Jean-Jacques Barbéris fait de la haute couture chez Amundi
Jean-Jacques Barbéris a quitté l’Elysée le 10 mai 2016. Timing hautement symbolique pour ce passionné d’Histoire puisqu’il s’agit de la date de la première élection de François Mitterrand, mais aussi du jour de naissance de son fils, Clément. Une arrivée qui a permis à ce jeune père d’atterrir sans à-coup après ces quatre années passées en cabinets. L’ex-conseiller de François Hollande a également endossé un nouveau rôle opérationnel dans le privé à la hauteur de ses attentes, c’est-à-dire « tout sauf un poste d’Enarque ». Notre interlocuteur a en effet intégré en juin Amundi où il est devenu directeur en charge des relations avec les banques centrales et les fonds souverains.
En quoi consistent ses nouvelles fonctions ? Jean-Jacques Barbéris, 36 ans, a pour mission de développer sa clientèle. Laquelle a pour caractéristique d’être très internationale, de représenter des entités de taille importante ou encore d’être extrêmement sophistiquée. Il se doit ainsi d’apprendre à connaître les besoins de ces grands investisseurs et de leur proposer des solutions au regard de leurs objectifs. Ce qui pousse Amundi à créer de nouvelles formes de gestion plutôt que de vendre des produits préfabriqués. « On est plus dans la haute couture que dans le prêt-à-porter », résume le dirigeant. La pratique étant très réglementée, sa maison répond à des appels d’offres pour se frayer un chemin dans cet univers très concurrentiel. « Les oraux des appels d’offres me remettent dans les conditions des concours ! », schématise Jean-Jacques Barbéris, qui confie être compétiteur dans l’âme et donc très mauvais perdant.
Faire du sur-mesure
Que ses clients soient basés en Asie, en Europe ou en Amérique du Sud, Jean-Jacques Barbéris constate chez eux des sujets de préoccupation communs. Les taux d’intérêt passablement bas obligent la plupart des investisseurs à repenser leur allocation d’actifs, que ce soit en diversifiant ou en faisant évoluer les maturités. En outre, les critères environnementaux, sociaux et de gouvernance (ESG) ne sont plus seulement vus comme la base d’investissements éthiques mais comme des opérations justifiées financièrement. Chez Amundi, dont 95% des fonds sont ESG, « par exemple nous avons développé une solution de décarbonation des portefeuilles qui revient à offrir à nos clients une option gratuite de couverture contre un risque qui peut se matérialiser », précise Jean-Jacques Barbéris.
Les grands investisseurs attendent également des conseils de la part des gestionnaires d’actifs. Ces derniers doivent notamment développer des capacités de formation pour que leurs clients apprennent à gérer eux-mêmes. Enfin, autre (mais cette fois nouvelle) caractéristique : l’évolution très récente des zones de méfiance. « Pendant des années, on a entendu parler des besoins de couverture des risques politiques dans les pays émergents. Aujourd’hui, les investisseurs cherchent à se couvrir contre les risques politiques dans les pays développés », souligne Jean-Jacques Barbéris, qui préconise par exemple de s'armer contre la volatilité.
L’ex-conseiller est également membre du comité exécutif d’Amundi. Un lieu plein d’émulation, notamment en cette période de finalisation du rachat de Pioneer, filiale de gestion d’actifs d’UniCredit. Cette acquisition va permettre au plus grand gérant européen de continuer à peser à l’international face aux mastodontes américains. Ainsi de son fauteuil, Jean-Jacques Barbéris, qui voyage énormément, a « la chance de voir comment la mondialisation évolue ». Autant d’ingrédients qui lui permettent d’être challengé intellectuellement.
Un cursus honorum
Car c’est bien de cela dont notre interlocuteur, fils de professeurs et qui a d’ailleurs lui-même enseigné, a besoin. Diplômé de Normale Sup, un master et une agrégation d’histoire en poche, Jean-Jacques Barbéris, est également passé par l’IEP de Paris. A sa sortie de l’ENA (promotion Aristide Brian, 2008), il choisit d’intégrer le Trésor. Il y travaillera notamment sur les questions financières et environnementales avant de rallier le bureau marchés financiers en cette période de réglementation post crise. « J’aime sortir de ma zone de confort. Les questions financières étaient un peu éloignées de mon ADN de base », explique Jean-Jacques Barbéris. Puis en 2012, et parce qu’il avait travaillé comme argentier lors de la campagne présidentielle, Pierre Moscovici lui propose de le rejoindre à Bercy en tant que conseiller. Il planchera alors sur les questions financières et sur la création de la Banque publique d’investissement. « La BPI, c’est d’abord le projet de Nicolas Dufourcq mais c’est aussi un peu le mien », estime Jean-Jacques Barbéris. Enfin, en 2013, celui qui est surnommé le petit Mozart de l’économie (à ne pas confondre avec le Mozart de la finance, surnom donné en son temps à Jean-François Hénin), prendra le poste de chargé des affaires économiques et financières nationales et européennes à l’Elysée.
S’il reste fidèle à son Président, Jean-Jacques Barbéris ne s’est pas pour autant lancé dans la campagne de 2017 et a préféré quitter les arcanes du pouvoir avant l’entrée dans cette nouvelle phase. Celui qui n’a jamais été encarté a toutefois gardé une activité parapublique. Il est devenu l’an dernier président du think tank indépendant En Temps Réel, prenant ainsi la suite de Stéphane Boujnah, patron d’Euronext. Ce groupe de réflexion -qui tient à sa neutralité- regroupe aussi bien des universitaires, que des représentants d’entreprises ou de la société civile, tels que Bernard Spitz (FFA) ou Gilles de Margerie (Humanis). « Nous faisons un travail d’anticipation sur les grandes questions et à partir des sciences sociales », poursuit Jean-Jacques Barbéris.
En Temps Réel fonctionne par cycles. L’entité s’est ainsi penchée sur Daesh et compte approfondir sur la question des migrations internationales ou encore réfléchir au libre-échange de demain dans le cadre de la mondialisation et du mouvement de dé-globalisation actuellement en marche. Entre sa nouvelle vie professionnelle, le temps libre consacré à son fils puis à son think tank, Jean-Jacques Barbéris essaie de se dégager quelques plages horaires pour lire, notamment des ouvrages dédiés à la période de la Restauration, son sujet de prédilection. Il pratique également le vélo, à l’instar d’Yves Perrier, son nouveau patron.
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