Feuilleton de l'été / Olivier Redoulès
Feuilleton de l'été
Olivier Redoulès
Série d’été - ces jeunes leaders qui construisent la France de demain /
Olivier Redoulès, directeur des études de Rexecode
Le premier contact d’Olivier Redoulès avec l’économie n’a rien de banal. "J’avais une dizaine d’années, Alain Juppé venait d’être nommé Premier ministre et j’étais fasciné par la difficulté à faire passer des réformes”, explique-t-il à WanSquare. L’intérêt proprement intellectuel viendra un peu plus tard au lycée pendant les cours… d’histoire. “La manière dont la révolution industrielle s’est déroulée avec la transition d’une économie de subsistance vers une économie de l’abondance m’a beaucoup intéressé, avec aussi la lecture de Verne, Balzac ou Zola qui font une peinture précise de cette économie en expansion”, se souvient-il.
A l’époque, le jeune homme a la fibre scientifique et est friand de mathématiques. Conscient que le marché du travail est très sélectif, il s’oriente vers les classes préparatoires avec pour objectif d’avoir le choix du roi plus tard. Bien lui en a pris, il réussit à intégrer l’école Polytechnique. C’est à l’X que son attrait pour les sciences économiques deviendra une évidence. “Nous avions d’excellents professeurs, j’ai notamment adoré les cours de Patrick Artus sur les crises financières ayant entre autres frappé les pays émergents”, indique Olivier Redoulès.
Pendant son cursus, qu’il achèvera à l’ENSAE comme administrateur de l’Insee, il fera d’ailleurs plusieurs stages dans ces pays-là, chaque fois à l’Ambassade de France, que ce soit à Singapour, en Malaisie ou en Inde. “J’ai pu y constater comment un pays pourtant initialement moins bien doté, Singapour, pouvait paradoxalement connaître une trajectoire économique bien plus étincelante que son voisin malaisien car il avait su notamment prendre des décisions pertinentes en termes de politiques économiques, d’attractivité aux investissements, de politique monétaire et de finances publiques, et d’organisation de la cité”, analyse Olivier Redoulès.
Au sortir de ses études, son choix se porte sur l’Insee. “J’ai rejoint le département de la conjoncture où je m’occupais des prévisions concernant les Etats-Unis et réalisais la synthèse pour l’économie mondiale. Etant arrivé en septembre 2008, au moment de la faillite de Lehman Brothers, le contexte était très particulier”, se rappelle-t-il. Il y a pris une leçon d’humilité. “Nous avions eu des difficultés à anticiper la reprise économique. Dans de telles situations exceptionnelles, les modèles théoriques comme économétriques sont de peu de recours”, soutient Olivier Redoulès.
Trois ans plus tard, il fait son entrée dans un autre haut lieu économique du service public : la Direction générale du Trésor (DG Trésor). ll sera adjoint au chef du bureau “Economie internationale” en charge de la préparation des sommets du G-20 et du suivi des déséquilibres mondiaux (déficits et excédents anormalement élevés des balances des transactions courantes). “Quelques années auparavant, j’avais été marqué par un article académique, les chercheurs Ricardo Caballero, Emmanuel Farhi et Pierre-Olivier Gourinchas y conceptualisaient les déséquilibres globaux d’épargne et d’investissement, qui pouvaient avoir causé ou au moins amplifié la crise financière mondiale”, justifie-t-il, indiquant que le manque de coordination des politiques économiques au sein du G20 pourrait avoir nourri ces déséquilibres.
"En poste, j’en ai notamment tiré la leçon qu’il était difficile de trouver des accords avec les autres pays car nous n’avions pas les mêmes livres d’économie, typiquement dans le cas de l’Allemagne, la France plaidait pour qu’elle dope sa demande intérieure pour réduire son important excédent extérieur, les Allemands rétorquaient que leurs exportations favorisaient la croissance européenne", déclare-t-il.
Par la suite, l’envie pointe de réintégrer le réseau international du Trésor et d’être plus proche du terrain. Ce sera d’abord à l’Ambassade de France en Suède comme conseiller financier. "C’est un pays qui se situe à deux heures de la France qui a tellement à nous apprendre, parce qu’il parvient à concilier compétitivité, Etat-providence et haut niveau de vie. Je me suis rendu compte que la France ressemblait beaucoup à la Suède d’il y a quarante ans. La crise que la Suède a connue au début des années 90 a agi comme un électrochoc et l’a obligée à se réformer de fond en comble", témoigne-t-il. A Stockholm, son rôle est entre autres d’animer la relation entre les acteurs économiques de la Suède et de la France mais aussi de faire du benchmarking sur les politiques publiques.
"C’est un poste d’observation exceptionnel, qui permet également de contribuer à l’attractivité de la France vis-à-vis des industriels suédois ", résume-t-il. Toujours en qualité de conseiller financier à l’Ambassade de France, Olivier Redoulès fera par la suite un passage à Ankara, ce quelques semaines après le putsch raté. "D’un côté, la Turquie continuait à profiter des effets des réformes menées au cours des années 2000, de l’autre, les choix démagogiques récents en matière de politique économique, je pense notamment aux pressions exercées sur la Banque centrale et l’affaiblissement de la discipline budgétaire, se faisaient sentir petit à petit ", décrypte-t-il.
Puis, environ un an après être arrivé en Turquie où il prend plaisir à évoluer, le polytechnicien reçoit un texto en provenance de France : "seriez-vous intéressé à candidater pour devenir chef économiste du Medef ?". Quatre ans après l’avoir quitté, le voilà de retour dans l’Hexagone. Olivier Redoulès rejoint l’organisation patronale lors de la dernière année de mandat de Pierre Gattaz à la présidence. "J’ai coordonné un livre qui essayait de donner les leviers pour augmenter la croissance en France, ce qui sera un peu le livre-testament de Pierre Gattaz. J’avais essayé de pousser le concept de "coût à l’inaction" en matière de réformes : si l’on ne se réforme pas, il n’y a non pas une poursuite de la croissance sur sa lancée, mais une baisse de celle-ci. Contrairement à ce que l’on pense, la croissance est tout sauf acquise, elle a tendance à baisser sans réforme", explique-t-il.
Il sera également sherpa de la Commission "Economie, compétitivité et finance" du Medef, lieu où se construit la doctrine de l’organisation. "Avec Jean-Hervé Lorenzi, Jean-Baptiste Danet et Alain Villemeur, nous avions travaillé sur les inégalités en essayant de les objectiver dans le contexte du mouvement des Gilets jaunes. De notre constat ressortait que la France avait un problème d’inégalités des chances et non pas de revenus, fortement tassés par la redistribution, cette dernière pouvant toutefois dégrader la mobilité sociale en en décourageant la prise de risque", raconte Olivier Redoulès.
Son aventure au Medef sera également marquée par la crise pandémique. "Nous étions force de proposition auprès de Bercy en vue de préserver le tissu productif, en faisant remonter les difficultés du terrain, et ainsi éviter les stigmates post-choc", se remémore-t-il. Peu de temps après, il aura également milité pour la diminution des impôts de production, diminution qui figurera dans le plan de relance présenté en septembre 2020 par le gouvernement. "Ce sont des impôts qu’elles paient avant même d’avoir dégagé 1 euro de profit, cette baisse permettait ainsi d’améliorer leur solvabilité et donc de répondre de manière durable à la crise tout en stimulant leur compétitivité", fait-il valoir.
A la suite du deuxième confinement de l’automne 2020, Olivier Redoulès quitte le Medef. "J’éprouvais l’envie de creuser des sujets en particulier comme l’analyse des finances publiques et de leur mise en œuvre en recettes et dépenses", indique-t-il. Il devient alors conseiller référendaire en service extraordinaire à la première chambre de la Cour des comptes et rapporteur auprès du Haut Conseil des finances publiques (HCFP), instance chargée notamment d’apprécier le réalisme de ces prévisions macroéconomiques et de finances publiques du gouvernement. "C’était l’idéal parce qu’à la Cour des comptes, j’ai pu soulever le capot des politiques publiques. Je me suis rendu compte que faire des recommandations à la fois concrètes et pertinentes était compliqué du fait notamment de la complexité des interactions entre les diverses administrations publiques ", explique-t-il.
Au HCFP, dont les avis font souvent parler, Olivier Redoulès se souvient d’un organisme composé de personnalités aux sensibilités différentes à la recherche d’équilibre. "Il y a un enjeu de crédibilité, il ne faut pas crier au loup pour rien, le vocabulaire est très précis. Les finances publiques sont un sujet tellement ardu qu’il est possible d’avoir globalement raison mais tort sur les détails, d’autant que l’évaluation de la situation macroéconomique en temps réel est entourée de beaucoup d’incertitude", souligne-t-il.
Olivier Redoulès se plaira beaucoup parmi les sages de la rue Cambon. Il s’en ira quand Rexecode lui a fait une offre qu’il ne peut refuser. "L’opportunité de devenir directeur des études de Rexecode ne se présente pas tous les jours, c’est un poste en or", pointe-t-il, parlant de la grande autonomie et indépendance que celui-ci lui procure. "Dans mes postes précédents, j’étais dans l’ombre, là je peux vraiment participer au débat public, faire des propositions. Ce qui réclame évidemment de faire preuve de responsabilité lors de mes prises de parole", se réjouit-il.
Dans les prochains mois, l’institut de recherche sortira une étude sur la thématique des finances publiques. "La prochaine réforme en la matière ne pourra pas être simplement paramétrique à l’image de celles de l’assurance chômage et du régime des retraites. En outre, les revues des dépenses publiques n’ont pas tenu toutes leurs promesses", confie Olivier Redoulès. "Il faudrait avoir une vision systémique avec une réforme de la gouvernance, revoir intégralement le périmètre de l’Etat en gardant en tête qu’il y a peu de domaines où son action est à la fois utile et nécessaire", ajoute-t-il, plaidant pour une approche coût-bénéfice fine de l’intervention publique.
Pour les années à venir, Olivier Redoulès reste plutôt ouvert quant à la trajectoire qu’il souhaiterait donner à sa carrière. "J’aime alterner entre des postes opérationnels, de conseil voire de décision, et des travaux d’étude ou de recherche, qui permettent gagner en profondeur d’analyse. Rexecode offre un bon mix, qui permet d’avoir un impact positif sur des enjeux cruciaux pour l’économie nationale.", estime-t-il.
Reproduction et diffusion interdites sans autorisation écrite

