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IA générative : de l’importance de développer des modèles de filières / Une chance pour l'Europe de tirer parti de ses qualités
L’union fait la force est un dicton applicable au domaine de l’intelligence artificielle (IA) générative. L’Europe et tout particulièrement la France ne sont pas en reste s’agissant de produire des talents ou des start-ups en pointe en la matière. Mais à plus grande échelle, un coup d’accélérateur semble bien nécessaire pour ne pas prendre un retard qui se révélerait irrattrapable. Car cette rupture technologique fait de nouveau émerger des questions qui avaient pris de court les entreprises à l’arrivée d’internet il y a plusieurs décennies : comment ne pas rester de simples consommateurs de technologies étrangères ? Les acteurs qui les créent vont-ils de nouveau capter la valeur des filières européennes grâce à la donnée ? C’est en ce sens que le think tank présidé et fondé par le directeur général délégué de la Caisse des Dépôts Olivier Sichel, le Digital New Deal, a publié le rapport "IA générative : s’unir ou subir", en collaboration avec le Medef. Une étude qui propose une stratégie claire. Celle, pour les entreprises, de capitaliser sur leurs propres données tout en créant une coopération grâce à des modèles de filières. Et ceci notamment au travers de "data space".
"Le data space est un groupe d’organisations – privées ou publiques – qui se rassemblent volontairement pour partager de manière standardisée, décentralisée et sécurisée, des données personnelles et non personnelles. Ce n’est pas de l’open data, car les détenteurs des données maîtrisent ce qu’ils partagent", a expliqué Olivier Dion, co-auteur du rapport, à l’occasion d’une table ronde organisée par le Medef. Des initiatives soutenues par l’Europe sur le plan financier, au travers d’une enveloppe de plusieurs milliards d’euros, dépensée pour l’heure dans 14 filières prioritaires. D’autres sont en cours de reconnaissance, à l’instar de la filière juridique ou de celle du spatial. Au niveau des États membres, les appels à projets "espace de données" opérés par Bpifrance dans le cadre de France 2030 peuvent aussi y répondre.
Par exemple
Il faut dire que l’Europe semble bien être un terrain favorable à ce type de projets, alors même que ces stratégies peuvent profiter de la réglementation encadrant les données. "En 2020, après la mise en application du RGPD, nous sommes passés d’une logique de régulation défensive, visant à contenir des géants que nous ne créons pas, à celle d’une régulation offensive, soit de proposer une alternative européenne axée sur la création de valeur. Cela s’est traduit dans la feuille de route stratégique européenne pour les données, qui mettait à l’honneur le concept de "data space", a expliqué Olivier Dion. Un concept qui permet ainsi de tendre vers un marché unique du numérique et de rendre interopérables toutes les données au travers des filières (et des frontières) afin de créer de la valeur collective. S’ensuivirent le Data Governance Act et le Data Act, ayant créé un cadre de confiance pour le partage de données. Et puis, a rappelé Olivier Dion, l’Europe est structurellement mieux positionnée pour s’installer dans des modes de coopération, là où les États-Unis ont plutôt tendance à produire des champions prenant le dessus sur l’ensemble des filières.
De quoi faire émerger un certain nombre de consortiums, comme le data space tourisme et mobilité Eona-X, qui regroupe par exemple Accor, Aéroports de Paris (ADP), Air France-KLM, Renault, SNCF… en son sein a d’ailleurs émergé Gen4Travel, un projet qui vise à créer une boîte à outils commune d’IA générative. "Nous sommes des entreprises connexes, nous avons les mêmes clients et les mêmes usagers mais ne figurons pas dans la même chaîne de valeur. Sur un seul voyage, on peut utiliser les services d’ADP, d’Air France-KLM et de la SNCF, il y a donc une vraie valeur à articuler les services que l’on rend et à masquer la complexité des opérations", a expliqué le directeur des systèmes d’information d’ADP, David Krieff.
Si un voyageur empruntant le train puis l’avion voyait une de ses correspondances annulée, la mise en connexion de toutes ces entreprises et l’utilisation de leurs informations réelles, permettrait d’avoir à disposition différentes options de secours. Et tout ceci au travers de la plateforme unique, Gen4Travel. "La vertu du modèle de langage est que la première interaction se fait sous forme de langage naturel. Une fois le choix fait, le modèle d’agents va mettre en musique et coordonner la suite des étapes, en proposant un hôtel, un train ou autres options", a illustré David Krieff.
La course d’après
En clair, a expliqué Michel-Marie Maudet, co-auteur du rapport également, "les agents sont capables de réaliser des tâches, de coopérer entre eux, voire de prendre des décisions d’orchestration semi-automatiques ou automatiques". Une fois ancrés aux architectures des organisations, ces modèles agentiques utilisent des données certifiées de confiance. De fait, il est estimé que 80 % des données de qualité se situent derrière les murs des entreprises, ce qui constitue un intérêt majeur pour développer des algorithmes. "L’objectif est de rendre l’expérience la plus fluide possible pour l’utilisateur, cela lui enlève toutes les frictions de se connecter à une application", a poursuivi Michel-Marie Maudet.
Une vraie chance à saisir pour les entreprises françaises et européennes. Car Arno Pons, co-auteur du rapport et délégué général du Digital New Deal, l’a expliqué lors de son propos d’introduction. "Il faut être pragmatique et ne pas faire la course au gigantisme des grands modèles de langage (LLM). Nous sommes déjà dans le post LLM, Yann LeCun (l’ingénieur français en charge de l’IA chez Meta, ndlr) le dit lui-même : les LLM sont déjà des produits. De plus, ils nécessitent d’aller capter des données du web, donc en termes éthiques ou de capitaux, ce n’est pas à notre portée. Il faut aller dans la course d’après, celles des Large Action Models, le phénomène d’agentification". Rester pragmatique nécessite aussi, évidemment, de se concentrer sur les bénéfices que les entreprises pourront tirer de ce type de coopération. "Tout ceci ne fonctionnera que si l’on a créé un écosystème dans lequel les entreprises arrivent à trouver des cas d’usage rentables. L’intérêt économique est une énergie renouvelable, cela entretient un mouvement durable. Lorsque l’on produit quelque chose pour lequel les gens sont prêts à payer, c’est que l’on a gagné", a assuré David Krieff.
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