Sur les marchés
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Pourquoi Arverne Group a transféré sa cotation vers le compartiment général d’Euronext Paris / Associer des actionnaires individuels à un projet entrant dans une nouvelle phase
Deux mois après avoir fêté le premier anniversaire de son introduction en Bourse au travers de son rapprochement avec le SPAC Transition, Arverne Group a donné une nouvelle impulsion à son histoire boursière, en transférant sa cotation du compartiment professionnel vers le général d’Euronext Paris. Une offre réalisée à un prix de souscription de 3,80 euros par action et qui s’est clôturée avec succès. L’intégralité des actions existantes offertes a bien été placée dans le marché et la demande totale a représenté près du double de l’offre initiale.
"Notre titre avait jusqu’ici peu vécu, dans la mesure où il n’y avait pas beaucoup d’échanges", remarque auprès de WanSquare le fondateur et président-directeur général du spécialiste de la production des ressources renouvelables du sous-sol, Pierre Brossollet. Mécaniquement, le flottant de son capital s’élève désormais à près de 20 %. Pour le reste, les actionnaires historiques de l’entreprise (Ademe Investissement ou Renault, entre autres), détiennent 20,6 % du capital, tandis que les fondateurs conservent 21,5 % des parts. "Cette opération a vocation à donner de la visibilité à nos projets. Nous avons des ambitions élevées, qui reposent sur des initiatives de territoire. C’est inscrit dans notre ADN. Le compartiment général est donc mieux adapté, car nous avons la volonté d’embarquer de nouveaux investisseurs et d’aller toucher une sphère d’actionnaires individuels. Et d’ailleurs, ce sont ces derniers qui nous ont principalement rejoints au travers de cette offre", poursuit-il.
Car Pierre Brossollet l’assure : les activités de l’entreprise qu’il dirige sont essentielles à la transition énergétique et au développement des activités qui y contribuent (comme les véhicules électriques), répondent à des enjeux de souveraineté en termes d’indépendance en énergie ainsi qu’aux minerais critiques et valorisent les territoires. "L’Etat, au travers d’Ademe Investissement, plusieurs grands industriels ou encore le Crédit Mutuel Equity nous ont fait confiance. Mais le projet concerne aussi les investisseurs individuels, dans la mesure où il repose sur un socle de circuit-court. La chaleur que nous allons produire sera déployée localement et permettra aux individus, comme aux collectivités et aux industriels, de disposer d’une énergie abondante, renouvelable, sans intermittence, et capable de produire de la chaleur et du froid", observe Pierre Brossollet.
Faire lumière
"Nous entrons dans une nouvelle phase, qui est celle des opérations industrielles. Tout ceci a été mûrement réfléchi et préparé avec le soutien de nos actionnaires ", assure-t-il. Pour mémoire, le groupe divise son activité autour de trois piliers : Lithium de France, qui vise à extraire de la chaleur et du lithium bas carbone des eaux géothermales alsaciennes, notamment en vue d’alimenter les batteries électriques ; l’extraction de chaleur par géothermie à destination des collectivités et des industriels 2gré ; et enfin les activités de forage, réalisées pour le moment pour compte de tiers qui permettent de générer du chiffre d’affaires et de sécuriser l’outil industriel pour les futurs forages du groupe.
"Les cash flows que nous tirons du forage sont un outil au bénéfice de nos projets futurs", explique Pierre Brossollet, qui prévoit que la production de volumes en 2024 permettra au groupe de tirer de 16 à 18 millions d’euros de chiffre d’affaires, soit une croissance comprise entre 35 % et 50 %. L’exécution de nouveaux contrats sécurisés, notamment avec le groupe ADP devrait l’aider à y parvenir. D’autant que depuis le début de l’année, Arverne Group a franchi plusieurs jalons stratégiques ouvrant la voie à un rapprochement de l’atteinte de ses objectifs de production. Lithium de France, sa filiale implantée en Alsace du Nord reste par exemple pour l’instant en phase d’investissements.
Mais ses débouchés se précisent toujours plus. Déjà, sur le plan commercial, un premier contrat d’approvisionnement pour sa production future a été conclu lors de son IPO avec Renault. Surtout, à l’occasion de ses résultats semestriels, le groupe annonçait avoir finalisé une étude de préfaisabilité validant une étape importante vers le lancement de la phase industrielle de production du lithium. Les coûts identifiés positionnent son projet dans le premier quartile au niveau mondial tandis qu’un nouveau permis lui aussi a été octroyé en Alsace, conjointement au dépôt de deux nouvelles demandes de permis exclusifs de recherche. Ces étapes permettent à l’entreprise de préparer le lancement, dès 2025, de l’étude de faisabilité définitive. La première production de lithium est envisagée pour 2028.
Marge de progression
2gré vise quant à elle sa première production de chaleur géothermale à l’horizon 2026. "La géothermie représente aujourd’hui 1 % de la chaleur produite à l’échelle nationale, le potentiel de progression est immense. L’importance des ressources de sous-sol est sous-estimée, alors que le territoire français est particulièrement propice", pointe Pierre Brossollet. De quoi également rester concentré sur les objectifs à plus long terme et notamment sur le plan financier. En 2031, le groupe prévoit que son chiffre d’affaires devrait tutoyer le milliard d’euros tandis que l’activité sera rentable, avec une marge d’Ebitda courant de l’ordre de 70 %.
Tout ceci nécessite évidemment de garder le cap, surtout en matière d’investissement. L’enveloppe de deux milliards d’euros à déployer d’ici à 2031 reste d’actualité. "En 2024, nous visons de déployer un total de 50 millions d’euros d’investissement. Cela va notamment nous permettre de multiplier les forages. À l’occasion de notre IPO, nous avons levé 163 millions d’euros, nous avons donc des fonds propres et pourrons bénéficier aussi de subventions et de divers leviers de financements, européens et nationaux, par exemple au travers du Fonds chaleur de l’Ademe, mais aussi au niveau local", observe Pierre Brossollet.
Certes, se positionner sur des secteurs ou des filières en plein développement peut faire planer quelques craintes quant à la visibilité future. Les prix du lithium restent par exemple sous pression, du fait d’un déséquilibre entre l’offre et la demande. Mais un ajustement ce niveau est à prévoir, ce qui devrait soutenir leur redressement. Les prix futurs valident en tout cas la viabilité du projet de Lithium de France, dans les temps impartis du calendrier prévu. Qu’il s’agisse donc de la production de chaleur ou de lithium géothermal, le dirigeant est bien confiant quant à l’avenir des marchés sur lesquels son groupe s’inscrit. "Cela relève d’une question de souveraineté et dans tous les cas, il n’y aura pas le choix. La transition énergétique est un impératif et nécessite qu’on y apporte toutes les solutions. Le contexte n’est pas des plus évidents, mais notre modèle nous permet d’être idéalement positionnés grâce à une présence sur toute la chaîne de valeur, de l’analyse, au forage jusqu’à la commercialisation de notre production", assure Pierre Brossollet.
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