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Les innovations sont-elles la réponse à tout ? / De la perception microéconomique à macroéconomique, l'écart se creuse

L’innovation, notamment en France, n’a jamais été aussi bouillonnante. Et pourtant, à l’inverse de ce qui avait pu être observé lors des précédentes grandes révolutions industrielles, son effet sur la croissance et le niveau de vie ne semble pas tout à fait avéré à une échelle plus globale. En cause, bien sûrement, la nécessité de la diffuser à plus grande échelle, tout particulièrement dans les entreprises, pour éviter certains écueils.
De gauche à droite : Antonin Bergeaud, Jean Cattan, Gabrielle Halpern, Maya Noël, Jean-Hervé Lorenzi
De gauche à droite : Antonin Bergeaud, Jean Cattan, Gabrielle Halpern, Maya Noël, Jean-Hervé Lorenzi

Galvaudé, le terme d’innovation ? Ce mercredi, lors du France Digitale Day, l’économiste Jean-Hervé Lorenzi animait une table ronde. Le thème était précis : peut-on continuer à innover à l’infini ? Mais les questions sous-jacentes plus nombreuses. Pour le fondateur du Cercle des économistes, le sujet en pose effectivement de vastes. "L’innovation, c’est un mot presque passe-partout. C’est une vieille tradition : on a l’impression que cela nous tombe du ciel en permanence et que cela permet de sortir de la crise. Mais nous faisons face aujourd’hui à un ralentissement économique. […] Sommes-nous réellement à un moment d’accélération technologique et d’innovations, comme ceux qui ont permis les précédentes révolutions industrielles ? L’acceptabilité des innovations permet-elle de favoriser leur émergence ? Il y a enfin le mot progrès… a-t-il un lien évident avec l’innovation ?", a interrogé le président des Rencontres Économiques d’Aix-en-Provence.

 

Un système qui bouillonne

 

Maya Noël, la directrice générale de France Digitale, a tout d’abord logiquement souhaité apporter son expérience empirique à ce sujet, alors qu’elle entretient un lien privilégié avec tout l’écosystème innovateur français. "Ce qu’on observe dans la French Tech est fascinant. Il y a une vraie connexion qui s’opère, où on a créé des ponts entre les entrepreneurs et les investisseurs, nous avons une capacité à attirer les capitaux, à lier le monde de la recherche avec celui de l’entreprise, à créer de l’ébullition", a-t-elle entamé.

Une ébullition qui se reflète aussi dans les chiffres, a-t-elle poursuivi et notamment en termes d’emplois créés : 200 000 sur les seuls douze derniers mois, selon la dernière étude de l’association et du cabinet EY. D’autant plus, a indiqué Maya Noël, que de récentes innovations technologiques ont réellement changé le quotidien des Français. Doctolib en reste l’une des meilleures illustrations, dans le sens où l’application - et notamment son caractère essentiel qui s’est révélé lors de la pandémie - a changé le rapport à la médecine, ou à la distance nécessaire pour s’y rendre.

 

Jamais aussi peu de corrélations

 

"Il est vrai que lorsque l’on regarde les choses d’un point de vue microéconomique, il y a un bon nombre de faisceaux d’indices plus qu’encourageants. Nous n’avons jamais déposé autant de brevets, il n’y a jamais eu autant de start-ups ou d’investissements en recherche et développement", a quant à lui répondu l’économiste et professeur associé à HEC Antonin Bergeaud. Mais de son point de vue de macroéconomiste, la réalité n’est pas aussi reluisante. "Ce que l’on sait, dans la méthode économique, c’est que l’innovation doit s’accompagner de l’augmentation du niveau de vie et de la croissance du Produit intérieur brut (PIB). Or, il n’y a jamais eu une aussi faible corrélation qu’aujourd’hui", a-t-il observé.

Et l’économiste de continuer à dérouler le raisonnement : les chiffres une fois agrégés, le taux de création d’entreprises reste bas, tandis que la capacité de ces dernières à croître rapidement s’érode. En cause, sûrement le fait que les technologies ne se diffusent plus assez vite, à l’inverse de ce qui avait été le cas lors de l’invention de la machine à vapeur ou de l’électricité, par exemple. La révolution numérique est loin d’avoir eu le même effet, a relevé Antonin Bergeaud. Pourquoi ? "Les technologies numériques se sont seulement diffusées dans certaines entreprises, ce qui leur a créé un pouvoir de marché excessif et permis de grandir rapidement grâce à leurs investissements", a-t-il démontré.

 

Socialiser les inventions

 

Ce qui ramène bien à la question de l’acceptabilité, a enchaîné Jean-Hervé Lorenzi. Le secrétaire général du Conseil national du numérique, Jean Cattan, l’a souligné : "L’innovation, c’est quand l’invention est socialisée. C’est le fruit d’une volonté collective, incarnée par la décision publique. Une innovation ne peut perdurer que quand elle vient à son soutien, sinon c’est la loi de la jungle, l’acquisition de position dominante et la destruction de l’écosystème d’innovation. […] Le marché ouvert, la concurrence et l’innovation, tout cela se construit".

Jean-Hervé Lorenzi l’a toutefois signalé : la perception de l’innovation ne devrait pas se résumer à ce qui a trait aux plateformes numériques en citant par exemple, en lien avec son choix de relier la notion au progrès, la recherche ayant permis de déployer à grande vitesse les vaccins à ARN messager pour faire face au Covid-19. Maya Noël l’a rejoint : "On parle beaucoup de numérique, parce que c’est l’usage que l’on en fait. La French Tech, ce ne sont pas que des applications, c’est plutôt du numérique qui va dans tous les domaines. C’est une notion qui doit être prise dans son ensemble". Et de conclure plus après : "Pour qu’une innovation devienne progrès, il faut lui donner une trajectoire".

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