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La réindustrialisation, ce corps en mouvement aux besoins de convictions / S'appuyer sur un effort collectif apparaît plus que jamais nécessaire

Foncier, compétences, transition écologique, innovation… recréer un tissu industriel français compétitif nécessitera d’activer de multiples leviers. La mécanique reste toutefois fragile, tant le secteur est soumis à la concurrence et aux aléas conjoncturels. Ce qui appelle à garder le cap et à ne pas se défaire des convictions concernant l’importance de la réindustrialisation, en mobilisant tous les acteurs capables de s’y atteler. Car après plusieurs années d’embellie sur ce front, les temps à venir pourraient peut-être se révéler moins favorables.
 (Photo by Benoit Pavan / Hans Lucas / Hans Lucas via AFP)
(Photo by Benoit Pavan / Hans Lucas / Hans Lucas via AFP)

Les mesures de l’avancée de la réindustrialisation française tombent régulièrement au compte-goutte. Part de la valeur ajoutée dans le produit intérieur brut, emplois, investissements, créations d’usines… des données qui restent néanmoins toujours à mettre en perspective. "L’industrie, c’est le temps long", a rappelé Olivier Mousson, le président de la Société d’Encouragement pour l’Industrie Nationale (SEIN), à l’occasion de la présentation de la deuxième édition du baromètre "L’industrie en mouvement".

Une étude dévoilée au lancement de la semaine de l’industrie nationale et réalisée par la SEIN, de concert avec plusieurs acteurs engagés sur la thématique : la Banque des Territoires, Bpifrance, l’Agence nationale de la cohésion des territoires, Territoires d’industrie, Business France, le tout avec les éclairages économiques de l’institut Rexecode. De quoi faire un point d’étape sur ce grand objectif économique et politique à l’aide des données récoltées en 2023 et déceler quelques nouvelles encourageantes.

Car la mécanique de désindustrialisation de la France semble bien avoir marqué le pas. Après la chute du poids de l’industrie dans son PIB, de 14,4 % en 2000 à 9,7 % en 2023, avec un décrochage concentré au début de la période, les premières données trimestrielles de l’année 2024 tendent à confirmer une stabilisation autour de 9,5 %. De même, après avoir fondu de 26 % entre 2000 et 2017, le nombre d’emplois dans l’industrie manufacturière s’est repris de 3 % de 2017 à 2023.

 

Rester flexible

 

Et alors que les ouvertures d’usines en France se modèrent depuis le début de 2024, elles se sont reprises de 10 % entre 2017 et 2023. La multiplication des start-ups industrielles, pourrait aussi venir leur donner davantage d’élan : 60 sites industriels avaient été inaugurés par des jeunes pousses du secteur l’année dernière, ce qui représente un bond de 71 % sur un an.

Mais recréer un tissu industriel nécessitera aussi forcément des capacités d’adaptation, a observé Paul-François Fournier, le directeur exécutif Innovation de Bpifrance : les nouvelles usines qui se créeront entraîneront un besoin d’apprentissage de nouveaux savoir-faire sur l’ensemble des chaînes de valeur, tout en allant chercher de nouveaux marchés. Faisant notamment le parallèle avec l’éclatement de la bulle internet au début des années 2000, il a poursuivi : "À l’époque, les modèles économiques n’existaient pas. Pourtant, les Américains ont continué à investir. Cela nécessite de fortes convictions. Les start-ups et les PME ne referont pas les mêmes usines, c’est un élément central à prendre en compte". Le titre de l’étude le rappelle bien : l’industrie est un corps en mouvement, entraînant logiquement une dynamique non tracée quant à son avenir. 

 

De nouveaux tourments

 

De fait, le contexte économique a changé. Les difficultés de certains grands industriels français ont été mises en lumière ces derniers temps, ce qui n’augure rien de bon pour l’ensemble de leurs filières et sous-traitants. L’incertitude politique qui règne en France depuis la dissolution de l’Assemblée nationale en juin dernier met, de plus, l’attractivité du pays à mal, soulignait un rapport du cabinet d’EY paru mercredi. Si la trajectoire venait à se confirmer, cela pourrait pénaliser l’industrie française : près de la moitié des décisions d’investissement prises l’an passé concernaient le secteur, a rappelé Sandrine Coquelard, directrice des expertises juridiques et économiste pour l’attractivité des investissements Business France. La récente élection de Donald Trump et d’éventuelles nouvelles barrières douanières à venir pourraient aussi perturber les perspectives d’exportation des entreprises françaises, tout en renchérissant celles d’une concurrence chinoise qui pourrait s’accroître en Europe.

Si l’industrie nécessite de s’apprécier sur un temps long, Denis Ferrand, le directeur général de Rexecode a donc néanmoins rappelé qu’il pouvait aussi se retrouver raccourci. Et notamment au regard des stratégies d’hégémonie industrielle menées par les États-Unis et la Chine. Ce qui appelle donc à desserrer certains étaux le plus rapidement possible. "La compétitivité est le mot revolver", a-t-il poursuivi, pointant à quel point la capacité des entreprises françaises et européennes à produire dans des conditions de coûts leur permettant de faire face à la concurrence internationale était primordiale.

En creux, forcément, la question de la pression des prix de l’énergie, celle de la fiscalité du secteur récemment étudiée par l’institut ou bien du coût du travail. Celui dans l’industrie française est de 46,3 euros à l’heure : un niveau bien supérieur à ceux enregistrés en Espagne ou en Italie, mais légèrement inférieur à celui de l’Allemagne. C’est en fait la compétitivité du rapport entre le niveau de gamme et les coûts de production qui permet réellement de renforcer la viabilité de l’industrie, souligne l’étude. Encore faudra-t-il avoir de quoi faire tourner l’industrie française à l’avenir, puisque cette dernière va devoir faire face à 966 000 départs liés aux fins de carrière d’ici à 2030. Certes, le secteur propose en moyenne une rémunération supérieure d’environ 15 % par rapport aux autres, mais le travail devra sûrement s’organiser plus en amont.

 

Des enjeux à plusieurs facettes

 

"Pour attirer et conserver les talents, il faut plus d’attractivité. La rémunération supérieure à celle des autres secteurs fonctionne, mais il reste la question de la formation, qu’il faut prendre en compte tout au long de sa chaîne. Le taux d’évaporation [soit les jeunes formés aux métiers industriels qui ne s’inséreront pas sur le marché du travail dans des métiers correspondant à leur formation, ndlr] est aujourd’hui de 50 %, cela signifie que l’État investit plusieurs milliards d’euros dans ces formations, qui partent ensuite ailleurs", a expliqué Bénédicte Fauvarque-Cosson, administratrice générale du Conservatoire national des Arts et métiers.

Et de poursuivre : "Il faudrait ouvrir des passerelles permettant de s’orienter vers des carrières scientifiques par la suite. L’enjeu de la réindustrialisation ne concerne pas seulement la formation initiale, mais aussi celui de la cohésion des territoires : l’industrie ce sont des start-ups, des TPE, des PME. Il est aussi environnemental. Le "Made in France" est écologique. Et enfin, il concerne la souveraineté, et pas seulement sur le front économique".

Preuve, une fois de plus, de la mouvance du secteur, Anaïs Voy-Gilis, industrielle et directrice du programme Renaissance Industrielle l’a indiqué : la désindustrialisation n’est pas une fatalité, comme le prouve l’exemple de vallée de la batterie en plein essor à Dunkerque, dans une région ayant pourtant autrefois subi de plein fouet les fermetures d’usines. Le fruit notamment d’un travail de collaboration entre acteurs publics et privés, qui sera plus que nécessaire au soutien de cette dynamique. "L’industrie est une histoire collective. Nous ne réindustrialiserons pas la France si nous n’y allons pas ensemble, à marche forcée", a pointé Olivier Mousson.

 

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