Private Equity
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Pourquoi l’évaluation de l’accompagnement opérationnel des fonds de private equity pourrait s’avérer utile / Permettre aux investisseurs de s'y retrouver et continuer à créer de la valeur
Les tensions qui persistent dans le secteur du non coté ne sont pas un mystère. "L’argent n’est plus gratuit, les DPI baissent, le levier n’est plus le moyen essentiel de créer de la valeur, les fonds ont du mal à sortir de certaines participations", rappelle Romain Bégramian, co-fondateur de l’agence de notation GP-Score, à l’occasion d’un entretien accordé à WanSquare. "La création de valeur opérationnelle est donc devenue le sujet numéro un. Mais nous avons fait le constat que les différences entre les fonds, dans leur capacité à l’accompagner, avaient eu tendance à se creuser dans le temps", poursuit-il. C’est partant de ce bilan qu’il s’est décidé à lancer récemment GP-Score aux côtés de Thomas Leclerc et Olivier Rousseau (sous réserve de l’approbation de la Haute Autorité pour la Transparence de la Vie Publique), soit la première agence européenne de notation des méthodes d’accompagnement de création de valeur opérationnelle par les fonds de private equity.
Les deux premiers ont exercé au sein du cabinet A.T. Kearney pour des sociétés en LBO, avant de fonder un cabinet spécialisé dans la performance opérationnelle, Greene6 Partners, qui rejoindra FTI Consulting une dizaine d’années plus tard. Ils ont par la suite occupé différentes fonctions de direction en entreprises. Jusqu’en février 2024, Olivier Rousseau était quant à lui membre du directoire du Fonds de Réserve pour les Retraites et est aussi président du conseil d’investissement de l’Agence des Pensions de Géorgie. En fournissant une notation indépendante aux équipes des sociétés de gestion (GPs) sur leurs méthodes d’accompagnement des participations dans la création de valeur, GP-Score entend donc pouvoir remédier à une certaine asymétrie d’informations. Le but ? Aider les investisseurs (Limited Partners - LPs) à y voir plus clair. "Il en va de leur responsabilité fiduciaire. Les performances passées sont moins que jamais des garanties de performances futures", souligne Romain Bégramian.
Aller sur le terrain
Les GPs ont bien compris l’importance de cette création de valeur opérationnelle. Les operating partners prennent toujours plus leurs quartiers dans les fonds d’investissement pour accompagner les participations sur ces sujets, tandis que les fonds activent de nouveaux leviers pour continuer à faire progresser les marges opérationnelles des entreprises qu’elles détiennent en portefeuille. Néanmoins, dans un environnement où les attentes des investisseurs évoluent, il devient désormais plus difficile pour les LPs de se reposer uniquement sur la valeur des équipes et l’analyse des performances passées.
"Pour mesurer la qualité de la création de valeur de la part d’un actionnaire, il faut aller voir ce qu’il se passe dans une participation. Or, pour les LPs, cela reste compliqué de savoir quels sont les GPs au-dessus du lot lorsqu’ils se retrouvent en levées de fonds. Ces derniers viennent nous voir à l’invitation de leurs LPs ou spontanément. Une partie des fonds accueille cela positivement, dans la mesure où cela peut leur permettre de consolider la confiance avec les LPs en vue d’une prochaine levée de fonds", souligne Romain Bégramian. Et de prouver ainsi plus concrètement que leurs performances passées pourront se réaliser à nouveau à l’avenir.
Une méthode
Pour ce faire, la méthode de GP-Score repose sur la réalisation d’un audit de 6 à 10 semaines, en commençant tout d’abord par la rencontre avec la société de gestion afin de comprendre ses méthodes relatives à l’accompagnement opérationnel. Quelle est la qualité du diagnostic d’entrée fait par le fonds, avant l’achat et post-closing, la feuille de route est-elle suffisamment claire et solide et enfin, comment celle-ci s’exécute ? Trois questions qui structurent le cadre d’analyse de la méthode de l’agence, qui se décline ensuite sur huit dimensions opérationnelles, à l’aide d’experts qui vont évaluer l’accompagnement des GPs sur le terrain. La couverture des domaines opérationnels concerne entre autres la maîtrise des coûts, les finances et les ventes, l’ESG ou encore les opérations, la production et la logistique. Les notes s’étalent par la suite du triple A jusqu’au D.
Rien n’oblige évidemment les GPs à communiquer leur note, dont le résultat peut être approfondi avec l’agence (qui ne fait pas de prestations de services par la suite). Et si les sociétés de gestion sont tout d’abord les clients ciblés, les investisseurs y trouvent tout aussi leur intérêt, en ce que cette expertise externe peut venir compléter leurs propres méthodes d’audit. "Nous nouons des partenariats avec des LPs : des fonds de pension, de grandes sociétés d’assurance, quelques family office et des fonds de fonds. Pour le moment, nous couvrons des équipes de fonds basées à Paris ou à Londres, mais qui peuvent avoir des participations dans le monde entier", ajoute Romain Bégramian. "Plus la concurrence entre les fonds devient significative et plus il est important que le marché devienne mature. Car la responsabilité des fonds, d’offrir des retours à leurs investisseurs et pour ces derniers, d’exercer leur responsabilité fiduciaire, en devient d’autant plus renforcée. L’idée n’est pas de faire peser une charge informationnelle sur les GPs, mais de leur permettre de donner une information à leurs investisseurs, adaptée à la réalité d’une situation donnée", conclut le co-fondateur de GP-Score.
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