Deutsche Bank : sitôt nommé, sitôt dit, sitôt fait
Il n’aura pas fallu attendre longtemps pour savoir quelle direction le nouveau patron de Deutsche Bank entend prendre. Le 8 avril, l’établissement allemand annonçait le départ de son CEO et le remplacement immédiat de ce dernier par Christian Sewing, un homme venu de la partie retail. Point de son CV qui laissait entendre que l’orientation donnée à la première banque allemande n’irait pas dans le sens de l’entité d’investissement, laquelle n'est plus une locomotive. Et cela se révèle vrai. Deutsche Bank a en effet indiqué ce matin qu’elle allait faire des coupes dans sa BFI. Le but étant de renouer avec les bénéfices, après trois années de pertes.
Pour ne rien arranger, ce matin Deutsche Bank a fait état d'une chute de ses résultats financiers au premier trimestre. Son bénéfice net s'est effondré de 79% sur un an pour atteindre 120 millions d'euros, tandis que le chiffre d'affaires a reculé de 5% à 7,0 milliards d'euros. Ce que Deutsche Bank attribue à un euro fort face au dollar et un recul des recettes de la banque d'investissement.
Il fallait d’autant plus s’attendre à des coupes pour CIB qu’au moment de sa nomination, Christian Sewing, avait déclaré dans un mémo aux collaborateurs : "Dans notre banque de financement et d'investissement (...) nous allons devoir adapter un peu plus notre structure de revenus, de coûts et de capital". Le groupe "va minutieusement analyser comment il veut positionner ce pilier (...) dans un environnement de marché difficile". Les annonces du jour ont écho au baptême du feu de son prédécesseur, John Cryan, qui avait aussi présenté ses projets quelques temps après sa nomination en 2015. Il avait alors notamment expliqué qu’il scinderait la banque d'investissement en deux unités distinctes à compter de janvier 2016 : avec d'un côté la banque d'affaires et de l'autre les activités de vente et de trading.
Comment le nouveau CEO de Deutsche Bank voit-il, lui, la suite ? La banque souhaite avoir des "sources de revenus plus stables et renforcer ses lignes de métiers cœur". D’ici 2021, 50% des profits devraient être le fruit de sa partie private & commercial et de l’entité gestion d’actifs. "En ajoutant les revenus de Global Transaction Banking, la part de revenus plus stables devraient être de l’ordre de 65%", ajoute le communiqué. D'ailleurs, à l'international, sur la partie private & commercial, Deutsche Bank souhaite se concentrer sur les marchés italien et espagnol, tandis que la gestion de fortune va chercher à se développer en Allemagne et à l'international.
Du côté de CIB, Deutsche Bank souhaite se recentrer sur la gestion internationale des paiements et le négoce des devises. "Nos racines sont en Europe - nous voulons offrir des solutions de financement globales aux entreprises et aux clients institutionnels", a commenté Christian Sewing. L'accent va être mis sur les clients du Vieux Continent notamment dans l'accompagnement d'émissions ou le financement d'opérations par exemple. La banque va aussi réduire la voilure sur certaines activités de trading actions et de prêts, qui ne rapportent pas suffisamment pour justifier les coûts et les risques. Comme cela est le cas aux Etats-Unis et en Asie. Des mesures pour baisser les dépenses, notamment avec des suppressions de postes - pas encore chiffrées - sont également sur la table.
Outre le volet business, Deutsche Bank revoit également la composition de ses instances. Le directoire s’est accordé sur des mesures court et moyen-terme afin d’aider à réduire le base de coûts. Ainsi, de 12 membres, le conseil va-t-il passer à neuf. Jusque-là, il y avait des co-responsables pour la partie corporate & financement et la partie private & commercial. Dans le détail, l’un des deux hommes forts pour la première – candidat malheureux à la succession du CEO - s’est est allé, tandis que sur la seconde Christian Sewing est montée en grade. On passe ainsi de quatre patrons de branche à seulement deux, ces derniers prenant en charge la totalité des fonctions. En outre, la présidente du directoire déléguée Kim Hammonds part et ne sera pas remplacée. Avec pas moins de trois dirigeants en six ans, la banque va-t-elle réussir à renouer avec de bons résultats et avoir un management stable ?
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