Feuilleton de l'été
Feuilleton de l'été
Série d’été - ces jeunes leaders qui construisent la France de demain /
Alice de Bazin, directrice mondiale du soutien au développement commercial de la clientèle institutionnelle d’Amundi
Ce sont des chocs macroéconomiques inédits, certains vécus dans sa chair, qui ont façonné le début du parcours d’Alice de Bazin. "Quinze jours après ma rentrée à l’ESCP, Lehman Brothers a fait faillite. A ce moment-là, j’ai eu la chance d’avoir Didier Marteau comme professeur, qui conseillait Christine Lagarde, ministre de l’Economie, de sorte que nous avions des retours en temps réel sur les décisions de Bercy pour endiguer les retombées de la crise des subprimes. Même chose quelques années plus tard concernant la restructuration de la dette grecque", explique-t-elle à WanSquare. La crise des dettes souveraines européennes l’aura également marquée, ayant entraîné au chômage certains membres de sa famille.
Durant son cursus au sein de l’école de commerce parisienne, un séjour en Amérique de Sud restera tout autant ancré dans sa mémoire… "J’ai fait un échange en Argentine durant la campagne électorale de Cristina Kirchner qui promettait ‘de la viande et du football pour tous’… Du fait de la forte inflation, le prix de la cantine changeait tous les mois et il y avait une pénurie de monnaie à tel point que les épiciers nous la rendaient en bonbons et c’est sans parler de la suspension de la convertibilité du peso en dollar : tout était hallucinant ", se souvient-elle.
Un stage d’un an à New York chez le gestionnaire d’actifs Amundi, réalisé en partenariat avec l’Université Columbia, jouera également un rôle dans la suite de sa trajectoire. "L’idée était de comprendre comment il était envisageable de mobiliser l’épargne des fonds souverains pour répondre aux défis sociétaux, j’ai trouvé cela extrêmement intéressant. A cette occasion, j’ai pu rencontrer les Prix Nobel d’économie Joseph Stiglitz et Jean Tirole, l’économiste Patrick Bolton mais aussi Al Gore ", se remémore-t-elle.
De tous ces évènements, elle tirera au moins une leçon. "J’éprouvais l’envie d’approfondir mes connaissances en économie, comprendre comment la modéliser et agir sur les variables qui la meuvent", indique-t-elle. En conséquence, elle prend la direction de Paris School of Economics (PSE). "Le président de l’école nous a accueillis en nous disant ‘si vous êtes là c’est sûrement parce que vous voulez un peu changer les choses’, ce qui entrait parfaitement en résonance avec mon état d’esprit", raconte-t-elle. "L’émulation intellectuelle était incroyable, je pense aux cours de Daniel Cohen sur le marché du travail mais aussi à ceux de Thomas Piketty sur la fiscalité et le capital, qui était considéré comme une véritable rock-star, les journalistes, y compris de la télévision japonaise, se pressaient à ses cours ", explique-t-elle.
Durant cette période, Mario Draghi, président de la Banque centrale européenne (BCE), annonce le déploiement d’une politique monétaire non-conventionnelle pour lutter contre le risque de déflation en zone euro, elle y consacrera son mémoire de fin d’études. De quoi l’encourager à se lancer dans une thèse ? "L’angle de mon mémoire était finalement trop théorique alors que j’avais envie d’empirique pouvant déboucher sur des recommandations de politique économique. La culture de la recherche me faisait sans doute défaut et sa temporalité ne me convenait pas", confie Alice de Bazin.
Aussi, elle fera à la place de cela ses premiers pas dans le monde professionnel dans l’entreprise qui l’avait séduite étudiante : Amundi. "Mon ancien maître de stage aux Etats-Unis, qui était revenu à Paris, me rapporte qu’ils sont en train de créer un nouveau département appelé ‘Solutions’, ce qui m’a immédiatement convaincue ", explique-t-elle. "Il se veut être le trait d’union entre les équipes d’experts et commerciales à la fois pour structurer l’offre par type de clients (assureurs, Banques centrales, fonds souverains etc.) mais aussi pour faire du sur-mesure. Typiquement, à l’époque de la première élection d’Emmanuel Macron à la présidence de la République, un fonds de pension américain nous avait demandé comment il devait positionner ses investissements en fonction des futures réformes du nouveau président français’", dévoile-t-elle. Avant ses 30 ans, Alice de Bazin prendra la tête de ce département. "Devenir manager à cet âge n’est pas simple, et mon master en management de l’ESCP n’était pas suffisant. Heureusement, j’ai pu compter sur Amundi pour m’accompagner et me former", déclare-t-elle.
En juin 2020, elle gravit un échelon supplémentaire en devenant directrice des offres et des solutions institutionnelles. "J’étais en charge de deux équipes en plus, d’une part celle qui s’occupe du pricing - le nerf de la guerre - des stratégies et services que l’on vend où l’adaptation au contexte de chacun des deals est cruciale, d’autre part je supervisais la branche ‘marketing’", détaille-t-elle. Dans le cadre de la direction de cette dernière, Alice de Bazin est à la manœuvre concernant le contenu du Amundi World Investment Forum, grand-messe annuelle qui réunit décideurs politiques, financiers ou encore économistes. "Son objectif est d’aider nos clients à appréhender les sujets qui vont avoir un impact sur les marchés financiers à moyen et long termes. Cela me donne l’opportunité d’échanger avec des Prix Nobel, ou dernièrement avec Sanna Marin, ex-Première ministre de la Finlande, Gordon Brown, ancien Premier ministre du Royaume-Uni ou encore le chercheur Daron Acemoglu dont j’étudiais les modèles à PSE. C’est passionnant".
A la fin de l’été 2022, Alice de Bazin prendra de nouveau du galon au sein de la société aux plus de 2 000 milliards d’euros d’actifs sous gestion, ce en devenant directrice mondiale du support au développement commercial institutionnel. Elle pilotera deux autres services supplémentaires : les équipes d’appel d’offres et les "relations consultants". "De gros acteurs comme Willis Towers Watson et Mercer notent certaines de nos stratégies, notes qui détermineront notre attractivité en matière d’appel d’offres, certains pays sont très intermédiés à travers ces entreprises d’où l’existence des ‘relations consultants’chez Amundi", explique-t-elle, indiquant qu’il a fallu pousser les stratégies "investissement responsable" et "pays émergents" pour se démarquer. "L’un des projets qui me tient à cœur actuellement est la façon dont, grâce à Amundi Technology, nous commençons à intégrer l’intelligence artificielle dans le cadre d’un projet pilote dans le processus de réponse aux appels d’offres. Cela devrait nous permettre d’accroitre notre efficacité”, rapporte Alice de Bazin, qui rend compte à Jean-Jacques Barbéris, directeur du pôle clients institutionnels, corporate et ESG d’Amundi.
La jeune femme de 35 ans qui se veut tant ambitieuse qu’humble se plaît chez le plus gros gestionnaire d’actifs européen et ne se voit pas mettre les voiles à court terme. "Je suis convaincue que je suis au bon endroit, je suis fière de travailler pour une société de gestion européenne, aux racines françaises, dirigé par une femme [Valérie Baudson, directrice générale, ndlr] et en pointe sur l’investissement responsable. L’allocation de l’épargne mondiale est une tâche tellement vaste et noble que je ne m’en lasse pas, il me reste tellement de choses à apprendre ", souligne Alice de Bazin.
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