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Feuilleton de l'été

Feuilleton de l'été

exclusif Série d’été - ces jeunes leaders qui construisent la France de demain / Pierre Hausswalt, directeur de la stratégie et de la transformation de la SNCF

EXCLUSIF. Le service public n’est pas un vain mot pour Pierre Hausswalt. Ancrée dans son histoire familiale, la SNCF nourrit à la fois son besoin de servir l’intérêt général et son goût pour l’entreprise qu’il a pu développer chez Unibail-Rodamco-Westfield, en même temps qu’une capacité à gérer les situations complexes de grande envergure. Cet inspecteur des finances passé par le ministère du commerce extérieur, rompu aux échanges multilatéraux, pilote la stratégie et la transformation de l’opérateur ferroviaire historique avec une vision globale, et dans un rôle d’équilibriste qu’il affectionne.
Pierre Hausswalt, directeur de la stratégie et de la transformation de la SNCF
Pierre Hausswalt, directeur de la stratégie et de la transformation de la SNCF

Il y a depuis toujours un lien fort entre Pierre Hausswalt et la SNCF, dont il dirige la stratégie et la transformation depuis 2021. Un lien qui est tout d’abord familial puisque son grand-père paternel y a travaillé durant toute sa vie comme soudeur. "La SNCF a toujours été présente dans la famille", raconte-t-il.

L’envie et l’opportunité de rejoindre l’entreprise ferroviaire n’ont cependant pas été immédiates. Car sa première idée directrice fut de servir l’Etat. Lors d’un stage qu’il effectue pendant un an aux Etats-Unis comme assistant parlementaire auprès d’un député américain, dans le cadre de ses études à Sciences Po, se produit un déclic. "A ce moment précis, j’ai fait le choix du service public", se souvient-il. Ou pour le moins, il ressent alors "l’envie d’y consacrer une grande partie de [sa] vie professionnelle". Impression confortée lorsqu’il renouvellera l’expérience deux ans plus tard en tant qu’assistant parlementaire au Bundestag.

Après Sciences Po, l’étudiant d’alors intègre l’ENA, où ses stages en préfecture lui donnent à voir "toute la beauté et la complexité des politiques publiques" qui s’y déploient localement. Tandis que le pays est confronté au défi de la relance économique après la crise financière de 2008, il se retrouve notamment en région Auvergne à coordonner les mesures en faveur de l’emploi des jeunes.

Diplômé de la promotion Robert Badinter en 2011, Pierre Hausswalt devient inspecteur des finances. Il enchaîne alors les missions de conseil pour le compte de différents ministères. Parmi elles, "une belle mission sur le développement de la chirurgie ambulatoire", se souvient-il, entre autres. "Ce qui est passionnant, c’est que vous êtes au contact de la décision publique", souligne-t-il.

Après quasiment quatre ans à cultiver ses compétences économiques et financières à Bercy, le besoin d’assouvir son goût pour les affaires internationales le fait bifurquer. Il décroche en 2015 un poste de conseiller aux affaires commerciales multilatérales et européennes auprès de Mathias Fekl, le secrétaire d’Etat chargé du commerce extérieur, dont il devient rapidement directeur adjoint de cabinet. Parmi ses principaux dossiers : l’épineux projet de traité de libre-échange avec les Etats-Unis (TAFTA), ou l’accord CETA entre le Canada et l’Union européenne. Soit énormément de travail et d’échanges avec les différentes parties prenantes pour concevoir la position française et la faire valoir dans les négociations internationale menées par l’Union européenne.

 

Unibail-Rodamco

 

Des négociations qui, au passage, l’amènent à se rapprocher des entreprises, avec lesquelles son rôle lui fait jouer l’interface. Transition prémonitoire puisqu’il profite en 2017 du départ de Matthias Fekl, son secrétaire d’Etat de tutelle (alors nommé ministre de l’Intérieur) pour faire le saut vers le privé, et atterrir dans l’immobilier. "J’avais besoin de varier mes expériences. J’estimais qu’être confronté à la réalité du fonctionnement d’une entreprise allait contribuer positivement à mes capacités professionnelles", explique Pierre Hausswalt. "Par contre, je ne l’aurais pas fait n’importe où, je souhaitais que ce soit au sein d’une entreprise française ayant des activités à l’international", ajoute-t-il.

Ce sera donc chez l’ex-Unibail-Rodamco (devenu depuis Unibail-Rodamco-Westfield), membre du CAC 40, et leader européen des centres commerciaux. Le poste qui s’ouvre alors de responsable des affaires publiques et de la communication lui convient bien. "Ce qui m’intéressait était d’avoir une vision globale du groupe", indique-t-il.

L’expérience va s’avérer particulièrement riche et mouvementée, puisque le groupe issu du mariage en 2008 du Français Unibail avec le Néerlandais Rodamco se lance dix ans plus tard dans l’acquisition du géant australien des centres commerciaux Westfield, une opération à plus de 20 milliards d’euros. Entre la découverte des mécanismes d’une acquisition de cette envergure, la transformation de l’entreprise qu’elle implique en termes d’intégration, de stratégies nouvelles, de création de valeur, et le lancement de la nouvelle entité, le baptême du feu est réussi.

Puis survient le Covid, qui met l’entreprise en difficulté, fragilisant sa situation financière. Le projet d’augmentation de capital visant à rétablir le bilan est l’étincelle qui conduit à l’attaque et à la prise du pouvoir par Léon Bressler et Xavier Niel fin 2020. "J’ai beaucoup appris sur les mécanismes boursiers, et en termes de capacité à gérer des situations complexes de haut niveau, avec beaucoup de pression", souligne Pierre Hausswalt. Une illustration aussi de la dure loi des affaires. "Les organisations ont une longévité toujours plus grande que celle de leurs dirigeants", observe-t-il avec lucidité.

En 2021, il décide de quitter Unibail-Rodamco-Westfield, de son propre chef. Personne ne lui a demandé de partir, mais il éprouve l’envie forte de revenir dans le secteur public, et de préférence dans une entreprise publique, "parce que j’avais beaucoup aimé travailler en entreprise pendant trois ans", raconte-t-il.

 

Équilibriste

 

"J’aime les endroits où se rencontrent les impératifs économiques d’une entreprise, c’est-à-dire sa pérennité, sa soutenabilité et la saine gestion qu’il faut lui appliquer pour qu’elle atteigne ses objectifs, et réussir cela en prenant en compte des impératifs d’intérêt général", explique Pierre Hausswalt.

A ce jeu-là, la SNCF fait partie de la courte liste d’entreprises où se mêlent ces injonctions parfois contradictoires et cette double vocation. Ce qui ne va pas sans une certaine complexité, où chaque dossier, revêt tout à la fois des aspects économiques/financiers, juridiques, sociaux et politiques, dans la mesure où l’Etat a son mot à dire sur le développement du ferroviaire en France.

"Il faut toujours prendre tous ces aspects en considération en même temps. Et c’est ce rôle d’équilibriste, qui requiert une dose de subtilité, qui me plaît beaucoup dans le métier de directeur de la stratégie à la SNCF", indique Pierre Hausswalt. Et ce, à un moment clé en raison de la transition énergétique et de l’ouverture de la concurrence du rail français qui se concrétise progressivement, à la fois sur les lignes régionales et la grande vitesse, "un contexte qui représente un transformation gigantesque pour notre groupe", observe-t-il.

C’est au milieu de ces enjeux de transformation dans un secteur des transports où tout change très vite, avec la conscience de servir des objectifs de politique publique, que Pierre Hausswalt s’épanouit pleinement, voyant dans la SNCF "un terrain de jeu enthousiasmant", presque infini.

Et tandis qu’il réfléchit aux prochains défis auquel le groupe devra s’adapter dans les prochaines années, ce père de trois enfants n’oublie pas de veiller à son équilibre familial, sa priorité, sans oublier de se ménager un peu de temps pour s’adonner à sa passion du théâtre.

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