorisations réglementaires, et surtout d'obtenir le feu vert antitrust.
Le siège de Capital One, à McLean, dans l'état de Virginie - Photo by Brendan SMIALOWSKI / AFP
Le siège de Capital One, à McLean, dans l'état de Virginie - Photo by Brendan SMIALOWSKI / AFP

Grandes manœuvres dans l’industrie du paiement aux Etats-Unis. Capital One, la neuvième banque américaine (conseillée sur cette opération par Centerview Partners), a jeté son dévolu sur le groupe de services financiers Discover. Ou dit autrement, l’un des premiers émetteurs de cartes de crédit aux Etats-Unis s’apprête à racheter la quatrième marque de carte de crédit aux États-Unis, derrière Visa, MasterCard et American Express. Avec donc un enjeu clair : "construire un réseau de paiement pouvant rivaliser avec les plus grands réseaux et sociétés de paiement ", a expliqué Richard Fairbank, le fondateur et dirigeant de Capital One.

"Grâce à ce rapprochement, nous créons une entreprise exceptionnellement bien positionnée pour créer une valeur significative pour les consommateurs, les petites entreprises, les commerçants et les actionnaires, alors que la technologie continue de transformer le marché des paiements et des services bancaires", a-t-il ajouté.

 

Nouveau leader des prêts sur cartes de crédit 

 

L’opération annoncée, d’un montant de 35,3 milliards de dollars, est d’envergure. Son succès viendrait couronner la carrière de l’homme d’affaires américain, qui a fait passer Capital One d'une start-up, créée en 1988 et introduite en Bourse en 1994, à l'une des plus grandes banques des Etats-Unis, comptant d’ailleurs Warren Buffet et sa société Berkshire Hathaway parmi ses actionnaires. Et qui s’apprête à prendre encore une nouvelle dimension dans un secteur en plein essor, alors que l’encours des cartes de crédit a dépassé l’an dernier pour la première fois la barre des 1000 milliards de dollars aux Etats-Unis, sous les effets conjugués de l'inflation et de la hausse de la consommation des ménages.

De fait, l’opération, si elle aboutit, propulsera Capital One au premier rang des encours de prêts sur cartes de crédit, à 249 milliards de dollars, contre 211 milliards de dollars pour l’actuel numéro un, JPMorgan Chase, observent les analystes de Goldman Sachs. L'opération va aussi permettre à Capital One de détenir près d'un quart du réseau américain de cartes de crédit. D’ailleurs, si elle a bien lieu, la fusion donnerait pour la première fois au réseau Discover la possibilité de se battre sur un pied d'égalité avec Mastercard et American Express, Capital One prévoyant d’autoriser ses clients à utiliser le réseau de paiement Discover.

Actuellement, environ 42 % des cartes de crédit de Capital One sont émises par Visa, tandis que les 58 % restants le sont par Mastercard. Une situation qui ne devrait pas changer dans l'immédiat, Capital One ayant récemment renégocié ses accords avec les deux opérateurs. Mais à plus long terme, "les volumes d'achats par débit de Capital One et certains volumes de cartes de crédit seront transférés à Discover dans le cadre des synergies de réseau ", notent de leur côté les analystes de Bank of America.

 

2,7 milliards de dollars de synergies

 

Ces synergies ne sont pas le moindre des atouts de ce rapprochement très stratégique. Capital One prévoit 1,5 milliard de dollars d'économies de coût et 1,2 milliard de dollars de ce qu'il appelle en effet des synergies de réseau d'ici 2027. La combinaison des deux sociétés devrait se traduire par une augmentation potentielle des bénéfices du futur groupe, que les analystes de Goldman Sachs situent entre 12 et 16 %. Même si l’opération comporte aussi un inconvénient potentiel, en ce sens qu’ "il pourrait y avoir un certain impact lié à la dilution de la valeur comptable tangible ", préviennent-ils.

En termes de calendrier, "la transaction devrait être finalisée fin 2024 ou début 2025 ", a indiqué Capital One. Sous réserve que les autorités réglementaires ne lui mettent pas des bâtons dans les roues. Pour être mise en œuvre la fusion aura besoin des feux verts du Bureau du contrôleur de la monnaie (OCC), de celui de la Réserve fédérale, et probablement aussi de la division antitrust du ministère américain de la justice. Sachant que l’administration Biden sera sans doute très attentive au point de vue des consommateurs en cette année d’élections présidentielles. Le président américain avait d'ailleurs adopté en 2021 un décret ciblant les fusions bancaires.

Illustrant ces craintes antitrust, à Wall Street, l’action Discover Financial Services a bondi mardi de 12% à 123,7 dollars, tout en restant encore assez loin du prix de l’offre de Capital One de 140 dollars par action.

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