Feuilleton de l'été / Marion Amiot
Feuilleton de l'été
Marion Amiot
Série d’été - ces jeunes leaders qui construisent la France de demain /
Marion Amiot, Head of Climate Economics de S&P Global Ratings
Sciences sociales, technologies, finance… autant de domaines qui ont toujours nourri la curiosité de Marion Amiot. Une curiosité qui se trouva quelque peu assouvie en étudiant à l’Université Paris-Dauphine. “Avec la macroéconomie, j’ai pu retrouver toutes ces disciplines auxquelles je me suis intéressée assez tôt”, explique-t-elle à WanSquare.
La fin de son parcours universitaire se déroulera outre-Manche au sein de la prestigieuse London School of Economics (LSE). “L’économie politique était au cœur du master ce qui m’a permis d’obtenir des éléments de réponses par rapport à une question qui me taraudait depuis longtemps ‘pourquoi si la théorie économique semble donner une réponse à tous les problèmes, chaque pays a-t-il la sienne ?’”, indique celle qui a été élevée en Allemagne et pu percevoir les différences avec la France. Son entrée dans la vie professionnelle se fera également à Londres, ville dont elle apprécie la diversité et où la demande de macroéconomistes est plus élevée qu’à Paris.
Après des stages chez Lloyd’s of London puis Exane, elle intègre Oxford Economics durant l’été 2015. Marion Amiot y suivra entre autres la France et soulèvera le capot des modèles macroéconométriques. “Ce fut une très bonne école pour comprendre ce qui faisait un bon ou un mauvais modèle mais également plus précisément le fonctionnement d’une économie”, rapporte-t-elle. Ce cabinet est reconnu pour son modèle multirégional couvrant près d’une centaine de pays permettant notamment de capturer comment leurs interactions sont amenées à être affectées par divers chocs (prix de l’énergie, taux d’intérêt, politique budgétaire, taux de change etc.) et les répercussions que cela entraîne.
Deux ans et demi plus tard, l’un des clients de la firme britannique lui propose de le rejoindre. Il s’agit de Jean-Michel Six, alors chef économiste Europe de S & P Global Ratings, auquel elle répondra par la positive. La pression monte de quelques crans chez la plus puissante des agences de notation.
“Nos prévisions peuvent directement avoir une influence sur la note de crédit octroyée aux Etats, nous y réfléchissons donc à deux fois avant de dire que ‘la croissance va surperformer ou sousperformer”, souligne la jeune femme de 33 ans, qui se réjouit des opportunités que peut lui offrir d’évoluer dans un tel milieu. “Aux côtés des analystes souverains, les économistes dont je fais partie peuvent être amenés à échanger avec les décideurs dans le cadre d’un processus de notation que ce soit la Banque centrale où les plus hauts responsables du ministère des Finances”, détaille-t-elle, jugeant cela “assez unique”. Et puis, “c’est un sacré atout pour mieux appréhender la trajectoire d’une économie par rapport aux simples statistiques”, fait-elle valoir.
Après que le plus dur de la crise pandémique est passé, marquée par de nombreuses dégradations sur les secteurs les plus affectés comme l’hospitalité, Marion Amiot va prendre du galon au sein de l’agence de notation américaine. A l’approche du printemps 2022, elle sera désignée Head of Climate Economics. "La demande sur le sujet a explosé ces dernières années, impossible d’avoir une interaction avec les investisseurs sans que le climat ne vienne dominer la conversation ", rapporte-t-elle, précisant que le risque physique (incendies, sécheresses, canicules, gel, tempêtes etc.) ainsi que le risque de transition (bouleversement économique causé par la trajectoire zéro émission nette) liés au changement climatique sont parmi les problématiques majeures que les investisseurs veulent voir décryptées.
Dans une étude, entre autres conduite par Marion Amiot, les équipes de S & P Global Ratings évaluent à 4,4 points de PIB la perte annuelle potentielle pour l’économie mondiale, du fait de la concrétisation des risques physiques, dans le cas où la hausse des températures moyennes à l’échelle du globe dépassait 2 °C en 2050 par rapport à l’ère pré-industrielle.
L’ensemble des Etats ne poursuit pas la même politique climatique et certains atteindront plus vite que d’autres la neutralité carbone, est-ce pour autant de nature à affecter leur notation à l’image de leur politique budgétaire ? "Disons que ce facteur est intégré mais il est difficile de mesurer à quel point il est influent. Puis, certains pays bénéficient de la transition verte… il y a un équilibre à trouver sachant de plus que les conséquences économiques sont entourées de beaucoup d’incertitudes ", soutient Marion Amiot. "Le risque climat est une menace, mais il y en a de nombreuses autres", ajoute-t-elle, faisant remarquer qu’"un milliard de personnes sur la planète n’ont pas accès à l’électricité".
Actuellement, l’économiste travaille notamment à comprendre pourquoi "la transition écologique n’a pas forcément été enclenchée chez les pays émergents". Elle y voit un enjeu important dans le secteur de la finance durable. "La Banque mondiale et le Fonds monétaire international y prêtent une grande attention", indique-t-elle.
Au cours des années à venir, Marion Amiot se verrait d’ailleurs bien approfondir le sujet de l’économie du développement à laquelle devient intimement liée la question climatique. Puis, à terme, elle ne serait pas contre passer du conceptuel à l’appliqué. "La politique publique ou la finance pourraient m’attirer, je n’ai toutefois pas encore d’idée claire à ce sujet ", juge-t-elle.
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