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L’APE, un actionnaire comme les autres ? / Un soutien de long terme bien rassurant pour les entreprises de son portefeuille

L’Agence des participations de l’État fêtait ses 20 ans ce lundi à Bercy. L’occasion pour certains patrons de grands groupes à son portefeuille de témoigner de l’utilité de l’État à leur capital pour soutenir la stratégie décidée, mais aussi l'entreprise dans les moments de crise.
Bruno Bezard, Catherine MacGregor, Jean-Dominique Senard, Marie-Anne Barbat-Layani et Dominique Carlac'h (crédits: DR)
Bruno Bezard, Catherine MacGregor, Jean-Dominique Senard, Marie-Anne Barbat-Layani et Dominique Carlac'h (crédits: DR)

L’idée d’une part de l’État au capital des entreprises privées a suscité pendant longtemps bien des réticences. Intrusif, interférant, trop politique, qui ne comprend pas le fonctionnement d’un grand groupe, les a priori étaient nombreux. La célébration des 20 ans de l’Agence des participations de l’État (APE), organisée ce lundi après-midi à Bercy, fut l’occasion de prouver le contraire.

 

Un partenaire à l'écoute 

 

"Mon arrivée à la tête du conseil d’administration de Renault s’est faite dans des conditions singulières, dans un contexte de crise de la gouvernance, de crise géopolitique avec le Japon, et de crise économique. J’ai eu en effet malheureusement à signer les pires résultats financiers de l’histoire du groupe. Je découvrais aussi de nouvelles relations avec l’État, l’APE étant actionnaire à hauteur de 15,01 % du groupe, par rapport à Michelin que je dirigeais précédemment. Et force est de constater que j’ai eu avec les responsables de l’APE des relations extraordinairement positives, avec une forme d’écoute réciproque ", a témoigné Jean-Dominique Senard, précisant que "durant la crise sanitaire et à la sortie du groupe de Russie (environ 18 % du chiffre d’affaires de l’entreprise), nous n’avons pas souffert d’absence de pragmatisme, ce qui fut encourageant", martelant qu’à aucun moment, l’État avait compliqué la vie de l’entreprise. D’autant que selon le patron du conseil d’administration du constructeur automobile, l’on ne peut pas considérer sa relation avec l’État sans penser à la spécificité de Renault. "Renault est un petit bout de la France, cette marque est une vitrine de l’évolution sociale du pays. Si nous ne sommes pas considérés comme un secteur stratégique, tout ce qui peut faire tousser le groupe en France (qui compte 400 000 emplois directs et indirects sur le territoire) aura des conséquences sur la stratégie de la France", a-t-il fait remarquer.

Jean-Dominique Senard s’est dit aussi convaincu que sur des sujets de risques de perte de souveraineté, la légitimité de l’APE serait de plus en plus solide dans les années à venir pour protéger le pays. "Chacun à sa place, nous pouvons mener la barque France très loin s’il existe une osmose entre le politique et l’économie", a-t-il assuré.

 

Un facilitateur de rapprochement

 

Même son de cloche positif du côté d’Engie, entreprise faisant partie, elle, des secteurs "hautement" stratégiques pour l’État. "Les relations avec l’APE sont excellentes. On me demande souvent quel type de comportement a l’Etat. Je réponds toujours immanquablement qu’il se comporte avant tout comme un actionnaire, en soutien de la stratégie, attentif à l’exécution, engagé dans le conseil d’administration. Un actionnaire ‘very long only’ ", a poursuivi Catherine MacGregor, directrice générale d’Engie, ajoutant que "lorsque l’on est un énergéticien, on doit faire des investissements importants avec des retours très longs. Aussi, la constance dans le soutien stratégique est très précieuse. L’alignement est primordial sinon le management est toujours en prise à des injonctions contradictoires pour mettre en œuvre la stratégie de l’entreprise".

Autre atout selon la dirigeante d’avoir l’Etat au capital d’Engie : sa présence multisectorielle. Plus de 85 entités relèvent en effet du périmètre de l’APE, venues d’horizons économiques très divers, tels que l’industrie, les services, les transports, etc. "Sur certains sujets, cette présence nous permet d’aligner des acteurs. C’est ainsi qu’Engie s’est associé par exemple à Air France pour accélérer la décarbonation du transport aérien en lançant la première plateforme de carburants renouvelables et bas carbone au Havre", a-t-elle mentionné. Enfin, autre intérêt, et non des moindres, l’APE serait aussi un facilitateur entre les entreprises à son portefeuille et les pouvoirs publics pour faire passer quelques messages. "L’APE est un appareil d’État qui comprend très bien les entreprises, elle est donc très utile ", a certifié Catherine MacGregor.

 

Ne parlons plus de tutelle de l’État 

 

Et en sa qualité d’actionnaire, l’APE a d’ailleurs les mêmes devoirs du point de vue du droit boursier, comme l’a rappelé Marie-Anne Barbat-Layani, présidente de l’Autorité des marchés financiers. "Au même titre que les autres actionnaires, l’État doit protéger l’information privilégiée, déclarer les dépassements de seuil au capital d’une entreprise, établir une liste d’initiés et s’obliger à la discrétion dans les conseils d’administration", a détaillé celle qui fut entre 1995 et 1997 adjointe au chef du bureau énergie, mines et télécoms au service des Participations de l’État, ancêtre de l’APE rattaché alors à la direction du Trésor. "Il fallait donner une autonomie à ce service pour qu’il puisse pleinement incarner sa fonction d’actionnaire. Celle-ci est aujourd’hui totalement établie", s’est souvenue Marie-Anne Barbat-Layani.

Pour mémoire, l’APE, aujourd’hui pilotée par Alexis Zadjenweber, a été créée en septembre 2004 sous l’impulsion du ministre de l’Économie et des Finances Francis Mer. "L’APE est née d’une crise des entreprises publiques - France Telecom n’avait plus d’argent, EDF n’allait pas très bien, etc - et a fait suite au rapport Barbier de La Serre sur les conditions d’exercice par l’État dans sa fonction d’actionnaire. Au début, tout le monde était contre, sauf le ministre et Jean-Pierre Jouyet, alors directeur du Trésor, qui m’avait dit : ‘tu m’enlèves ce qu’il y a de plus intéressant au Trésor mais tu as raison' ", s’est remémoré Bruno Bezard, artisan de la venue au monde de l’APE, ancien patron de la Direction Générale des Finances Publiques et aujourd’hui managing partner chez Cathay Capital Private Equity. "A l’époque, il s’agissait d’une start-up au sein de Bercy, il fallait tuer le mot tutelle pour en faire une vraie actionnaire au sein des entreprises. Aujourd’hui, l’APE est devenu un acteur de la politique industrielle de la France", s’est-il félicité.

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