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Bernard Charlès partage sa vision du nouveau monde industriel / Le président du conseil d’administration de Dassault Systèmes s’explique aussi sur le dossier Atos
Cela faisait des mois que la Commission des affaires économiques du Sénat tentait d’auditionner Bernard Charlès, président du conseil d’administration de Dassault Systèmes. Il faut dire que sa parole est rare. Ce mercredi matin, les sénateurs ont donc pu l’interroger sur certains sujets d’actualité, profitant ainsi de son expérience en matière industrielle.
A l’origine de toutes les grandes révolutions
De fait, celui qui se définit comme "arrivé par accident chez Dassault Systèmes, une petite start-up malgré son nom, dans le cadre de son service militaire en tant que scientifique ", devenu directeur général, puis président-directeur général avant de passer les commandes de l’entreprise, le 1er janvier dernier, à Pascal Dalloz, est un pionnier des révolutions industrielles numériques. "Ce qui a changé l’avenir de Dassault Systèmes est que j’ai pris le parti de gagner d’abord à l’international pour pouvoir convaincre les clients français. C’est une question de compétitivité. Ce fut un choix délibéré de ma part", a-t-il expliqué. Une conquête des meilleurs industriels dans le monde qui a d’abord conduit le groupe, à conclure, en 1986, un partenariat avec Boeing pour construire le premier avion à partir d’une maquette numérique (le 747-400, symbole de l’aéronautique mondial). "Un programme de 6 ans, qui a nécessité 13 milliards d’euros d’investissement. Un choc pour les industriels même si nous n’avons rien gagné en termes de temps et de coûts puisqu’il a fallu ajouter les coûts de formation et de transformation des organisations ", a-t-il indiqué, se félicitant que "pour la première fois de l’histoire de l’humanité, une représentation virtuelle dépasse la capacité de l’homme à observer un objet final".
Les meilleurs industriels du monde pour clients
Autre point de basculement : le partenariat avec Toyota dans les années 1990 pour numériser les systèmes de production, ou en 2019, avec le rachat de la société américaine Medidata (pour 6 milliards de dollars) pour développer des jumeaux numériques dans le domaine de la santé. Une acquisition qui s’avérera d’autant plus judicieuse (sans évidemment le préméditer) avec l’apparition du Covid-19 un an plus tard, permettant à Dassault Systèmes de devenir la première plateforme mondiale pour tous les essais cliniques dans la recherche d’un vaccin. Si bien que "cette petite start-up, à travers ses coopérations audacieuses, dans la science et la technique, est devenue numéro un mondial du logiciel, secteur pourtant dominé par les Américains", a fait observer Bernard Charlès, expliquant qu’aujourd’hui "92 % du chiffre d’affaires du groupe était réalisé à l’international et que plusieurs milliers de milliards de développements industriels dans le monde s’appuyaient sur les logiciels de Dassault Systèmes, de tous les avions du monde, à 80 % des véhicules automobiles, 70 % des équipements médicaux et 80 % des essais de nouvelles thérapies, en passant par beaucoup de satellites et de systèmes sensibles, les téléphones… jusqu’aux bouteilles de shampoing. Notre présence mondiale est colossale", a-t-il détaillé, citant le géant Procter & Gambler parmi les plus importants clients de l’entreprise, qui en compte 360 000 dans le monde. "Et les meilleurs du monde dans à peu près tous les secteurs d’activité ", a souligné le président du conseil d’administration.
Une question de souveraineté
Parmi eux, un certain Elon Musk, récemment nommé par Donald Trump directeur du tout nouveau département de l’efficacité gouvernementale, censé notamment réduire drastiquement le nombre de fonctionnaires fédéraux. "Reste à savoir ce que fera Elon Musk mais je fais confiance à l’administration américaine même s’il nous faudrait un peu de cette simplification en Europe", a commenté Bernard Charlès. D’ailleurs, le président de Dassault Systèmes s’est montré critique vis-à-vis des instances européennes. "Sur l’Europe, l’on ne s’y prend pas très bien. On fait la régulation avant de penser à l’offre. On pense aux consommateurs plutôt qu’à la compétitivité des entreprises. La régulation est certes une bonne idée mais elle doit être imaginée en correspondance avec l’évolution de l’offre. Si elle est dictée trop tôt, elle peut tuer l’offre", a-t-il estimé, prenant également l’exemple de la cybersécurité. "Pendant nos travaux sur les essais cliniques, nous avons fait l’objet, pendant quelques mois, de 70 % des attaques cyber aux Etats-Unis. C’est la NSA, l’agence de sécurité américaine, qui m’a aidé à stopper les intrus et j’ai vu comment une agence puissante fonctionnait. Pendant ce temps-là, en Europe, certains politiques déclaraient qu’il n’y avait pas d’augmentation des attaques cyber. Moralité : quand on ne voit pas, on ne sait pas prendre les dispositions pour protéger les entreprises. Sur ce sujet non plus, pourtant de souveraineté, l’Europe n’est pas très sérieuse, les standards ne sont pas d’assez hauts niveaux, et elle fait trop de compromis avec les géants de la Tech américaine pour ne pas perdre en innovation. Il s’agit d’un raisonnement trop court", a jugé Bernard Charlès, plaidant également pour un maintien, en France, du mécanisme fiscal du " Patent Box" sur les brevets dans le cadre du projet de loi de finances pour 2025 et du crédit d’impôt recherche. "Je remercie la France qui nous a permis de mettre en œuvre des projets que nous n’aurions pas pu réaliser sans ce dispositif. Celui-ci présente néanmoins, à mes yeux, un défaut : il est mal pointé, il faudrait être plus sélectif et viser les vrais bras de leviers", a-t-il déclaré.
Atos n’est pas calibré pour Dassault Systèmes
Enfin, alors qu’une sénatrice l’interrogeait sur un possible investissement de Dassault Systèmes sur Atos, le président du conseil d’administration a dit avoir attentivement étudié le dossier. "L’idée aujourd’hui est de trouver les activités les plus sensibles pour les affecter là où elles feront le plus de sens. Mais elles sont si pointues qu’elles n’entrent pas dans le périmètre de Dassault Systèmes", a-t-il répondu, confiant "avoir de la peine pour Atos, une entreprise qui aurait dû préparer sa transformation il y a 20 ans".
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