Feuilleton de l'été
Feuilleton de l'été
Série d’été - ces jeunes leaders qui construisent la France de demain /
Cécilia Creuzet, co-fondatrice de May
La vocation d’entrepreneure est venue petit à petit chez Cécilia Creuzet. Très bonne élève dans le secondaire, la jeune femme s’est laissé porter vers HEC sans grande conviction après des classes préparatoires, hésitant un temps avec un parcours artistique. Pour autant, ses années passées au sein de l’école de commerce se révéleront décisives. “À l’époque, le social business était en plein essor chez HEC et cela m’a passionnée. J’y voyais la possibilité de concilier la question sociale, qui a toujours compté pour moi sans que je puisse vraiment dire pourquoi, et une vision économique, ce qui assure une pérennité”, explique-t-elle dans un entretien accordé à WanSquare.
En plus d’avoir été marquée par l’une de ses deux années de césure réalisée pour le compte de l’association étudiante Terre de Talents où elle voyagera à travers le monde pour promouvoir l’enseignement supérieur français, Cécilia Creuzet sera influencée par les enseignements prodigués à HEC en matière d’entrepreneuriat (majeure entrepreneurs). “Cela m’a confortée dans mon goût d’entreprendre et aussi permis de me projeter en me donnant la confiance de tenter cette aventure”, indique-t-elle. Pour autant, la jeune femme attendra avant de se lancer.
Après ses études, elle rejoindra la structure Emmaüs Défi, association qui travaille à l’insertion des personnes sans-abri par l’emploi, auprès de laquelle elle avait adoré œuvrer en stage pendant son cursus à HEC. “Quelque temps auparavant, ils avaient amorcé le projet, auquel j’avais participé, de permettre aux personnes en situation de précarité d’accéder à la téléphonie, un besoin essentiel aujourd’hui. Une fois embauchée en CDI, je me devais de développer cette activité”, raconte Cécilia Creuzet. Par la suite, le succès est tel qu’un spin-off fut créé : Emmaüs Connect, dont elle a été la directrice du développement. “L’objectif s’est élargi en accompagnant les personnes en difficulté dans l’usage du numérique”, indique Cécilia Creuzet, qui a contribué à déployer de nombreux points d’accueil à travers l’Hexagone.
Toujours au sein d’Emmaüs, une nouvelle structure verra encore le jour, ce en 2015 : We Tech Care. Cécilia Creuzet en sera la directrice adjointe. “C’est très bien d’équiper les gens avec des recharges téléphoniques et un accès à Internet, mais ce dont nous nous sommes rendu compte est que si nous étions les seuls à faire ce travail-là ce ne serait pas assez efficace. Il fallait mettre en capacité Pôle Emploi, les CAF ou encore les travailleurs sociaux de pouvoir agir sur l’inclusion numérique des publics fragiles”, justifie-t-elle. L’association sera le premier projet européen financé par la structure philanthropique Google.org (1 million d’euros).
Le secteur de la santé s’invitera ensuite dans la trajectoire de Cécilia Creuzet. Au printemps 2019, elle intègre Idomed, entreprise de l’économie sociale et solidaire ayant mis au point une application destinée aux professionnels de santé pour améliorer les prises en charge des personnes âgées dépendantes. “Je suis restée très peu de temps notamment parce que l’idée de May est venue…”, explique Cécilia Creuzet. “En 2019, alors que les urgences étaient dans la rue dans le cadre de grèves, nous avions été interpellés avec mon époux [Antoine Creuzet, ex-directeur e-commerce alimentaire chez Carrefour, rencontré à HEC, ndlr] par le fait que deux catégories de la population encombraient ces services : les personnes âgées et les enfants de moins de six ans”, rapporte-t-elle. Ce sont ces derniers, pour lesquels les passages aux urgences ont plus que doublé en 20 ans, qui retiendront leur attention. “C’est le nœud du problème et c’est plutôt contre-intuitif", souligne la mère de trois enfants, qui a étudié intensément ce phénomène pour en identifier les causes.
“La grossesse et les premières années de vie de l’enfant ne sont pas simples et peuvent constituer un chamboulement pour un bon nombre de personnes. Née avec internet, la génération actuelle de jeunes parents est habituée à obtenir des réponses instantanément, réponses que n’a pas le temps d’apporter la médecine de ville, ce qui peut en partie expliquer pourquoi ils sollicitent, parfois de façon injustifiée, les urgences”, explique Cécilia Creuzet. En parallèle de cela, les jeunes parents essaient de trouver des réponses sur internet. Or, “plein d’études montrent que ‘Docteur Google’ n’est pas un bon médecin, les résultats qu’on y trouve étant de qualité assez médiocre : ce sont des magazines féminins qui font du SEO (référencement naturel)”, indique-t-elle.
Cécilia Creuzet et son mari songent alors à créer un site visant à permettre aux jeunes parents de trouver des réponses à leurs questions grâce à du contenu réalisé par des professionnels de santé. Aujourd’hui, à travers le chat d’une application mobile disponible en partie gratuitement, sages-femmes, médecins, infirmières puéricultrices répondent en dix minutes en moyenne, ce tous les jours de l’année entre 8 heures et 22 heures. “L’application permet également d’accéder à énormément de contenus (plus de 3.000 à ce jour) conçus par ces équipes de soins”, ajoute-t-elle, précisant que tant la santé physique que mentale sont couvertes.
En février 2020, la start-up a pu lever 370.000 euros auprès de Céline Lazorthes, fondatrice de Leetchi, Thierry Petit, cofondateur de showroomprive.com, Alexis Bonillo, cofondateur de Zenly ou encore auprès des cofondateurs de Good Goût. Un an plus tard, 2,5 millions d’euros seront injectés grâce à un tour de table où fut notamment présent le fonds d’investissement responsable Racine², co-géré par le spécialiste du capital-risque Serena. “On aimerait boucler un nouveau tour pour accélérer notre développement”, explique la dirigeante de l’entreprise qui compte 25 employés à temps plein et 80 professionnels de santé.
L’application compte 80.000 utilisateurs actifs et ils passent en moyenne 100 minutes par semaine à l’utiliser. “Une telle durée est relativement importante compte tenu du fait que nous ne sommes pas un média ni un réseau social”, estime Cécilia Creuzet, qui prévoit d’être rentable dans les deux ans.
Parmi ses futurs relais de croissance figurent entre autres le préconceptionnel. “A la base nous étions un site pédiatrique, puis la grossesse et le post-partum se sont greffés. Nous nous intéressons désormais également au désir d’enfant et à la difficulté de concevoir, qui touche un couple sur sept”, dévoile-t-elle.
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