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La stratégie de TotalEnergies convainc en Bourse / La compagnie garde son cap de transition tout en se prémunissant des variations de prix de l'énergie
Exercice réussi pour TotalEnergies qui tenait, ce mercredi, à New York, son rendez-vous annuel avec les investisseurs. Le titre de la compagnie s’adjugeait la plus forte hausse du CAC 40 à la clôture des marchés, à + 2,24 %, après un bond de plus de 4,5 % lorsque la compagnie a annoncé son intention de poursuivre ses rachats d’actions en 2025, au même rythme que cette année, soit 2 milliards de dollars par trimestre et 8 milliards de dollars en tout, représentant 5 % du capital de l’entreprise. "Le groupe a rassuré sur les trois sujets clés, la croissance, le retour aux actionnaires et la rentabilité. TotalEnergies est notre [valeur favorite] dans le secteur avec, à la fois, une stratégie avancée et crédible grâce à un pipeline de projets sécurisé. Le groupe est le plus résilient en scénario de baisse et offre un rendement à 10.2 % est parmi les meilleurs", estime Oddo BHF.
Peu d’impact fiscal a priori
De fait, les actionnaires devraient encore être gâtés, grâce à une croissance anticipée du free cash-flow de 10 milliards de dollars à horizon 2030. "Le retour à l’actionnaire devrait ainsi être supérieur à 45 % du cash-flow en 2024 et en 2025 et à plus de 40 % du cash-flow à travers les cycles", prévoit TotalEnergies. Autant dire que le futur projet de loi de finances pour 2025 qui pourrait contenir une taxation des rachats d’actions, déjà envisagée par l’ancien gouvernement l’année dernière, n’effraie pas le président-directeur général du groupe, Patrick Pouyanné. "Il m’est difficile de m’y opposer (à la mise en place d’une taxe sur les rachats d’actions, ndlr), car c’est ce qui se passe avec la fiscalité américaine", a-t-il répondu, interrogé sur le sujet. Selon lui, les bases de discussion auraient, "un niveau proche du taux de 1 % actuellement appliqué aux États-Unis". Quant à la perspective que l’entreprise soit impactée par un impôt sur les bénéfices exceptionnel et temporaire (annoncé par le Premier ministre, Michel Barnier, lors de son discours de politique générale ce mardi), le patron de TotalEnergies ne semble pas plus inquiet : "il serait assez limité pour TotalEnergies. Je ne m’attends pas à ce qu’il y ait beaucoup d’impact pour nous", a-t-il ajouté.
Des projets à bas coût
En attendant, le groupe maintient son cap et ne change pas de stratégie. Malgré un contexte de prix bas de l’énergie, la compagnie a gardé le même mot d’ordre que l’année dernière : "plus d’énergie, moins d’émissions, plus de free cash-flow". Une stratégie basée, rappelons-le, sur deux piliers, les hydrocarbures pour répondre à la demande et au développement de l’électricité bas carbone, tout en s’employant à dérisquer ses perspectives de croissance et de rentabilité pour limiter l’exposition de son portefeuille de ventes aux variations des marchés spot et se prémunir ainsi des cycles baissiers. "Le groupe reste sélectif dans ses projets avec un point mort sous les 20 dollars par baril et se bat pour maintenir ses coûts de production sous la barre des 5 dollars/bep (baril équivalent pétrole), les plus bas de l’industrie. Dans le gaz naturel liquéfié, conscient du risque de surplus sur le marché à partir de 2027 avec une vague de projets qui arrive, il a travaillé à contenir son point mort assez bas pour rester compétitif sous le seuil de 8 dollars/Mbtu. Le groupe arrive, en effet, à s’approvisionner à des coûts faibles pour les vendre en Europe sur une indexation TTF (Title Transfer Facility) et en Asie sur une indexation JKM (Japan Korea Marker) et Brent plus lucrative", constate Oddo BHF.
À compter de cette année et jusqu’en 2030, TotalEnergies prévoit une hausse de sa production globale d’énergie de 4 % par an, dont désormais environ 3 % par an pour les hydrocarbures (contre entre 2 et 3 % précédemment), principalement du gaz naturel liquéfié (GNL). "Sur les deux prochaines années 2025 et 2026, cette croissance sera supérieure à 3 % grâce au démarrage de plusieurs projets à forte marge (États-Unis, Brésil, Irak, Ouganda, Argentine, Malaisie, Qatar)", a prévenu l’entreprise. "La réalité est que la demande de pétrole augmente, d’un peu moins de 1 million de barils par jour et pour l’instant, nous ne voyons pas d’impact réel de la pénétration des technologies bas carbone", a justifié Patrick Pouyanné, confirmant ainsi les prévisions de l’OPEP (Organisation des pays exportateurs de pétrole) qui voit la demande de pétrole significativement augmenter de 17 % de 2023 à 2050.
Toujours 30 % de Capex dédiés à l’électricité
Et dans sa stratégie de transition, TotalEnergies mise toujours beaucoup sur le GNL. Ces dernières semaines, l’entreprise a multiplié les annonces traitant de contrats de fourniture de long terme de GNL en Turquie et surtout en Asie, avec 1,25 million de tonnes par an vendues à CNOOC jusqu’en 2034 en Chine ou de 200 000 tonnes par an à HD Hyundai Chemical en Corée du Sud jusqu’en 2033. TotalEnergies a également renforcé son intégration amont gaz aux États-Unis grâce à deux acquisitions d’actifs à faibles coûts. "Le gaz naturel est ainsi au cœur de la stratégie de transition de TotalEnergies, avec une forte croissance dans le GNL (+ 50 % entre 2024 et 2030) et le développement de l’intégration gaz-électricité en complément des renouvelables intermittents pour soutenir la rentabilité du business Integrated Power", a réaffirmé le groupe. Celui-ci s’attend d’ailleurs toujours à "au moins" 12 % de rentabilité (ROACE) à horizon 2028-2030 et à être net cash positif dès 2028. La compagnie a également confirmé que la croissance de la production d’électricité dépasserait 100 térawattheures en 2030, dont 70 % issus du renouvelable et 30 % sur base flexible. "Cela représentera près de 20 % de la production d’énergies de la compagne à cet horizon", a précisé l’entreprise.
Enfin, coté investissements, entre 16 et 18 milliards de dollars nets par an seront déployés sur la période 2025-2030 (au lieu de 2024-2028), dont environ 5 milliards seront encore consacrés aux énergies bas-carbone (soit 30 % des Capex du groupe).
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