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Commerzbank réorganise sa direction pour défendre son indépendance / Bettina Orlopp prend les rênes sous la pression d'UniCredit
Prise de court par la récente offensive de l’italienne Unicredit sur une partie de son capital, la deuxième banque allemande met sa direction en ordre de bataille. Le président du directoire, Manfred Knof, artisan du redressement de l’établissement depuis sa prise de fonction en 2021, va laisser sa place à Bettina Orlopp, l’actuelle directrice financière, a annoncé Commerzbank à l’issue d’une réunion de son conseil de surveillance.
A la surprise générale, Manfred Knof avait informé début septembre Jens Weidmann, le président du conseil de surveillance, de sa décision de ne pas briguer un second mandat. Et ce alors que sous sa direction, l’institution financière a retrouvé une situation financière saine et a réalisé un bénéfice record en 2023, en partie il est vrai grâce à la hausse des taux d’intérêt.
L’entrée au capital d’Unicredit a visiblement conduit la banque à accélérer sa transition managériale. Son successeur a en effet été rapidement trouvé en la personne de Bettina Orlopp, dont la nomination a été approuvée à l’unanimité du conseil de surveillance. "Avec Bettina Orlopp, nous avons trouvé le successeur idéal pour diriger la Commerzbank", a commenté Jens Weidmann.
Dans le même temps, Michael Kotzbauer, membre du conseil d’administration responsable de la clientèle des entreprises, a été nommé directeur général adjoint. Tous deux bénéficieront d’un mandat de cinq ans lorsqu’ils entreront dans leurs nouvelles fonctions. Ce qui devrait se faire "dans un avenir proche", a indiqué la banque allemande.
Co-architectes de la stratégie
Il était "essentiel que les responsabilités soient clairement définies, en particulier dans la phase actuelle de la banque", a souligné Jens Weidmann. De grands investisseurs, comme le fonds d’investissement Deka, poussaient en effet pour que la question du conseil d’administration soit rapidement clarifiée.
Bettina Orlopp et Michael Kotzbauer seront les "co-architectes de la stratégie jusqu’en 2027", a poursuivi Jens Weidmann, envoyant un nouveau signal clair quant à la volonté de la banque de demeurer indépendante. "Nous avons une stratégie qui fonctionne, mais nous avons aussi de grandes tâches à accomplir", a déclaré la future nouvelle présidente du directoire.
Lorsqu’Unicredit avait annoncé début septembre avoir acquis 9 % de Commerzbank, dont la moitié auprès de l’Etat allemand, Bettina Orlopp était montée au créneau, estimant que ce dernier serait inspiré de "conserver" ses titres Commerzbank, appelant à la nécessité de "réfléchir calmement à ce qui est sur la table et à la manière d’y réagir".
Contre l’avis du gouvernement allemand, UniCredit a ensuite construit une position de plus de 20 % au capital de Commerzbank au moyen d’instruments dérivés. Parallèlement, la banque italienne a demandé aux autorités l’autorisation d’augmenter sa participation jusqu’à 29,9 %. Une initiative qui a poussé le chancelier allemand en personne, Olaf Scholz, à qualifier cette montée au capital d' "attaque inamicale".
Or, "si les fusions peuvent créer de la valeur, notamment grâce à des synergies de coûts, les opérations hostiles peuvent en éroder tous les avantages, en particulier lorsqu’elles se heurtent à la résistance de l’entreprise cible et de son gouvernement", met en garde l’agence européenne Scope.
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