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Feuilleton de l'été / Melissa Cohen

Feuilleton de l'été
Melissa Cohen

exclusif Série d’été - ces jeunes leaders qui construisent la France de demain / Melissa Cohen, associée Infrastructure chez Eurazeo

EXCLUSIF. Du besoin de contribuer à l’économie réelle à celui d’accélérer la transition des infrastructures vers une économie bas carbone, il n’y a qu’un pas que Melissa Cohen a su franchir au fil de son parcours. Le rôle d’investisseuse qu’elle s’est choisi et façonné lui permet d’apporter sa pierre à l’édifice au travers de projets tangibles. Une mission dont elle s’acquitte avec enthousiasme, prenant autant de plaisir à acquérir de nouvelles sociétés qu’à accompagner leur évolution.
Melissa Cohen, associée Infrastructure chez Eurazeo
Melissa Cohen, associée Infrastructure chez Eurazeo

A l’origine du goût de Melissa Cohen pour les infrastructures, il y a un attrait pour l’économie réelle qu’elle n’a pas hésité à développer à contre-courant. Lorsqu’elle intègre Dauphine au début des années 2000, la finance était en vogue. Mais l’"on parlait surtout beaucoup de finance de marché", raconte-t-elle à WanSquare. Les étudiants en finance de l’époque "voulaient tous être en salles de marché, devenir traders, " sales", ou structureurs", se souvient la partner au sein de l’équipe infrastructure d’Eurazeo.

Son bac en poche à 16 ans, dotée d’une forte appétence pour les matières scientifiques, le choix de la voie économique s’est imposé rapidement, sans savoir où cela allait la conduire. "J’ai senti que c’était là que j’étais la plus attirée, là aussi où il y avait un aspect plus concret, plus ancré dans l’économie réelle, avec un terrain de jeu plus vaste", explique-t-elle.

A l’écart des marchés, qu’elle trouvait "très abstraits", elle ressent cette envie forte de contribuer à l’économie concrète des entreprises. Avec "l’avantage que l’on pouvait choisir différents secteurs. Aujourd’hui j’exerce mon métier dans les infrastructures car la classe d’actifs m’attirait mais il y avait beaucoup de secteurs possibles", poursuit la partner de 40 ans.

Pour quelqu’un qui ne voulait pas faire de la finance pour la finance, le rôle d’investisseuse dans des actifs infrastructures durables qu’elle occupe aujourd’hui chez Eurazeo remplit parfaitement l’objectif. Mais cet aboutissement s’est construit par étape, au fil de son parcours, et parce que le métier a lui-même évolué.

 

Une classe d’actifs résiliente

 

Au tout début de sa carrière, en matière d’infrastructure, "on parlait plutôt d’aller financer des autoroutes, des aéroports ou des ports", se souvient-elle. Au sortir de Dauphine, la jeune diplômée part en VIE, à Londres, dans une antenne de financement de projets de Natixis. "Cela m’allait bien de ne pas forcément me retrouver au sein d’une grosse organisation. L’avantage est que cela me donnait d’emblée une très forte exposition", analyse-t-elle. Seule junior d’une équipe de trois personnes, Melissa Cohen monte rapidement en compétences, au point qu’elle y est recrutée comme analyste à part entière, en création de poste.

Puis, patatras, survient le krach financier de 2008-2009, dans lequel la classe d’actifs des infrastructures souffre, certes, mais résiste. "C’était la démonstration de la résilience de la classe d’actifs, souvent mise en avant, à juste titre, s’agissant de services essentiels fournis par des infrastructures qui résistent aux cycles économiques.", souligne Melissa Cohen.

Elle se souvient en particulier d’un projet d’envergure, celui de l’autoroute autour de Londres, qui sera mené à bien, malgré l’assèchement de la liquidité des banques. "Finalement, il a fallu mettre quasiment toutes les banques de la place autour de la table pour réussir à sortir le projet", raconte-t-elle.

L’ambiance, "terrible", qui règne à la City la pousse néanmoins à vouloir revenir à Paris. Toujours chez Natixis, mais désormais en tant qu’associée, elle va s’occuper de plusieurs projets ferroviaires, notamment la lignes à grande vitesse reliant Paris à Bordeaux, un projet pharaonique de 7 milliard d’euros, qui sera réalisé, toujours en pleine crise financière, en mobilisant toutes les sources de financements possibles, publiques et privées.

 

Marguerite

 

Elle sent toutefois que cet environnement bancaire et très franco-français, qui tranche avec l’état d’esprit qu’elle a connu à Londres, ne lui convient plus tout à fait. A l’époque – nous sommes en 2011 - les fonds dédiés aux infrastructures sont encore rares. Mais c’est le moment où le fonds paneuropéen d’investissement dédié aux infrastructures et aux énergies renouvelables Marguerite est en train de se lancer.

"Je trouvais l’aventure assez excitante, c’était tout nouveau, le terrain de jeu était vaste et l’équipe était très internationale", raconte-t-elle. Sous les ordres d’un patron espagnol, elle côtoie ainsi un Américain, un Australien, un Danois (Martin Sichelkow, qui est encore son associé chez Eurazeo), un Italien, un Polonais… "une petite équipe, dans un environnement très multiculturel et une aventure entrepreneuriale, cela me correspondait beaucoup plus".

Elle va y rester dix ans, à évoluer, et à voir la classe d’actifs évoluer. Spécialiste du transport, elle entre de plain-pied dans le monde des énergies renouvelables, auquel va se joindre le digital : l’émergence du réseau fibre comme sujet d’infrastructure émerge autour de 2014 et Marguerite se positionne rapidement dessus. "C’est l’une des spécificités de Marguerite, ce mandat un peu flexible, cet ADN d’aller où les autres n’iraient pas, à la fois sur des secteurs un peu plus nouveaux ou des géographies plus risquées", explique-t-elle. Autre particularité, son équipe n’investit pas seulement dans des infrastructures déjà existantes mais aussi dans de nouvelles infrastructures à construire à partir de zéro, suivant l’approche dite "greenfield". "C’est très important. On en revient à mon propos initial sur l’économie réelle, la contribution de chacun, pouvoir faire du tangible", souligne-t-elle.

 

Private equity

 

A la longue, elle sent toutefois que la dynamique s’essouffle, à la fois en termes d’équipe, de taille de fonds, et de stratégie. En particulier, les sujets évoluent de plus en plus vers le private equity. Si traditionnellement, l’investissement dans les infrastructures a pendant longtemps consisté à investir directement dans des actifs, les fonds du secteur ont progressivement commencé à prendre de plus en plus de participations dans des sociétés gérant elle-même ces infrastructures, avec de ce fait "un enjeu humain très important. Et c’était un mouvement que l’on avait envie de faire, tout comme celui de mettre l’ESG au cœur de notre stratégie d’investissement", explique-t-elle. Melissa et deux de ses collègues (Martin Sichelkow, et Laurent Chatelin) décident alors de prendre leur destin en main et d’aller discuter avec différents asset managers qui cherchaient à s’étendre sur la classe d’actifs, pour finalement rencontrer Eurazeo.

Les débuts au sein de la société d’investissement en janvier 2021 s’avèrent quelque peu épiques. "Nous sommes partis d’une feuille blanche dans une salle de réunion reconvertie pour nous en bureau ". Et dans des locaux vides, au milieu des confinements et des couvre-feux, en plein Covid, "avec notre histoire à écrire", se souvient-elle. De plus, Melissa avait accouché de jumeaux au moment au moment même où s’était engagé le dialogue avec Eurazeo.

 

 

Electra

 

Après une première année passée à établir la plateforme, commencent la levée de fonds et la recherche des premiers investissements. Rapidement, elle se retrouve à la manœuvre de l’une des opérations les plus emblématiques de la jeune histoire du fonds : l’acquisition de la société Electra spécialisée dans la recharge rapide des véhicules électriques.

"C’était un secteur que je regardais attentivement depuis longtemps et une société que j’ai trouvé très vite inspirante avec un management qui pilotait son projet avec une grande qualité d’exécution", souligne-t-elle. "On était en plein dans la thèse d’investissement du fonds, c’était de l’infrastructure avec une composante tech importante. J’ai vraiment poussé très fortement le sujet en interne et vis à vis des différentes parties prenantes, le projet m’a passionné et me passionne encore", poursuit la partner avec enthousiasme. Electra a d’ailleurs procédé en début d’année une nouvelle levée, d’un montant de plus de 300 millions d’euros.

"Je prends beaucoup de plaisir non seulement à réaliser les investissements, mais à les suivre. C’est une composante très importante de notre métier d’être en lien avec les managements des sociétés, de réfléchir avec eux à la meilleure stratégie", ajoute Melissa Cohen. Lorsqu’on lui demande quelles sont ses aspirations pour la suite de sa carrière, elle ne désire rien d’autres à ce stade que de pouvoir trouver "d’autres sociétés dans lesquelles investir et qui nous enthousiasment autant que celles dans lesquelles on a investi jusqu’à présent".

Et, tandis qu’Eurazeo a récemment bouclé son premier fonds dédié à l’infrastructure de transition avec un closing final à plus de 700 millions d’euros, "pouvoir poursuivre cette aventure avec un deuxième fonds qui pourrait se lancer d’ici un an ou deux ans" serait une prochaine étape idéale. Son ambition ? "Contribuer à notre échelle" et pouvoir "apporter notre pierre à l’édifice" face à des enjeux climatiques de plus en plus présents.

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