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Démonstration de force pour Canal + à Londres / Un super agrégateur de contenus à la conquête des 100 millions d’abonnés
La journée chahutée pour le titre Vivendi à la Bourse de Paris ce lundi – il a terminé la séance parmi les plus fortes baisses du CAC 40 (-1,65 % à 8,94 euros) - n’aura pas entamé la confiance affichée de Maxime Saada, président du directoire de Canal +. La chaîne cryptée organisait, dans le même temps à Londres, sa journée investisseurs en vue de la scission des activités du groupe Vivendi et de sa prochaine introduction en Bourse, au London Stock Exchange, prévue le 16 décembre prochain. "Canal + est unique", a-t-il déclaré, en introduction, se félicitant qu’en 40 ans d’existence, le groupe ait su devenir "une référence mondiale des médias et du divertissement avec des positions leader sur des marchés à forte croissance et matures, où les heures de visionnage et la demande pour les contenus payants augmentent ".
Une agilité à toute épreuve
Pour le président du directoire, Canal + possède en effet plusieurs atouts. D’abord la diversité de ses contenus : cinéma, séries, sport, documentaires, diffusion des chaînes françaises gratuites, partenariats avec les plus grandes plateformes de streaming (Netflix, Apple TV, Max, Paramount, etc), disponibles à toute heure, peuvent satisfaire tous les membres d’un même foyer. " Ce business model, tel un super agrégateur, nous évite d’être dépendant d’une seule programmation", a expliqué Maxime Saada, prenant en exemple la crise sanitaire qui a mis à l’arrêt l’ensemble des compétitions sportives. Des confinements obligatoires que le groupe a su amplement gérer par son offre de films et de séries. "Notre agilité est un facteur différenciant majeur ", a-t-il insisté.
Si bien qu’aujourd’hui Canal + compte près de 27 millions d’abonnés (dont 16 millions hors de France et contre 15 millions en 2016), plus de 400 millions d’utilisateurs actifs mensuels. Le groupe opère dans 52 pays à travers la planète (contre 30 en 2016) et se classe numéro un des chaînes payantes dans 20 d’entre eux. En 2023, l’entreprise a enregistré un chiffre d’affaires de 6,2 milliards d’euros (+ 3 % par rapport à 2021), un Ebitda de 472 millions d’euros (+ 8 % sur la même période). Une dynamique de progression constatée partout où le groupe est présent.
Une visibilité d’abonnements garantie
Certes, les perspectives financières annoncées quelques heures plus tôt ont laissé les investisseurs sur leur faim. Pour l’exercice se terminant le 31 décembre 2024, le groupe prévoit une croissance de son chiffre d’affaires globalement en ligne avec celle de son exercice précédent. Par ailleurs, pour 2025, si une croissance organique est attendue, l’arrêt escompté de la diffusion de sa chaîne C8 ainsi que la résiliation de contrats de sous-licence et de contenus tiers en France, devraient affecter négativement le chiffre d’affaires. A moyen terme, et à périmètre constant, le chiffre d’affaires devrait croître de manière modérée, tout comme sa marge d’Ebit ajustée, ce grâce à l’optimisation des coûts, à l’amélioration de l’efficacité opérationnelle et à de la rentabilité des actifs récemment intégrés et transférés depuis Vivendi.
Mais la force de Canal + réside, selon l’équipe dirigeante, aussi dans sa capacité à comprendre les attentes de ses abonnés. "Un solide business model générant des revenus récurrents et nécessitant une discipline de coûts stricte. Nous payons le juste prix pour le bon programme tandis que le contrôle de la distribution de nos différentes offres (packs), nous donne la capacité de prédire les dynamiques de croissance", a expliqué Maxime Saada, rappelant que "46 % de nos abonnés le sont depuis plus de 10 ans et 25 % depuis plus de 20 ans ", s’est-il félicité.
Accélérer la mue internationale
Et Canal + voit encore plus grand. En Afrique et en Asie, par exemple, où Canal + comptait fin 2023 9,5 millions d’abonnés (+ 7 % depuis 2021) et enregistre un milliard d’euros de chiffre d’affaires (+ 8 % sur la même période), les perspectives de gains d’abonnés semblent immenses. "En Afrique, la démographie ne cesse de croître, tandis que l’électrification du continent (53 % en 2024) doit nous donner la possibilité de vendre encore plus d’abonnements. L’Afrique est définitivement une terre de croissance pour notre entreprise", a assuré Maxime Saada, qui fait de l’expansion internationale de Canal + une des priorités stratégiques du groupe. "Depuis 2015, ce sont 45 opérations de M & A que nous avons menées, aussi bien en production qu’en distribution, à l’instar de l’opération en cours sur MultiChoice, opérateur télé sud-africain en juin dernier. Il s’agit de l’opération la plus importante et la plus ambitieuse de l’histoire de Canal + destinée à nous faire changer de dimension sur le continent", a-t-il indiqué.
En Asie, la chaîne a aussi pris une participation dans la plateforme de streaming asiatique, Viu, dont elle possède 30 % du capital. "Notre ambition est d’acquérir 50 à 100 millions d’abonnés en Afrique et en Asie ", a-t-il annoncé, citant d’autres moteurs de développement comme Dailymotion, qui doit entrer dans le giron de Canal + dans le cadre du projet de scission, ou encore sa filiale de production, d’acquisition et de distribution audiovisuelles, Studiocanal. "En 2023, 81 % de nos revenus étaient tirés des abonnements, une proportion stable depuis 2021 (80 %)", a indiqué Amandine Ferré, directrice financière de Canal + depuis mai dernier. Et le le patron de Canal de souligner que c’est parce que "les deux-tiers de nos abonnements ne sont plus en France, que nous avons choisi de nous coter à Londres, le futur du secteur, le marché, les partenaires, les productions, étant en langue anglaise ".
Verdict le 9 décembre prochain
En attendant, le projet de scission de Vivendi doit encore être validé en assemblée générale le 9 décembre prochain, la société de gestion activiste Phitrust et le gestionnaire de fonds alternatifs CIAM (actionnaire de Vivendi depuis 2018 et détenant moins de 1 % du capital) ayant déjà recommandé de voter contre toutes les résolutions proposées. Pour mémoire, la scission prévoit également la cotation et le transfert du siège social d’Havas à Amsterdam, et la cotation de Louis Hachette Group (qui regroupera la participation de 66,53 % dans Lagardère et 100 % de Prisma Media) sur le marché Euronext Growth à Paris. A l’issue de la scission et après attribution des actions de différentes entités, le groupe Bolloré détiendrait environ 30,6 % du capital des trois nouvelles sociétés cotées.
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