Sur les marchés
Sur les marchés
Les marchés montent prudemment face au scénario du moindre mal / Détente du spread franco-allemand
Ce n’est pas l’euphorie, mais le pire a été évité. Un certain soulagement des investisseurs était visible lundi à la Bourse de Paris, où le CAC 40, qui avait pourtant ouvert en baisse, progressait de 0,1% en début d’après-midi, à 7 681,51 points. Au palmarès, TF1 (+2,9%) et M6 (+3,7%) se distinguent notamment parmi les plus fortes hausses du SBF 120, profitant du score plus faible qu’anticipé obtenu par le Rassemblement national (RN), qui avait pour projet de privatiser l'audiovisuel public français. L'indice paneuropéen Stoxx Europe 600 prenait 0,4%, à 518,8 points.
Une légère détente est observable également du côté des emprunts d’Etat, le rendement de l'obligation assimilable du Trésor (OAT) française était stable, à 3,215%, alors qu’à l’inverse le taux du bund allemand prenait 2 points de base, à 2,549%. Le spread franco-allemand se resserre ainsi à 66 points de base, loin des 85 points de base atteints avant le premier tour des législatives.
Si la victoire du Nouveau Front populaire, qui a terminé en tête en nombre de sièges, devant la coalition présidentielle Ensemble et le Rassemblement national, peut soulever quelques craintes sur les discussions fiscales et budgétaires à venir de la future assemblée, le marché prend surtout acte de l’absence de majorité absolue pour les blocs politiques en présence, en particulier les extrêmes, écartant a priori le risque que soient appliqués des programmes économiques à la fois dangereux et peu crédibles.
Ce qui ne veut pas dire que la situation actuelle ne présente aucun risque. Comme le rappelle UBS, si la croissance potentielle de la France est supérieure à celle de l'Allemagne, c’est non seulement en raison d'une démographie plus favorable à la croissance, d'une moindre dépendance au gaz dans son mix énergétique et d'un secteur manufacturier plus petit, mais "aussi grâce à des réformes structurelles substantielles depuis 2017". Or, "si les efforts de réforme en France devaient stagner ou s'inverser sous un nouveau gouvernement, cela assombrirait probablement les perspectives de croissance à plus long terme.", prévient la banque suisse.
Dans l’immédiat, le président de la République, Emmanuel Macron, a demandé à Gabriel Attal de rester Premier ministre "pour le moment, afin d'assurer la stabilité du pays".
Quant à la forme du futur gouvernement, les scénarios possibles sont nombreux à ce stade, certains dirigeants de partis évoquant l’idée d’une large coalition allant de la gauche à la droite et excluant les extrêmes. Il reste qu’en l’absence de majorité claire, le risque de blocage institutionnel est important. Et si la constitution ne prévoit pas de délai précis pour la formation d’un gouvernement, aucune législation ou réglementation ne peut cependant être adoptée sans qu’il y en ait un.
"Nous pensons que les spreads français par rapport aux bunds et aux swaps allemands resteront au-dessus des niveaux de début juin, car les questions sur les perspectives budgétaires demeurent", estiment ainsi les analystes d’UBS.
D’après eux, dans un scénario où un parlement sans majorité pourrait rapidement déboucher sur gouvernement technocratique susceptible de présenter à l'Union européenne des budgets pour 2024 et 2025 en adéquation avec les obligations du pays, le spread franco-allemand devrait retomber autour de 60 points de base. Ce même spread s’établirait plutôt à 70 points de base, et avec un risque haussier, si la formation d'un nouveau gouvernement prenait plus de temps.
Sur le front monétaire, l'euro est quasi stable face au billet vert, à 1,0832 dollar, conservant ses gains des derniers jours, alors que les scores additionnés de la majorité présidentielle, du Parti socialiste et des Républicains semblent témoigner d’une confirmation de la trajectoire européenne du pays. L'élimination de la prime de risque associée au scénario d’une majorité absolue pour le Rassemblement national est un élément de soutien de la monnaie unique.
Reproduction et diffusion interdites sans autorisation écrite

